TA J LE SPARE PAGEL ^ ET LE
SPARE PAGRE L
La mendole, le Imita et le pagre habitent dans la Méditerranée; le pagel se trouve dans la Méditerranée, dans l’Océan atlantique, dans le grand Océan équinoxial, dans la mer du Japon; et c’est celte dernière mer, si fertile en tempêtes, et dont les flots agités font retentir les rivages romantiques des îles japonaises, qui nourrit l’argenté. Jetons un coup d’œil sur les formes et les habitudes de ces cinq spares.
La mendole a les deux mâchoires garnies d’un grand nombre de dents petites , pointues, et placées derrière celles que nous avons comparées à des poinçons dans le tableau générique. La langue est lisse, le palais rude ; la mâchoire supérieure aussi avancée que l’inférieure; l’opercule garni de petites écailles, et composé de plusieurs pièces.
1. Cagarelle , juscle , gcrle , muncloure, dans quelques coiUi’ées méridionales de France; menola, en Sardaigne, dans la Ligurie et h Rome ; v^lnula , à Malle ; ma7'is , serola , par les Grecs modernes ; mencla , à Venise ; sclave , par les pêcheurs de l’Adriatique; $cheisscr, ickecf/serling , laxir-fsch , par les Allemands; zee-schyler, en Hollande ; cackerel , en Anglelerre.
2. Pageur, pageau , pagcii , dans plusieurs pays du midi de la France; pogcl , en Espagne; pagcLlo , en Sardaigne ; pagella , à Malte ; frangoUno cl feagolmo, k Rome ; alboro et arboi'o , h Venise ; roth-schuppe, en Allemagne; roode-bmsen , en Hollande ; sea roiigh , en Angleterre ; bouccan'egre , au.x Antilles.
3. Phagros , en Portugal ; pa?'g/itb bezogo, on Espagne ; pagra, en Sardaigne ; pagru , à Malle ; pagaro , en Ligurie ; phagorio , dans plusieurs autres contrées d’Italie ; artoreZ/o, à Ancône ; «rbuvi , en Dalmatie ; mcrlsan , en Turquie ; rothe brassein , et sock flosscr, en Allemagne ; zack brassem, en Hollande; hacke , sea brean , et red gdt- /tfrtd, çft Anglçlçrre i arro<jaero, au cap Brclpu,
LE SPARE MENBOLK
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La couleur générale de cet oiseau est blanchâtre, avec des raies longitudinales très-nombreuses, étroites et bleues, toutes les nageoires rouges , et une grande tache noire de chaque côté, à peu près au-dessus de l’anus. Mais la mendole ollre un exemple remarquable des changemens de couleur auxquels plusieurs poissons sont sujets. Les nuances que nous venons d’indiquer ne sont communément vives et trèsdistinctes que dans les parties de la Sléditerranée les plus rapprochées de la côte d’Afrique, et vers le milieu de l’été; elles se ternissent lorsque l’animal fait quelque séjour vers des plages moins méridionales; elles s’cfiacent entièrement et se changent en une teinte blanche , lorsque l’hiver a remplacé l’eté: et n’oublions pas de remarquer, en rappelant ce que nous avons dit de la coloration des poissons dans notre Discours sur la nature de ces animaux , que les couleurs des mendoles sont d’autant plus variées, qu’une habitation moins septentrionale et une saison moins froide les soumettent à .l’influence d’une chaleur plus intense, d’une lumière plus abondante, et d’un plus long séjour du soleil sur l’horizon.
Les mendoles sont très-fécondes. On les voit se rassembler-en foule prés des rivages sablonneux ou pierreux. Comme cesthoracins aiment à se nourrir de jeunes poissons, ils nuisent beaucoup au succès de plusieurs pèches. Leur chair est souvent maigre, coliace et insipide- Cependant, lorsque les mendolesse sont engraissées, leur goût n’est pas désagréable ; et l’on dit que les femelles remplies d’œufs sont, dans certaines circonstances , assez bonnes à manger. Il est des endroits dans la mer Adriatique, et particuliérement auprès de Tenise , où l’on en prend à la ligne, ou au filet, une si grande quantité , qu’on les vend par monceaux, et qu’on en fait saler un très-grand nombre. Dioscoride a prétendu que la sauce et la saumure de la mendole , prises intérieurement , ou seulement appliquées sur le ventre , avoient une vertu purgative ; et de celte assertion viennent quelques dénominations bizarres rapportées dans la première note de cet article, et employées pour désigner les mendoles par les Allemands, les Hollandais et les Anglais.
Au reste, cesspares n’ont ordinairement que deux décimètres de longueur. Leur péritoine est noir, leur pylore garni de quatre cæcums, et leur vésicule natatoire attachée aux côtes.
Ajoutons ^ue les mâles de l’e^êce que
nous examinons présentent fréquemment des nuances ou reflets noirâtres, surtout sur les nageoires et les opercules, pendant que les femelles sontencore pleines, et que dès le temps d’Aristote ils recevoient des Grecs, à cette époque de l’altération de leurs couleurs en noirâtre ou en noir, le nom de boucs ( zp'/.yoL). Nous avons vu, dans l’article du sargue, qu’Elieii a parlé d’un prétendu amour de ces derniers poissons jooar les chèvres. On pourroit trouver l’origine de cette croyance lidicule dans quelques contes absurdes sirbstitués maladroitement par l’ignorance à une opinion peut-être fausse , mais que l’on ne pourroit pas regarder au moins comme trés-invraisemblable. L’espèce du sargue et celle de la mendole ont tant de rapports l’une avec l’autre , que des mâles de la première peuvent très-bien , dans la saison du frai , rechercher les œufs pondus par les femelles de la seconde, et ces femelles elles-mêmes. Cette habitude aura été observée par les anciens Grecs, qui dès-lors auront parlé de l’affection des sargueapour les mendoles femelles. G es mendoles femelles auront été désignées par eux sous le nom de chèvres , comme les mendoles mâles l’étoient sous celui de boucs; et dans un pays ami du merveilleux, et où l’hisloire de la Nature étoit perpétuellement mêlée avec les créations de la mythologie et les inventions des poètes, on aura bientôt dit et répété que les sargues avoient une sorte d’amour assez violent , non pas pour des mendoles appelées chèvres, mais pour les véritables chèvres que l’on conduisoit dans les gras pâturages arrosés par la mer.
