‹ Œuvres du comte de Tressan, précédées d'une notice sur sa vie et ses ouvrages (volume 2)Chapitre 2 sur 9 · GUÉRI · texte numérisé non relu

GUÉRI

Ligurie et les meilleurs de mes chevaliers l'exercent à toutes sciences et actes de chevalerie. Bien, dit Guérin , j'aime mieux ne pas le voir que de l'en distraire : bon document vaut mieux que ca« resse de père. Mais écoute , mon fils ; quelque bien nourri qu'il soit chez toi , je pense que pour agrandir, améliorer même ses idées , tu ferais bien de l'envoyer à la cour du grand Charles; pain de l'hôtel de ce prince lui profitera mieux encore que celui du tien : riches et nobles damoiseaux ne trouvent que roses et miel dans leurs entours. Quand ces poussins -là prennent leurs grandes plumes , oh ! qu'il leur est utile alors de goûter quelque amertume et d'avoir épines à briser ! Certes, noble père, dit Arnaud, je me l'étais bien proposé , et l'enfant doit partir à Noël prochain pour s'y .rendre. Les quatre fils de Gu^in restèrent un mois près de lui; Mabilette eût bien désiré les retenir plus long - temps ; mais le vieux duc leur dit lui - même ; La providence , mes enfants, en vous donnant hautes seigneuries et vassaux , vous impose* la loi de les gouverner. Retournez dans vos états ; soyez toujours unis ; nul n'osera vQus grei^er, si concorde unit toujours vos forces. Donnez -moi quelquefois le plaisir de vous embrasser; et, par saint André! quoique déjà vieillard chenu , j'endosserais bien vite le harnois pour vous secourir, si besoin uifiez de mon secours. En disant ces mots, il tira l'épée de Girard , et fendit en deux un gros bloc de chêne. Par Dieu ! père ,

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s'écrièrent-ils, bien fort seraient le bouclier et le haubert qui résisteraient à vos coups.

Les quatre fils de Guérin étant retournés dans leurs états , Arnaud , selon la promesse qu'il avait faite à son père , dit au jeune Aymeri , qu'il était temps qu'il se fit connaître , et qu'il se rendît à la cour de Charles , pour le prier de l'armer chevalier. Sa mère Frégonde eût bien désiré lui donner un cortège digne de sa naissance; mais Arnaud le refusa. I^e damoisel , dit-ii , fera comme père et aïeul. Nous partîmes tous deux de la maison paternelle comme simples chevaliers; je veux qu' Aymeri fasse de même et gagne ses éperons : d'ailleurs, dit-il à Frégonde ,* notre fils est haut à la main; il ne faut pas que l'esprit de superbe le gâte; rien n'apprend mieux à vivre avec les hommes , que de commencer par avoir besoin d'eux.

Aymeri partit donc suivi d'un seul écuyer; et, selon Tordre d'Arnaud , il alla droit à Vienne pour y voir son oncle le duc Girard. Celui-ci, prévenu que son neveu devait arriver , voulut éprouver s'il tenait de leur race pour n'endurer jamais un affront ; il ordonna que lorsqu'Aymeri se présenterait à la porte de son palais , on lui refusât l'entrée , et qu'on l'avertît pron)ptement du parti qu'il prendrait. Aymeri s'étant présenté le lendemain, et trouvant la porte'fermée, frappa vigoureusement avec le pommeau de son épée. Arrière, lui dit un gaichetier par un petit treillis de fer : jongleurs et ménestrels n'entrent point en cette

cour sans y être appelés. Pour qui me preuds-tu, maraud ? dit Aymeri. Pour un vagabond , dit le portier , et tu pourrais bien t'attirer quelque correction. Il n'en fallait pas tant pour mettre en fureur le pétulant Aymeri. Voyant un levier de fer très pesant et à sa portée , il s'en saisit , il brise la porte qui tombe fracassée ; il veut s'é^ lancer sur le guichetier , mais il est arrêté par son oncle qui le reçoit dans ses bras. Je me reconnais en toi, beau neveu , lui dit-il ; viens , mon enfant, et sois toujours le même. Cette exhortation plut beaucoup à l'homme du monde auquel elle était le plus inutile.

