LETTRE X ET DERNIERE
J'ai lu, mon cher comte, avec l'admiration qui est due à tous vos ouvrages, le discoiu*s préliminaire qui donne un grand avant-goût de ce qu'il annonce; mais prenez garde que les plus beaux tableaux mal encadrés, autant que les grandes beautés mal ajustées, perdent de leur mérite; qu'il ne vous arrive pas de même par le mauvais sujet que vous choisissez dans votre épître dédicatoire pour illustrer votre ouvrage. Au reste , nous sommes impatients d'apprendre la délivrance de madame de Tressan ; si votre opération avait été une expérience électrique, l'accouchement aurait été plus prompt. Je vous embrasse de tout mon cœur.
Stanislas, roi.
peut-être Bussi gai. Enfin, malgré le soin que j'ai toujours pris de renfermer mes enfants dans la maison , ils se sont mis quelquefois à courir les rues ; le Mondain a été plus libertin qu'un autre. Le président Dupuy dit qu'il le tenait de l'évéque de Luçon , lequel prélat , par parenthèse , n'était pas encore assez mondain , puisqu'il a eu le malheur d'amasser douze mille inutiles Louis , dont il eût pu, de son vivant, acheter douze mille plaisirs.
Venons au fait. Il est tout naturel et tout simple que vous ayez communiqué ce mondain de V. à cet autre mondain d'évêque ; je suis fâché seulement qu'on ait mis dans la copie :
Les parfums les plus doux Rendent sa peau douce , fraîche et polie.
il fallait mettre :
Rendent sa peau plus fraîche et plus polie.
Voilà sans doute le plus grand grief : rien ne peut arriver de pis à un poëte, qu'un vers estropié.
Le second grief, est qu'on ait pu avoir la mauvaise foi , et j'ose dire la lâche cruauté , de chercher à m'inquiéter pour quelque chose d'aussi simple, pour un badinage plein de naïveté et d'innocence ; cet acharnement à troubler le repos de ma vie , sur des prétextes aussi misérables , ne peut venir que d'un dessein formé de m'ac-
câbler et de me chasser de ma patrie. J'avais déjà quitté Paris pour être à l'abri de la fureur de mes ennemis. L'amitié la plus respectable a conduit dans la retraite des personnes qui connaissent le fond de mon cœur, et qui ont renoncé au monde pour vivre en paix avec un honnête homme, dont les mœurs leur ont paru dignes peut-être de tout autre prix que d'une persécution : s'il faut que je m'arrache encore à cette solitude , et que j'aille dans les pays étrangers, il m'en coûtera sans doute; mais il faudra bien s'y résoudre, et les mêmes personnes qui daignent s'attacher à moi, aiment beaucoup mieux me voir libre ailleurs, que menacé ici. M. le Prince Royal de Prusse m'a écrit depuis long -temps en des termes qui me font rougir, pour m'engager de venir à sa cour. On m'a offert une place auprès de l'héritier d'une vaste monarchie, avec 10,000 livres d'appointements ; on m'a offert des choses très flatteuses en Angleterre ; vous devinez aisément que je n'ai été tenté de rien , et que si je suis obligé de quitter la France , ce ne sera pas pour aller servir des princes. Je voudrais seulement savoir, une bonne fois pour toutes , quelle est l'intention du ministère , et si , parmi mes ennemis , il n'y en a point d'assez cruels pour avoir juré de me persécuter sans relâche. Ces ennemis, au reste, je ne les connais pas ; je n'ai offensé personne , ils m'accablent gratuitement.
Œuvres diverses. H. <^0
Pioravfre fuis non respondere /avorem Speratum hinc meritis.
Je demande uniquement d'être au fait, de bien savoir ce qu'on veut, de n'être pas toujours dans la crainte, de pouvoir enfin prendre un parti. Vous êtes à portée , et par vous-même et par vos amis , de savoir précisément les intentions ; M. le bailli de Froulay, M. de Bissy, peuvent s'unir avec vous. Je vous devrai tout si je vous dois au moins la connaissance de ce qu'on veut. Voilà la grâce que vous demande celui qui vous a aimé dès votre enfance, qui a vu un des premiers tout ce que vous deviez valoir un jour, et qui vous aime avec d'autant plus de tendresse, que vous avez passé toutes ses espérances. Soyez aussi heureux que vous méritez de l'être , et à la cour et en amour. Vous êtes né pour plaire, même à vos rivaux. Je serai consolé de tout ce qu'on me fait souffrir, si j'apprends au moins que la fortune continue à vous rendre justice. Comptez qu il n'y a pas deux personnes que votre bonheur intéresse plus que moi. Permettez -moi de présenter mes respects à mademoiselle de Tressan et à madame de Genlis.
Vous m'écriviez :
Formosam resonare doces AmcayUàda sylvas,
Faudra-t-il que je vous réponde :
Nos patriam fugimus.
Adieu PoUion , adieu TibuUe , on me traite comme Bavius.