Le spare argenté, que Houttuyn a fait connoître, n’est ordinairement long que de deux décimètres; et son épaisseur est à proportion plus considérable que celle de la dorade , à laquelle on l’a comparé.
Le corps et la queue du hurta sont hauts et comprimés ; sa dorsale est reçue dans un sillon longitudinal, lorsque l’animal l’incline et la couche en arrière.
Le pagel a deux rangées de dents petites et pointues placées derrière les dents antérieures. La langue et le palais de ce spare sont lisses. Chaque opercule est composé de trois lames, le dos caréné, et le ventre arrondi. La grande variété de nuances rouges dont brillent ses écailles à teintes argentines devroient le faire multiplier dans nos étangs et dans nos petits lacs d’eau douce , où il scroit très-facile de le transjporter et de ï’accHjaiater, et où la vivacité
LE SFAIVE MENDOLE.
eïe ses coiiîeurs cîiarmcroit les yeux , en ccnfrasîanî avec le bleu céleste ou le blanc un peu azuré d’une eau pure et tranquille. D’ailleurs il est des saisons et des parages où une nourriture convenable donne à la chaire de ce spare une couleur blanche, une graisse abondante , et une saveur trèsdélicate. Pendant l’hiver le pagel se réfugie dans la haute mer; mais il vient, au printemps , déposer ou féconder ses œufs prés des rivages . qu’il n’abandonne pas pendant l’été , parce que sa voracité le 1)01 te à se nourrir des jeunes poissons qui pullulent, pour ainsi dire, auprès des côtes, pendant la belle saison , aussi bien qu’à rechercher les moules, les autres testacées et les crabes, dont il écrase facilement la croûte ou les coquilles entre ses molaires nombreuses, fortes et arrondies.
A mesure que le pagel vieillit, la beauté de sa parure diminue; l’éclat de ses couleurs s’efface; ses teintes deviennent ])lus blanchâtres ou plus grises; et comme, dans cet étatdc dépérissement intérieur et d’altération extérieure, il a une plus grande ressemblance avec plusieurs espèces de son genre , il n’est pas surprenant que des pêcheurs peu instruits aient cru , ainsi que le rapporte Rondelet, que ces pagels devenus très vieux s’étoient métamorphosés en d’aulresspares, et particuliérement endenlés, ou synagves , etc. Mais il est bien plus étonnant qu’un aussi grand philosophe qu’Aristote ait écrit que dans le temps du fiai, on ne trouvoit que des pagels pleins d’œufs , et que par conséquent il n’y avoit pas de mâles parmi ces sparesJ Quoique cette erreur d’Aristote ait été adoptée par Pline et par d’antres auteurs anciens, nous ne la réfuterons pas ; mais nous ferons remarquer qu’elle doit être fondée sur ce que dans l’espèce du pagel, comme dans plusieurs autres espèces des poissons, le nombre des mâles est inférieur à celui des femelles, et que d’ailleurs ces mêmes femelles sont contraintes, pour réussir dans toutes les petites opérations sans lesquelles elles ne pourraient pas toujours se débarrasser de leurs œufs , de s’approcher des rivages plutôt que les mâles, et de séjourner auprès des terres plus constamment que ces derniers.
Au reste, le page! parvient à la longueur de quatre décimètres.
Le pagre pèse quelquefois cinq kilogrammes. Indépendamment des denlsmoîaires indiquées dans le tableau , il a le devant 4e jChaque mâchoiie garai de dénis
petites, pointues, un peu recourbées, serrées l’une contre l’autre; et derrière ces sortes d’incisives , l’cn voit plusieurs rangées de dents bien plus petites, plus courtes, plus serrées, et éinoussées. La langue est lisse ; les yeux sont gros ; la nuque est large et aiTondie ; chaque opercule composé de deux pièces; la couleur générale d’un rouge mêlé de jaune ; le ventre argenté ; la teinte des nageoires rougeâtre ; chaque côté du poisson rayé longitudinalement de jaune ; et la base de chaque pectorale marquée d’une tache noire , ainsi que le voisn nage de chaque opercule.
Le pagre remonte dans les rivières; et Elien raconte que, de son temps, l’apparition de cet osseux dans le Nil causoit une joie générale parmi la multitude, parce que l’arrivée de ce spare ne précédoit que de peu de jours le débordement du fleuve.
V Ainsi que dans beaucoup d’autres circonstances, ce qui d’abord n’avoit paru qu’un signe agréable, avoit été métamorphosé ensuite en une cause utile : on étoit allé jusqu’à attribuer l’heureux événement de l’inondation fécondante à la présence du poisson; et bien loin de le poursuivre pour s’en nourrir, on l’avoit placé parmi les animaux sacrés , et on lui rendoit les honneurs divins
La chair du pagre est moins délicate pendant la saison où il vit dans les eaux douces des fl eu ves , que pendant le temps