Aymeri passa quelques jours avec son oncle, et remonta sur son uniq[ue cheval pour aller à Paris, où Charles tenait sa cour. Cette ville n'était pas fort grande alors, et ses anciennes limites sont connues : elle était si pleine d'étrangers, qu' Aymeri ne put trouver aucun hôte qui voulût le recevoir. Il écouta, sans se fâcher, la réponse des premiers auxquels il s'adressa ; mais le dernier , tout glorieux d'avoir l'évêque de Laon dans sa maison, le rebuta durement. Aymeti prit l'hôte par les oreilles , le conduisit à l'écurie , et voulut le forcer à mettre dehors les chevaux de l'évêque, pour faire place aux siens. Une troupe de valets et de clercs voulut faire résistance ; Aymeri les rossa : l'évêque eut beau lui crier de sa fenêtre qu'il l'excommuniait ; Aymeri frappait toujours en leur

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criant : jillez chanter vespresy et ne disputez plus estables à damoiseaux et chevaliers qui vous dt^ fendent. L'évêque, voyant un jeune homme grand et vigoureux l'épée d'une main et le bâton de l'autre , prit le parti de filer doux ; et, laissant déplacer ses chevaux , il sortit par une porte de derrière , et alla porter ses plaintes à Charles. Ce prince envoya chercher Aymeri ; et l'huissier chargé de ses ordres parlant d'un air courtois , Aymeri se rendit à cette invitation. Vassal , lui dit Charles en le voyant entrer , de quel droit avezvous osé frapper les gens de mon cousin le duc de Laon ? Par le droit , dit-il , que tous chevaliers utiles à Tétat doivent avoir sur ceux qui vivent à ses dépens ; et vous , sire , vous me feriez accueil plus gracieux, si vous saviez que les miens et moi sommes gens à vous donner une dure besogne à faire, si vous nous mettiez en courroux. Par le chef de la reine ! dit Charles , il n'y a qu'un issu de la race de Guérin de Montglave assez hardi pour me faire une telle réponse. Aussi le suis -je, dit Aymeri , et c'est le fils d'Arnaud de Beaulande qui vous offre , ou de vous servir , ou de vous combattre, selon la façon dont vous le traiterez.

Oh! vraiment , dit Charles , mon choix n'est pas douteux ; j'aime trop le duc Guérin , et je prise trop sa brave race , pour ne te pas retenir dans ma cour. Ce seul mot d'amitié fit tomber le fils d'Arnaud aux genoux de Charles qui le releva , lui

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demanda des nouvelles de ses proches avec un vif intérêt , et lui promit de remplir les désirs de sou père en l'armant chevalier.

Charles , sur son départ pour marcher une troisième fois contre les Saxons , donne l'accolée au jeune Ajmieri dès le lendemain : il le laissa près de la reine son épouse en partant ; et l'esprit et la gaieté du jeune chevalier plurent beaucoup à cette princesse. Un jour en causant avec lui : Je gage, lui dit-elle, que vous ne vous seriez pas comporté comme votre oncle Girard, si vous aviez été en sa place ? Ma foi , madame , dit Aymeri que ce propos choqua , je n'en sais rien : on trouve que je ressemble beaucoup à mon oncle; et j'ai pris, depuis mon enfance , la résolution de l'imiter. I^a reine , sans s'arrêter à cette réponse , lui raconta tout ce qui s'était passé dans le temps de ses noces avec Charles j et son ancien dépit contre Girard , la portant à ménager peu ses termes en parlant de lui, W colère et bouillant Aymeri sentit allumer en lui par degrés le désir de la mortifier. Il ne fut plus le maître de lui , quand elle eut l'imprudence de lui dire que , lorsque Girard était venu rendre son hommage à Charles , elle avait saisi cette occasion de se venger de lui et de l'humilier , en lui faisant baiser son pied : elle avança ce même pied dans ce moment pour montrer comme elle avait accompli cet acte de mépris. Aymeri, furieux et n'écoutant plus qu'une aveugle colère , saisit ce pied d'une main , en faisant

