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vinrent visiter Thospitalière, et la prièrent d'élever ses vœux au ciel, et de lui demander le retour de leur fils.
On imaginera sans peine quelle fut la vive émotion de la sensible Maguelone, lorsqu'elle rççut des honneurs et des caresses de ceux dont son époux avait reçu le jour. Elle reconnut sur leur front et dans leurs yeux les traits qui s'étaient gravés dans son cçeur; elle mêla ses larmes à celles qu'elle leur voyait répandre, et ranimait un peu leur espoir : mais, peu de jours après, elle fut elle - même prête à le perdre pour toujours.
Le comte et la comtesse, s'étant pris d'amitié pour l'hospitalière, prolongeaient leur séjour dans un château qu'ils avaient dans l'île Sarrasin, pour être à portée de la voir, et de s'informer de tous les patrons des vaisseaux nouvellement arrivés, s'ils n'avaient aucune connaissance du sort de leur fils. De quel coup horrible ne furent-ils pas frappés, lorsque des pêcheurs provençaux étant venus leur faire hommage d'un thon monstrueux qu'ils avaient pris, le grand-queux ayant ordonné de l'apprêter , on trouva dans le corps de ce poisson un santal rouge qui contenait trois riches anneaux, que le comte et la comtesse reconnurent pour être ceux qu'ils avaient donnés à leur fils! Ne doutant plus que ce fils si cher n eût pén dans les flots, la comtesse s'évanouit, et ne reprit ses sens que pour jeter les cris les plus dou*
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loureux. Le comte s'efforçait vainement de montrer plus de courage; ses larmes coulaient malgré lui. Le grand -queux, qui s'était aperçu du pouvoir que l'hospitalière avait sur leur esprit, l'envoya prier de venir au secours de ses maîtres. Elle accourut : mais avec quel effroi , quel désespoir ne reconnut-elle pas l'étui fatal qui renfermait les anneaux ! Loin de les rassurer , elle unit ses cris, elle mêla ses larmes à celles de Ja comtesse pendant quelques moments : mais bientôt s'élevant au-dessus de sa douleur avec cette vive confiance que la foi seule inspire : Seigneurs, leur dit-elle, ne désespérez point encore ; celui* qui tira son peuple de l'Egypte, après avoir retiré Moïse du sein des eaux , peut vous rendre votre fils; ne vous lassez point de prier ce Dieu des miracles et des miséricordes ! Les yeux de Magùelone semblaient briller d'une lumière céleste en prononçant ces mots. Le comte et la comtesse , fi:^ppés d'admiration, ne l'avaient jamais vue si belle et si imposante. Leur ame sentit renaître par degrés un calme mêlé d'espérance ; et le temps dé retourner dans leur capitale étant arrivé, l'un et l'autre enrichirent de leurs dons l'hôpital de Maguelone. Ils y firent bâtir une église qu'ils dédièrent au prince des apôtres; et après avoir serré l'hospitaUère dans leurs bras, et s'être recommandés à ses prières, ils retournèrent à Marseille.
Tristan de Léonais , etc. *1l\ ^
Le temps des grandes épreuves que la foi de Maguelone devait essuyer était presque écoulé ; le ciel lui préparait la récompense des malheurs qu'elle avait soutenus avec tant de résigoation et de courage. Pierre en ce même temps, comblé de dons par le soudan qu'il avait servi pendant trois ans avec tant de zèle, venait d'en obtenir la permission de partir pour, aller passer quelque temps en Provence, sous la promesse de revenir dans un an le rejoindre dans Alexandrie.
Toujours inconnu dans la cour du Soudan^ il ne voulut confier à personne le secret de son voyage; et, craignant que ses richesses ne fissent naître quelque obstacle, il fit faire neuf petits barils , au milieu dcjsquels il mit son or et ses pierreries: les deux extrémités en étaient remplies de sel. Les ayant chargés lui-même sur un fort sommier, il se revêtit des habillements levantins les plus simples; et, sortant de nuit d'Alexandrie, il s'achemina tout seul , conduisant son sqmmier en main', et gagna sur la fin du jour un petit port où les Provençaux venaient souvent pour acheter des dattes. Son attente ne fut point trompée ; il trouva dans ce port une tartane dont le patron lui dit qu'il était d'Antibes , où bientôt il comptait se rendre , après avoir débarqué quelques tonneaux de dattes <lans l'île du pOrt Sarrasin. Pierre fit son marché pour son passage et ppur le port de ses barils ; et le patron ne manqua pas de le plaisanter, lorsqu'il lui dit que ces barils
contenaient du sel sur lequel il comptait i)eaucoup gagner. Bientôt on mit à la voile.
La jner était paisible et le vent favorable. La niavigation ne fut point troublée ; et Pierre, plein d'espérance de revoir ses proches, et de faire des perquisitions heureuses pour avoir des nouvelles de sa chère Maguelone, s'entretenait avec les matelots» de tout ce qui se passait en Provence. Ce fut d'eux qu'il apprit que lé comte et la comtesse de Provence étaient plongés dans la plus mortelle douleur, et qu'ils y auraient peut-être succombé, sans les consolations qu'ils avaient reçues d'une jeune vierge nommée Maguelone , qui desservait un hôpital , et qui vivait en odeur de sainteté. Ce nom si«cj|er à Pierre retentit dans son cœur ; mais Its matelots n'ayant pu lui rien apprendre de plus particulier, à peine osa-t-il s'imaginer que cette vierge pouvait être celle qui lui était si chère.
Le peu de vent qui portait la tartane étant tombé tout-à-coup , la marche de ce vaisseau fut retardée. L'équipage commençant à manquer d'eau , le patron fit gagner l'île de Sagones à force de rames, et uùe partie de l'équipage descendit pour remplir les tonneaux. Pierre profita de cette occasion pour se délasser du roulis du vaisseau. Il descendit à tetrcy parcourut l'île; et, trouvant sans cesse de nouveaux objets agréables à ses yeux, il s'avança jusqfie vers le milieu de l'île. Se trouvant dans un petit vallon émaillé de fleurs , le lis des près, qui s'élevait au-dessus d'elles^ et qui les effaçait