‹ Œuvres du comte de Tressan, précédées d'une notice sur sa vie et ses ouvrages (volume 3)Chapitre 100 sur 123 · PREUVES · texte numérisé non relu

PREUVES

A-t-on jamais vu la végétation recouvrir une branche d'arbre cassée? L'auteur du catalogue prétend, à l'article 208, que la pièce qu'il dte peut servir à expliquer la végétation du corail. Cet article prouve bien plutôt qu'il est impossible que le corail croisse par intus - suception , et qu'au contraire il croit par juxta- position et addition des parties.

Une branche cassée de corail contenait sans

doute , un certain nombre dlnsectes qui y étaient logés; tombés sur le tronc du corail, ils auront communiqué avec les insectes du tronc, qui ont toujours des ouvertures dans l'écorce du corail (ce qui s'observe facilement); alors les insectes de la branche cassée auront travaillé à se joindre aux autres qui les auront aidés dans leur travail , et là branche aura été bientôt recouverte par une écorce commune et de même substance que le reste.

Doit-on être étonné de trouver les bouts des coraux mous, puisque ces bouts sont le dernier période du travail des insectes, et le prolongement d'un corps qui s'accroît fort vite, et qui ne prend de dureté et de consistance qu'à mesure que les insectes veulent agrandir leur habitation? Ce prétendu lait qui, en tombant sur des galets ou- des morceaux de pots cassés, fait renaître des trous de corail, n'est autre chose qu'une multiplicité de ces petits insectes imperceptibles, qui, de même que les vers lumineux des huîtres , se réduisent en flegme si on les touche à nu, et qui ont besoin de se loger comme les poissons mous, dans un test qui leur serve de défense et . d'abri ; lequel se forme de la glu de ces poissons comme les autres coquillages.

Une preuve invincible et commune aux lithophytes de toute espèce, comme aux coraux, madrépores et coralloïdes; c'est qu'ils croissent

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sur des corps duKS qui ne peuvent fournir m rien à l'intus-susception. J en ai de différentes espèces sur tles galets, sur des fik)ns, sur d'autres coquillages, et deux polypiers sur des pyrites. J'ai un gros crabe chargé de polypiers, dont plusieurs branches ont un pied et demi de longueur.

Que Ton compare de plus ce qu'on donne ici pour végétation I ordinaire. A4^n jamais vu un arbre ou une plante dont les branchages, après être sortis du tronc à angles aigus et s'être étendus, rentrent et s'anastomosent avec ce même tronc? Voit -on jamais une grosse branche naître d'une , qui n'est à elle que comme un à huit et quelquefois à seize? C'est cependant ce qu'on voit très souvent dans les coralloîdes et les lithophytes. J'en ai vingt dans mon cabinet, sur lesquels l'on peut faire cette observation .

D'ailleurs, tous ces Uthophytes, ces madrépores, ces polypiers étant examinés sur les lieux où ils se trouvent , étant enlevés dans des vaisseaux transparents remplis au même instant d'eau de mer , et étant examinés par des observateurs attentifs et exacts, on a vu les insectes sortir de leurs alvéoles, y rentrer et y travailler. M. Bernard de Jussieu a joui de ce spectacle; M. Trembley de mên^e. Je pourrais aussi me citer.

N'est-il pas facile aussi de remarquer dans les

coraux et coralloïdes , un nécanisme et une organisation, qui ne peut être que du règne animal ?

J'observerai la prodigieuse vitesse avec laquelle ces insectes travaillent. Les pécheurs de Catalogne reviennent tous les ans couler leurs dragues par préférence sous les rochers , où ils ont trouvé le plus de corail Tannée précédente-

M. Trerabley, membre de la 3ociété royale de Londres, et dont l'esprit philosophique et aimable dans la société^ anuon^ sans cesse le respect et l'amour le plus atdeut pour la vérité $ M. Trembley a poussé ses observations sur les polypes beaucoup plus loin encore, que dans les rapports qu'il a déjà fait imprimer; il m'a dit^ et on ne peut se refuser jamais à le croire sans injustice, il m'a dit avoir vu dans l'eau douce des espèces d'insectes qui travaillaient comme ceux qui bâtissent les lithophytes et les polypiers. Ces insectes et leur travail sont très difficiles à saisir par leur peu de consistance; mais lorS-« qu'on y réussit, on jouit du plaisir de les voir étendre en très peu de t^mps leur travail, et une branche en peu d'heures acquiert la longueur de plus d'un pouce , et une grande quantité de subdivisions*

Il a déjà donné ses premiers rapports à la Société Royale de Londres; et l'analogie avec lesi insectes de mer me parait de nature à ne pouvoir être contestée.

Il serait donc à désirer que des auteurs vivants eussent le courage et la candeur de corriger dans leurs ouvrages ce qu'ils ont écrit sur l'autorité de l'histoire de la mer, du comte de Marsigli; rien n'est plus facile pour eux que de rectifier ces articles. Le grand nombre d'éditions que leurs ouvrages ont eues et méritent d'avoir encore^ leur en donne la facilité.

Je prie l'auteur du catalogue, qui me parait d'ailleiurs très versé dans l'histoire naturelle, de me pardonner ces réflexions, que l'amour de la vérité m'a fait écrire.

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