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tomber la reine ; et de l'autre , tirant son couteau de sa poche , il fit tous ses efforts pour lui trancher le pied: mais la quantité de ceux qui se jetèrent sur lui l'en empêcha. Aymeri , se démêlant de la foule , jura qu'il vengerait son oncle ; et ^ courant aux écuries , il sauta sur le premier cheval, sortit à toutes jambes de Paris, et s'en alla droit à Vienne pour rendre compte à son oncle Girard de ce qui venait de se passer. On croira facilement que Girard reçut avec la plus vive tendresse un neveu qui lui ressemblait si parfaitement , et qui venait de le venger avec tant d'audace d'un afiront qu'il avait eu la sagesse de tenir caché.

Girard connaissait trop l'humeur altiére et vindicative de la reine , pour ne pas prévoir les suites de cette affaire. Il dépécha des courriers à ses frères et au duc Guérin, en leur représentant que c'était une querelle de famille qui les inté*ressait tous. Régnier, se trouvant le plus à portée, partit aussitôt avec son fils Olivier pour se rendre à Vienne; les deux autres frères se tin*rent prêts à le secourir ; et le vieux Guérin , que l'âge avait rendu prudent , dit à ceux qui lui remirent la lettre de son fils : Ce sont querelles de jeunes gens : à l'âge de Girard, j'eusse baisé de bon cœur le pied de la reine ; car ce pied , dit-on, est fort joli, et bien soutient le plus gentil corsage : mais , par la tête de Mabilette ! si Charles veut se mêler de l'affaire , il pourra bien

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s'en repentir , et bien verra-^t-il encore que l'épée du vieux Guérin et le levier de mon ami Robastre sont bastant pour sa Joyeuse (i), et pour la Du* randal de son neveu Roland.

Charles, en effet, eût mieux fait d'assoupir et d'accommoder cette querelle; mais, 6er de la victoire qu'il venait de remporter sur les bords de l'Elbe, ému par les pleurs de la reine, déterminé par les barons que cette reine avait fait jurer de venger son offense, il partit à la tête d'une puissante armée : il ravagea la frontière du Dauphiné, forma le siège de Vienne, et jura de n'en point partir qu'il n'eût pris cette ville, et tiré la vengeance la plus éclatante de Girard et d'Aymeri.

Malgré la valeur et la force de Roland , et des dix autres pairs qui suivirent Charles dans cette expédition, l'arrivée de Milon, d'Ânsseaume et d'Arnaud de Beaulande qui forcèrent les lignes de Charles, et se jetèrent dans Vienne avec un puissant secours, rendit ce siège aussi long que meurtrier; et pendant près de deux ans, l'avantage fut égal des deux côtés, dans les sorties fréquentes que les quatre frères et leurs fils Olivier et Aymeri faisaient presque tous les jours pour ruiner les travaux. Roland en vint souvent aux mains dans ces sorties avec les neveux de Girard, qui cherchaient à se distinguer sous les

(1) Nom de Tépée de Charlemagne.

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jeux de leurs pères et de leurs oncles ; et le jeune Olivier surtout apprit à Roland qu'il existait enfin un chevalier qui pouvait lui résister. Lorsque Régnier accourut le premier au secours de Girard, la belle Olive avait obtenu de le suivre; et la jeune et charmante Bellande, sa fille, l'avait accompagnée. Olivier aimait tendrement cette sœur; ils se ressemblaient beaucoup , et l'amour et les grâces paraissaient avoir pris soin de les embellir tous les deux. Bellande armait souvent son fi[*ère de sa main; et cette jeune princesse, au-dessus de la timidité de son sexe, montait quelquefois à cheval pour le suivre de loin lorsqu'il faisait des sorties , et pour le secourir s'il eût été blessé. L une de ces sorties ayant engagé pendant plusieurs heures un long et sanglant combat, on convint de part et d'autre d'une trêve de quatre ' jours , pour retirer les morts et prendre soin des blessés. Rien n'était alors plus religieusement observé que ces sortes de trêves ; toute animosité paraissait suspendue ; et les chevaliers des deux partis, passant librement d'un camp à l'autre, ne combattaient ensemble que de courtoisie lorsque le hasard les rassemblait. Le récit qu'Olivier avait fait à sa sœur de la valeur de Roland donna le désir à Bellande de voir ce célèbre paladin; et, pendant le second jour de cette trêve, Bellande pria son frère de la mener voir le camp de Charleniagne. Olivier et son cousin obtinrent d'Olive, sa mère, de lui procurer ce plaisir; ils montèrent

