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lui rémulatioii de les égaler par de nouvelles églogues.
La première (i) de ces églogues, qui me parait être un chef-d'œuvre de badinage et de grâce, annonce le genre, l'esprit et le ton qu'il va faire régner dans ses nouvelles églogues.
En se transportant au temps où M. de Fontenelle les écrivit, on verra que l'Astrée, les grands romans, les lettres et les poésies de Sarasin et de Voiture, le ton et les dissertations de l'Hôtel de Rambouillet, influaient beaucoup sur le goût de la haute société : M. de Fontenelle eût craint de le choquer en faisant parler ses bergers avec la rusticité de ceux de Théocrite ; il ne desirait ni ne croyait devoir lier de grands événements à ses églogues, comme Virgile, et dans les siennes le berger permet bien rarement au courtisan de paraître.
M. de Fontenelle semble avoir voulu caractériser l'églogue française par le ton qu'il regardait alors , comme étant le national : il en est plusieurs où le sentiment est vivement exprimé ; il n'en est aucune où l'on ne reconnaisse un esprit ingénieux, agréable, auquel certain ton de finesse qu'on peut lui reprocher quelquefois n'ôte cependant jamais tout-à-fait la simplicité.
Une douce harmonie règne dans les vers de ses
(i ) Quand je Us d'Amadis les faits inimitables , etc.
DE FOWTEWELLE. IQÏ
églogues , et ne s'élève point trop au-dessus des sons de la flûte champêtre.
Si Ton veut juger sans prévention ces églogues, je crois qu'il est utile et sage, après les avoir lues une première fois , de discuter avec l'auteur tout ce qu'il dit , tout ce qu'il cite dans son Discours sur l'églogue : c'est l'esprit plein de ces idées sages et des preuves qui les appuient dans ce discours, qu'il est bon, et (j'ose le dire) qu'il est juste de relire ces mêmes églogues, avant d'en apprécier le mérite.
Ce discours jsur l'églogue éleva contre M. de Fontenelle tous les sectateurs des anciens; on sait avec quelle amertume ces sectateurs écrivirent contre ceux qui penchaient en faveur des modernes : soutenu dans son opinion par son ami M. de la Motte , l'un des écrivains de son siècle le . plus élégant et le plus instruit , celui - ci hasarda d'écrire d'une manière plus affirmative : ce fut alors qu'on vit madamt; J^acier employer contre lui le style et les armes de Saumaise ; mais l'ami de M. de Fontenelle ne lui répondit qu'avec le ton d'un homme du monde aussi respectueux que galant.
Je me garderai bien d'examiner ici le fond d'une querelle dont je laisse porter le jugement à de plus grands maîtres; je me restrains à dire que le discours sur l'églogue, et la digression sur les anciens , sont des morceaux précieux pour les jeunes littérateurs , qui veulent acquérir des moyens
IQ'À ELOGE
sûrs d'apprécier les ouvrages qu'ils lisent , et ceux qu'ils se proposent de donner au public.
Ces deux écrits forment une. espèce de procès par écrit , où le rapporteur fait seulement entrevoir son avis et laisse la liberté de juger, selon l'éducation qu'on a reçue , le caractère et les liaisons que Ton a , les idées qu'on a réunies , et par conséquent selon l'espèce de préparation qu'oo apporte dans la lecture d'un paï^eil ouvrage. Qui pourrait nier qu'il n'y ait toujours un peu d'égoïsme dans tous les jugements que nous portons?
M. de Fontenelle possédait mieux que personne l'art de faire bientôt tomber la critique la plus amère ; le don heureux de plaire est le plus sûr pour la calmer; il abandonna cette dispute, à ceux dont la bile mordante continuait à l'entretenir ; il fit alors l'opéra de Thétis et Pelée : on abandonna les bancs de la dispute. Tout Paris courut jouir des charmes répandus dans cet agréable ouvrage : je le répète, on a rarement tort quand on plaît; et l'opéra de Thétis et Pelée força les détracteurs de M. de Fontenelle au silence.
Ces ennemis secrets se réveillèrent en jetant de grands cris , lorsque M. de Fontenelle hasarda de publier un recueil de lettres galantes qu'il avait écrit dans sa jeunesse.
Ces lettres pourraient cependant être encore une espèce de problème pour les gens éclairés :
BE FONTENELLE. IqS
on ne peut nier que le goût juste et épuré, et que l'ame vraiment sensible ne doivent les proscrire; mais on ne peut s'empêcher, en les proscrivant, d'y regretter l'esprit , les excellentes plaisanteries , et la parfaite connaissance des hommes qui règne dans ces lettres ; on pourrait même être tenté de les excuser, si elles n'avaient pas été nuisibles à la jeunesae de l'autre siècle, et si leur style trop recherché, si des jeux de mots, et si des pensées trop subtiles n'avaient eu et n'avaient encore tant de mauvais imitateurs.
Malheureux l'esprit faible et borné qui jugera du rang où M. de Fontehelle doit être placé dans la mémoire des hommes par ce badinage de société qu'il s'était permis dans sa jeunesse! plus malheureux encore ceux qui n'auront acquis ni l'intelligence nécessaire pour l'écouter, ni des forces suffisantes pour le suivre , lorsqu'il ouvre le temple de toutes les muses à ses contemporains, et lorsqu'il donne les leçons et l'exemple d'un sage dans la société !
