LETTRE XVIII
Au château de Ferney , a3 septembre 1 760.
Je vous fais mon compliment comme mille autres, mon très aimable gouverneur, et , je crois, plus sincèrement et plu3 tendrement que mille autres. Je défie les Meuou même de s'intéresser plus à vous que moi. Vous voilà gouverneur de la Lorraine allemande : vous aurez beau faire, TOUS ne serez jamais Allemand. Mais pourquoi n'êtes-vous pas gouverneur de mon petit pays de Gex? Pourquoi Tityre ue fait-il pas paître ses moutons sous un PolUon tel que vous ? J'ai l'hon-p neur de vous envoyer les deux premiers exemplaires d'une partie de l'histoire de PierreJe-Grand. Il y a un an qu'ils sont imprimés ; mais je n'ai pu les faire paraître plus tôt , parcequ'il a fallu avoir
auparavant le consentement de la cour de Pétersbourg. Vous êtes, comme de raison, le premier à qui je présente cet hommage. Vous verrez que j'ai fait usage du témoignage honorable que je vous dois. De ces deux exemplaires il y en a un pour le roi de Pologne. Je manquerais à mon devoir si je priais un autre que vous de mettre à ses pieds cette faible marque de mon respect et de ma reconnaissance. Il est vrai que je lui présente rhistoire de son ennemi; mais celui qui embellit Nancy, rend justice à celui qui a bâti Pétersbourg; et le cœur de Stanislas n'a point d'ennemis. Permettez donc, mon adorable gouverneur, que je m'adresse à vous pour faire parvenir Pierre-le- Grand à Stanidas-Ie-Bienfaisant. Ce dernier titre est le plus beau.
La Lorraine allemande vous fait-elle oublier l'Académie française , dont vous seriez l'ornement? Certainement vous ne feriez pas une harangue dans le goût de notre ami Le Franc de Pompignan. Vous n'auriez point protégé la pièce des Philosophes ; et sans déplaire à l'auguste fille du roi de Pologne, auprès de qui vous êtes, vous auriez concilié tous les esprits. Quoique je n'aime guère la ville de Paris, il me semble que je ferais le voyage pour vous donner ma voix.
Je ne sais si les deux Genevois ont eu le bonheur, après lequel je soupire, celui de vous voir; je les avais chargés d'une lettre pour vous. J'avais même pris la liberté de vous adresser mon petit
remerciment au roi de Polo^e , de son livre intitulé : l'Incrédulité combattue par le simple bon sens. Il a daigné me remercier de sa lettre par un petit billet de sa main , qui n'a pas été contresigné Menou.
Adieu, monsieur; daignez, dans le chaos, dans la décadence, dans le temps ridicule où nous sommes, me fortifier contre ce pauvre siècle, par votre souvenir, par vos bontés, par les charmes de votre esprit, qui est du bon temps. Mille tendres respects.
%.'%<^*<^<%i%<%»^^^*^i%/V*iV%>»'%'*^^^^»^^<0'^*'*^*(*'^'