à cheval tous les trois; et , s'éloignant assez loin de la cité de Vienne, ils parvinrent jusqu'aux gardes avancées , dont Ogier le Danois et Roland faisaient alors la visite. Les deux paladins de Charlemagne, frappés de la beauté de la jeune personne que les paladins de Vienne conduisaient, s'avancèrent vers elle de l'air le plus respectueux. Roland, en voyant Bellande, oublia l'infidélité d'Angélique, et tous les maux dont un malheureux amour l'avait accablé (ï) : un coup de foudre n'est pas plus vif que le trait qui frappa son cœur; l'air noble et modeste de Bellande lui parut mille fois plus touchant , que l'air fin , le désir de plaire et la coquetterie adroite qu'Angélique avait employés pour le séduire. N'osant pas encore s'adresser à cette jeune princesse, il débuta par dire les choses les plus flatteuses à son frère Olivier. Seigneur, lui dit -il, vous n'étiez déjà que trop redoutable pour moi dans les combats; que je vais craindre désormais de vous y rencontrer! pourrai-je vous y reconnaître aux coups tenibles que vous y portez, sans me rappeler en même temps des traits qui seront à jamais gravés dans mon ame ? Olivier sourit , en lui disant : Je désirerais, seigneur, que cenx de ma sœur fissent assez d'impression sur vous, pour vous engager à ne plus regarder un frère qui lui ressemble et

(i) Voyez Rolan4le Furieux, tomes V, VI et VII de celte édition. P.

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qui vous admire, comme un ennemi. Pourquoi la funeste querelle de nos oncles me force-t-elle à me trouver les armes à la main contre un héros, dont je ferais l'honneur et le bonheur de ma vie d'être le frère et le compagnon ? Souvent ces sortes de guerres entre parents qui s'estiment, dit Ogier, se terminent par quelque heureux mariage entre les familles , qui resserre leurs anciens aœuds. Si Charles n'était pas obsédé par sa vinlicative épouse, j'imagine une union charmante, jien propre à faire cesser ces guerres cruelles , îomme à donner de nouveaux héros à la France. In disant ces mots, il regardait Bellande qui rou ;it,etRoland qui , se jetant à son cou, s'écria: Mon *her Ogier, puissent le brave frère et la divine œur approuver dans leur ame ce que ton amitié >our moi te fait imaginer! Si quelqu'un doit voir du pouvoir sur l'esprit de Charles , c'est le )rave Ogier; je te conjure de lui rappeler ses véitables intérêts, et de lui représenter combien a guerre présente est nuisible à la religion comme i la France , les Sarrasins étant encore les maîtres le plusieurs provinces méridionales , et le roi Marsile , maître de l'Espagne , se préparant à passer les Pyrénées pour nous attaquer : tandis que , û nous étions unis , nous serions assez forts pour e chasser de l'Europe, lui faire repasser les Pyrénées, et le forcer de se retirer même au-delà iu détroit.

Ogier promit à Roland d'employer ses bons of-

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fices auprès de Charles. Roland , s*avançant avec l'air le plus respectueux vers Bellande : Ce jourci, lui dit -il, madame, décide du reste de ma vie : je n'ose encore vous supplier de me recevoir pour votre chevalier; mais j'espère que désormais tous les actes de ma vie vous prouveront que vous n'en pouvez avoir un plus soumis et plus fidèle. Bellande ne put être insensible à l'hommage que lui rendait le neveu de Charles, et désirant serrer les nœuds d'une amitié durable entre ce célèbre paladin et son frère Olivier : Seigneur, lui dit-elle, il n'est aucune reine dans l'univers qui ne dût s'honorer de vous avoir pour son chevalier; et mon frère Olivier me paraît désirer trop voire amitié , pour qu'il n'obtienne pas du duc Régnier mon père que j'accepte l'offre que vous venez de me faire. A ces mots , ils se séparèrent avec de nouvelles marques d'estime.