Il me semble qu'il était impossible de l'écouter, et de le suivre dans tous les actes de sa vie , sans admirer , sans chérir l'aménité de ses mœurs, et sans prendre une confiance entière dans ses lumières.
Ce sage , toujoiirs occupé de l'espèce de jouissance qui lui était propre , Tétait aussi de la communiquer à ceux qui l'entouraient; il possédait l'art adroit et séducteur de ramener toujours la
OEavres diverses. II. I ^
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cûnversatioti à Fégalité ; il se plaisait à faire valoir les autres; il ne se montrait jamais assez supérieur pour les interdire et les humilier; il animait, il mettait en jeu tous les ressorts de leur esprit ; il faisait briller à propos ou leurs talents ou leurs connaissances; ils sortaient d'auprès de lui contents d'eux-mêmes sans imaginer ce qu'ils lui devaient , et satisfaits d'en avoir reçu des leçons.
Je l'ai vu , et je ne peux me le rappeler qu'avec le plus juste attendrissement; je Tai vu caresser l'enfance , la conduire par la main dans ses premières études et lui donnet* l'espèce d'émulation qui lui était propre ; je l'ai vu quelquefois concilier des caractères et des intérêts personnels les plus opposés; je l'ai vii souvent calmer avec adresse (i) la vivacité du£eu qui dévorait le jeune auteur de la Henriade; mais il rendait encdre ce feu plus brillant, et c'était en lui montrant la tendresse d'un père qu'il essayait quelquefois à diriger le vol de ce puissant génie.
M. de Fontenelle fut toujours la lumière , le lien de toutes lès sociétés dont il faisait le charme ; il y .donnait presque toujours le ton, mais c'était sans y prétendre, sans avoiir l'air de s'en apercevoir; les regrets donnés à Sa perte suivront jusqu'au tombeau ceux qui ont joui du bonheur de vivre arec lui pendant les trente dernières années de sa vie; il en reste peu : mais qu'on juge du ton et
(i) En 1717, 1718, 1719, 1720.
DE FONTENELLE. igS
de la douce philosophie pratique que ses amis ont reçus de lui par tout ce qu'ils nous font encore res-* pecter et akner.
O vous (i), que les grâces formèrent sur leur modèle , et qui nous fîtes toujours adorer celles de votre esprit; vous que je n'ose nommer dans cet éloge et qui fîtes la consolation et le bonheur des dernières années de M. de Fontenelle, puissiezvous être attendrie en lisant ce que j'écris ! puisse la société que vous rendez heureuse, et qui vous rend des hommages journaliers , vous reconnaître à des traits gravés dans mon ame, et tracés par mon faible pinceau !
Et vous (i), qui sûtes si bien jouir dans vos beaux jours de la société intime de M. de Fontenelle, vous que tant de vertus rendent utile ^ cher et respectable , jouissez long-temps de l'amour et de l'hommage de tous les gens supérieurs de votre siècle ! L'ami de Fontenelle est un point de réunion pour eux ; ils aiment à se dire en vous voyant : Voilà l'élève et le plus fidèle disciple d'un sage ; voilà l'ami que le génie sublime de Voltaire se choisit , consulta , et qu'il fit jouir de ce commerce intime qui s'établit sans effort entre les âmes et les esprits d'un ordre supérieur.
L'espèce d'uniformité de la longue vie de M. de Fontenelle est aux yeux de la philosophie un des
(i) Madame D. P.
(2) M. le comte «FA-
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plus puissants traits de son éloge. A quelles faveurs n'eut-il pas atteint s'il les eût désirées ; mais aussi modeste qu il fut ferme dans ses principes, une douce égalité parmi ses confrères, ce peu de place qu'il desirait occuper dans la société malgré son grand renom ; tout le rendit inébranlable aux tempêtes qui tourmentent le commun des hommes ; et son ame vaste , éclairée , et paisible , fat inaccessible à celles de l'ambition et des vains désirs.
Nous devons à ce sage de nous avoir accoutumés au tranquille examen de tout ce qui nous étonne ; à ne plus laisser surprendre notre raison et notre crédulité par des opinions et des erreurs trop accréditées. C'est lui qui nous démontra le premier, que les phénomènes en tout genre ne se multiplient que pour le faible et rîgnorant, et qu'ils disparaissent à la lumière de l'observation raisonnée ; qu'il est un art scrutateur de la vérité; que cet art est la récompense des esprits actife, rterveux , sages et exercés ; que rien dans la nature ne se fait au hasard, ni par de violentes secousses; que les mouvements particuliers les plus terribles à nos yeux ne sont qu'une suite nécessaire du mouvement premier et général dé l'univers; que ce qui parait grand k l'habitant instantanée d'un des plus petits globes flottants dans l'espace est bien peu de chose, en comparaison des changements et des agitations que peuvent éprouver les autres orbes célestes; et
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que si rhomme ne peut jouir de la gloire et du bonheur de s'élever jusqu'à la connaissance de la nature universelle , il est né pour contempler du moins avec des yeux éclairés tout ce qui lui tient de près, tous ses rapports avec les autres êtres, et tout ce que l'observation exercée peut lui faire embrasser.
Mi
Petits vers qni , (Uns ma jeunesse, Me fàtes dictés par ramoor.
Je Yons écris pour être nn joar L*amasement de ma vieillesse.
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