DE LA ROSE
arrachées : il lui fait alors une très longue leçon sur les moyens de réussir à la conquête de la Rose^ Ces leçons forment un véritable art d'aimer ; et plusieurs des traits qu'il rassemble sont imités de l'art d'aimer d'Ovide ; quelques autres se ressentent un peu du mauvais ton d'un siècle où le goût et la galanterie n'étaient encore qu'à leur aurore.
Prêt à laisser l'amant à lui-même, Amour le console, en lui disant que son absence ne sera qu'apparente, qu'il ne cessera pas de veiller sur lui et qu'il le laisse sous la garde de Doux-Penser, de Doux-Regard , et de Doux-Parler.
L'amant est très affligé du départ apparent de son nouveau maître. Il recommence à faire des efforts inutiles pour s'approcher de la charmante Rose. Tandis qu'il gémit de ne pouvoir traverser la haie qui l'en sépare, il voit un jeune homme d'une physionomie douce, prévenante et modeste , dont la main écarte les ronces , ouvre un passage, lui fait signe, et l'appelle près du rosier. Ce Jeune homme, c'est Bel- Accueil , fils de Courtoisie ; il permet à l'amant d'approcher plus près de la Rose ; mais il lui défend de la cueillir , et même d'en oser montrer le désir coupable.
L'amant ne peut s'empêcher de s'exprimer avec douleur sur la peine qu'il souffre en obéissant à cet ordre; il ose même avancer une main téméraire vers la Rose ; mais à l'instant un monstre hideux, nommé Dangier, s'élance avec fureur,
Tristan de Léonais , etc. 2 1
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et chasse Bel-Accueil et l'amant hors de la haie, qui se referme aussitôt.
Bel-Accueil s'enfuit en tremblant ; et l'amant désespéré se retire seul dans un hallier épais ^ d'où ses yeux peuvent à peine entrevoir l'enceinte qui renferme la charmante Rose. Une grande dame dont l'air est noble , et dont les regards sont perçants et sévères , s'avance vers lui , met sa main sur sa tête , et commence à s'exprimer fortement contre dame Oiseuse, contre Déduit et son verger, et bien plus encore contre Amour, la Rose, Bel- Accueil et Beau -Semblant; cette dame s'appelle Raison. Â peine l'amant l'écoute-t-il et daigne-t-il lui répondre.
Sy repond Tamant à rebours A Raison qui lui hlasme Amours.
Raison^ indignée de la distraction et des réponses de l'amant, ne tarde pas à le quitter. Amour se rend visible un moment, et propose à son vassal d'avoir recours aux conseils d'un jeune garçon honnête et prudent qu'on nomme Amy. L'amant court à lui , lui peint les tourments qu'il endure; il ouvre son sein , et le lui fait voir percé par les six flèches d'Amour. Amy calme son désespoir, et lui conseille de retourner près de Dangier, et de chercher à l'adoucir par son repentir , par ses larmes et par les promesses les plus sacrées de ne s'approcher de la Rose qu'autant qu'il le lui permettra.