Ogier le Danois et Roland retournaient près de Charlemagne, avec le dessein de le porter à la paix : mais ils perdirent bientôt l'espérance de l'y déterminer, lorsqu'ils apprirent que la reine venait d'arriver près de lui, et que cette reine vindicative avait conduit elle-même une armée de quarante mille hommes , pour la joindre à celle de Charles , presser le siège de Vienne , et donner un assaut général à cette cité.

D'un autre côté , Guérin de Montglave , ayant appris que la reine s'avançait avec ce renfort, avait jugé qu'il était temps de voler au secours

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de ses enfants; et ce vieillard, très nerveux encore, parti de Montglave avec son ami Robastre à la tête de quatre mille lances , avait forcé le quartier de Salomon de Bretagne, et s*était jeté dans Vienne le même jour que la reine de France était arrivée au camp de Charlemagne.

Dès le lendemain, la trêve étant expirée , Charles, pour porter la terreur dans la ville de Vienne , parut à la vue des remparts, et fit déployer la nouvelle armée qu'il venait de recevoir. Impatienté de voir ces troupes nouvelles caracoUer autour de la place et ayant l'air de défier ceux qui la défendaient , Robastre prit un détachement de mille lances, fondit sur elles, et les mit en désordre à coups de levier. De nouveaux corps soutinrent celui que Robastre faisait plier ; Guériu , de son côté , le secourut : le combat devint opiniâtre et cruel; la nuit seule sépara les combattants, et la campagne resta couverte de morts et de blessés. Les deux partis furent forcés de renouveler encore la trêve pour trois autres jours; et ce fut ce temps qu'Ogier saisit pour porter Charlemagne à la paix , en lui reprochant avec force qu'il faisait répandre le sang chrétien, au lieu d'employer ses grands vassaux et ses sujets à combattre les infidèles. Charles se refusa longtemps à se rendre aux représentations d'Ogier, et finit par lui dire qu'il ne ferait jamais la première démarche ^ et que ce serait beaucoup s'il

Guérin de MontglaTe , etc. O

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écoutait les propositions que Guérin et ses en- £^qts f^çraient pour obtenir la paix..

Ogier fit avertir secrètement le duc Guérin des 4ispositions de Charles ; et Guérin y prenant toutà-coup son parti., fit partir un héraut, porteur de la lettre suivante , que Charles lui en présence de sa cour.

« Sire , vous êtes plus grand seigneur que Gué- « rin , niais il ne vous cède point en courage. Il a devint votre égal le jour que, jouant aux échecs « avec lui, vous perdîtes votre royaume qu'il vous (( a laissé; il le serait encore, si dans la mêlée « votre lance se croisait avec la sienne. Sire , je c( me souviens que mes mains ont été dans les « vôtres ; cela seul m'empêche de vous demander « le combat de votre personne à la mienne pour « terminer nos débats : mais , plus sensible que ic vous à la. douleur de voir couler le sang chréi< tiei», terminons cette guerre en en remettant <f la décision au jugement de Dieu : nommez un <c de vos chevaliers pour combattre celui des a miens que je présenterai , sous la condition que « la cité de Vienne vous sera remise si votre c^ champion est vainqueur, ou que vous vous refif tirerez avec votre armée ^ le mienreniiporte la « victoire. » Le premier mouvement de: Charles était de défier le diic Guérin au combat seul à seul; mais les» fortes représentations des pairs, et sortoM^t du duc Naymes et de l'arclievêque Turpin, l'en empêchèrent. Ogier le Dauois,. Richard

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duc de Normandie , Saloroon de Bretagne et Roland s'offrirent à Chartes pour ses champions; et Charles, ne pouvant faire un choix sans blesser ces fiers paladins, fit mettre leurs noms dans un casque, et remit au sort à nommer celui qui devait combattre. Charles ayant renvoyé le héraut de Guérin, en marquant à ce duc qu'il acceptait sa proposition , et qu'il eût à présenter son champion le lendemain matin dans une petite île du Rhône, également distante de son camp et de la cité, Charles mêla lui-même les quatre noms dans le casque , et le premier qu'un enfant en tira &t celui de Roland.

