LETTRE XVI
Aux Délices, 12 jaqvier 1759.
Oui, il y a bien quarante ans, mon charmant gouverneur, que je vis cet enfant pour la première fois, je l'avoue; mais avouez aussi que je prédis
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et Rilliet sont les seuls objets de mon envie; car je vous jure, mon très cher gouverneur, que je n'envie nullement ni Pompignan, ni même Fréron ; je ne voudrais être à la place que de ceux qui peuvent avoir le bonheur de vous voir et de vous entendre. Il me paraît que ce Fréron vous a un tant soit peu manqué de respect dans une de ses mal-semaines. Il hut pardonner à un homme comme lui, enivré de sa gloire et de la ÉBiveur du public.
Mon cher Palîssot est- il toujours favori de âa majesté polonaise ? Comment trouvez - vous h conduite de ce personnage et celle de sa pièce? Notre cher frère Menou m'a envoyé de la part du roi de Pologne , F Incrédulité combaitue par le simple. . . . ( I ) ; essai par un roi : essai auquel il parait que cher frère Menou a mis la dernière main. Il ne vous montrera pas la réponse que je lui ai faite, mais moi je vous montre ma lettre au roi de Pologne , et j'espère bientôt vous envoyer le premier volume de l'histoire de Pierre l^*" ; vous savez que c'est un hommage que je vous dois; je n'oublierai jamais certain petit certificat dont vous m'avez honoré. Quoique je sois occupé actuellement à bâtir une église , je me sens encore très mondain; l'envie de vous plaire l'emporte encore sur ma piété ; j'espère que Dieu me pardonnera cette Êiiblesse, et qu'il ne me fera pas la grâce
{i) bon sens.
cruelle de m'en corriger ^ je sais qu'il faut oublier
le monde , mais j'ai mis dans mon mai'ché que
vous seriez excepté nommément. Plaignez-moi^
monsieur , d'être si loin de vous , et de vieillir sans
faire ma cour à pe que la France a de plus aima^
ble ; mon tendre et respectueux attachement n«
finira qu'avec ma vie.
Voltaire.