‹ Œuvres du comte de Tressan, précédées d'une notice sur sa vie et ses ouvrages (volume 3)Chapitre 18 sur 123 · PRELIMINAIRE. 2O · texte numérisé non relu

PRELIMINAIRE. 2O

pers, OÙ nous avions un très joli théâtre, où nous représentions les comédies de M. Coypel; c'est pendant un voyage de Gaillon que la société joua don Japhet d'Arménie; M. d'Armenonville , jeune homme de la plus haute espérance, mort, à Prague, colonel de dragons, jouait l'écolier dans don Japhet , et les principaux rôles ; c'est à cette occasion que je lui écrivis, de Gaillon, la lettre suivante :

• De ce palais où le sort me confine , Je vous apprends , ami , qu'il me destine A m'ennuyer jusqu'à la fin du mois.

Plaisirs et jeux y sont sourds à ma voix.

Tous ces enfants, hors celui de Cythère, Qui dans mon cœur est toujours obstiné , Sont près de vous et m'ont abandonné.

C'en est 'assez, et vous n'avez pour plaire Besoin que d'eux, car forte passion N'est point le lot. des amants de votre âge; Amours coquets font leur commission , ' N'en êtes pas à votre apprentissage.

Par eux long-temps je me laissais duper ;

De l'un chez l'autre, ils me servaient de guides;

Mais les fripons étaient assez perfides ,

Pour se donner le mot, et me tromper;

Adieu leur dis : aussitôt en leur place ,

Je vis paraître un amour sérieux ,

Mais cependant aimable, gracieux;

Dans un instant de mon cœur il efface

OEuTres diverses. II, 1*4

aïO ÉPITRES.

Le BouTenir de mes foUes amours,

Et dans mon cœur il règne pour toijyours.

Or, songez bien que c'est en confidence, Que je vous peins mes secrets sentiments ; Ardents désirs, et flatteuse espérance, Fermes projets dVtemelle constance, Et ces transports faits pour de vrais amants, Toujours égaux, toujours d'intelligence, Voilà l'amour qui m'enflamme aujourd'hui ; Voilà les dons que j'ai reçus de lui.

Pour vous, ami , suivez votre carrière; De mille amours à vous suivre attachés , Connaissez bien les sentiments cachés; Puis choisissez, c'est votre seule affaire. Quand par l'Amour dont je vous ai parlé , Pour le servir vous serez appelé , Ne faites point de résistance vaine ; Avec douceur recevez votre chaîne; Point n*6st cruel à qui le sut servir. Mais à propos, avant que de partir, Il me souvient que du fier Hippolyte Vous appreniez du moins à débiter Les sentiments qu'en lui l'amour extite ; Rien ne vous manque à le bien imiter, Hors un seul point ; car brillante jeunesse, Mêmes vertus en vous se font aimer. Voici ce point : véritable tendresse.

De son papa le seigneur Théséus , Imiteriez volontiers Tinconstance; Mainte Ariane on plaindrait en cor plus,

De vous aimer excusant rimprudence.

Or n'allez poikit, en hétos nMdheureiix , De désespoir ensanglantei* la siîètie :

Allez , volez ) et <jue F Amour vous mène Sur ce balcon , écolier trop heureux !

Ayez toujours ces grâces naturelles Qui font aimer les moindres bagatelles ; Que la noblesse anime votre voix ; Ayez lair grand et modeste à4a-fois.

Jouez le Cid, Horace, Alcibiade; Mais , cher ami , que je serais jaloux Si les transports d^Oreste et de Pylade Etaient sentis par d autres que par nous.

RÉPONSE

DE M. D'ARMËNONVILLË.

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