Guérin, malgré les vives représentations d'Aymeri qui se trouvait le plus intéressé dans cette querelle , voulut de même que le sort décidât de celui qui soutiendrait la querelle; et ce brave vieillard exigea que son nom fut mis dans le casque avec celui de ses quatre fils et ceux d'Olivier et d'Aymeri ses petits-fils,

Olivier remercia le ciel lorsqu'il vit son nom sortir le premier du casque. Ah! s'écria-t-il , ni Guérin, ni mon père n'exposeront leurs jours, et je me trouve heureux de combattre pour eux.

Le lendemain matin un détachement de mille chevaliers sortit de Vienne, et conduisit Olivier sur le bord du Rhône ; une barque le passa dans l'île avec son cheval, et la même ch^se fut observée du coté de Charles pour y conduire Roland.

Les deux chevaliers, la visière baissée, occupèrent de chaque côté l'extrémité de la lice qu'on avait formée pour eux , et s'élancèrent l'un contre l'autre au premier signal que donna le son des trompettes : leurs lances se brisèrent jusque dans leurs gantelets : leurs chevaux , s'étant choqués pareillement, se renversèrent et roulèrent morts sur la poussière. Les deux chevaliers, également ébranlés par cette atteinte et leur chute, se relevèrent en chancelant; et, s'étant à la fin remis, ils tirèrent leurs épées, et se chargèrent avec une égale fureur. Quelque force, quelque adresse que Tun et l'autre employassent dans ce combat, il dura deux heures, sans que les spectateurs pussent leur voir un avantage marqué l'un sur l'autre. Olivier et Roland, également étonnés de la résistance que chacun d'eux trouvait dans son ennemi, redoublèrent la violence et la rapidité de leurs coups, sans la même précaution à les parer qu'ils avaient eue pendant ces deux pre* mières heures : saisissant leurs épées à deux mains, et se frappant en même temps, celle d'Olivier se brisa sur le bouclier de Roland; et la fameuse Durandal ayant fendu celui d'Olivier, il fut impossible à Roland de l'en retirer. Olivier jetant au loin son bouclier et l'épée de Roland, l'un et l'autre se saisirent avec leurs bras nerveux, et firent les plus grands efforts pour se terrasser : plusieurs fois ils roulèrent ensemble sur la poussière , sans pouvoir se vaincre. Dans ces différents

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mouvements, leurs casques, quils cherchaient à s'arracher, se délacèrent; et dans un moment où Roland faisait un peu perdre terre à son ennemi, le casque d'Olivier tomba, et Roland reconnut les traits de celte qu'il adorait, dans le brave frère de Bellande. A cette vue, Roland n'étant plus le maître de ses premiers mouvements, achève de iaire tomber son casque, serre, et ne serre plus qu'avec tendresse Olivier dans ses bras : l'un et l'autre se donnent la main , se jurent fraternité d'armes jusqu'à la mort, et de défier au combat mortel quiconque osera leur reprocher* de n'avoir pas achevé celui-ci.

Charles, qui voyait les combattants du haut d'un tertre , avait si souvent tremblé pour les jours de son neveu Roland pendant le sort du combat, qu'il le vit se terminer sans peine par cet accord apparent. Mais qui pourrait exprimer tous les sentiments de la charmante Bellande , lorsque du haut d'une tour de Vienne elle reconnut Roland embrassant son frère et lui donnant la main ? Ah ! s'écria -t- elle dans son premier mouvement, en présence même de Guérin et de son père et de sa mère, ah! Roland, ce que tu viens de faire t'assure à jamais mon ame , et je jure de la consacrer à Dieu dans un cloître , si ma main n'est pas à toi. Fille , dit le vieux duc Guérin , ainsi soit « il , je t'approuve , et le paladin est digne de ma race et de toi. Bellande , éperdue en revenant de ce transport , veut se jeter aux pieds de Régnier et

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