‹ Œuvres du comte de Tressan, précédées d'une notice sur sa vie et ses ouvrages (volume 3)Chapitre 3 sur 123 · DE M. MOREAU DE MAUPERTUIS. I I · texte numérisé non relu

DE M. MOREAU DE MAUPERTUIS. I I

culte jusqu'alors trop révéré; il montra Tinipossibilité pliysique du système ingénieux de Descartes. Les derniers sectateurs de ce philosophe défendirent leur maître , mais plutôt avec un zèle passionné qu'avec la lumière paisible de la vraie philosophie. M. de Maupertuis fut toujours victorieux; loin de chercher à renverser les autres statues que Descartes a méritées y il les a0ermit , et sut en élever une à jamais durable au philosophe anglais.

11 fit plus encore pour la gloire de ce> grand homme» Newton , dont le vaste génie embrassait toutes les différentes parties de son système et toutes leurs conséquences , avait annoncé que la rotation diurne de notre globe devait l'avoir élevé sous l'équateur, et abaissé vers les pôles, non-seulement par l'effet de la force centrifuge, déjà reconnue et calculée par Huygens, mais encore par la gravitation mutuelle de toutes les parties de la matière ; nouvelle loi de la nature dont la découverte était réservée à Newton, et en vertu de laquelle la différence entre l'axe de la terre et le diamètre de son équateur devait être encore plus considérable.

Cependant la mesure réitérée de plusieurs degrés du méridien, et du parallèle de Paris, par d'habiles astronomes, donnait au globe de la terre la figure d'un sphéroïde a longé vers les pôles.

M. de Maupertuis, après avoir répété tous les

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calculs qui avaient fait naître Topinion contraire ^ et jugeant .que les degrés du méridien mesurés en France étaient trop sensiblement égaux pour que leur dififérence pût être reconnue en France même, demeura si fort convaincu de cette vérité, qu'il s'offrit à faire la moitié des observations qui devaient la prouver, et qui consistaient à mesurer les degrés du méridien sous l'Equateur, et vers les pôles à la plus grande distance possible.

La munificence d'un grand roi, le concours de l'Espagne et de la Suède, les lumières et les ordres de M. le comte de Maurepas facilitèrent une si grande entreprise. Secondé par des confrères déjà célèbres, M. de Maupertuis partit pour la Laponie au mois d'avril 1736, et fut passer l'hiver sous le cerclé polaire, pour y mesurer le degré du méridien le plus voisin du pôle qu'il serait possible , et par conséquent le plus différent des degrés mesurés en France.

C'est dans le récit même qu'il a fait des opérations des observateurs français (i) qu'on peut juger de l'extrême exactitude des moyens qu'ils employèrent. Une grande surface d'eau glacée, recouverte de neige, leur donna lieu d'établir une base la plus grande qui jamais ait été déterminée par mesure actuelle; un secteur de neuf pieds de rayon , ouvrage du célèbre Graham , une — --■ ' — — ^— ^^— ^^^^— ^-^^— ^—

(i) MM. de Maupertuis, Clairaut, Camus, le Monnier, Tabbc Outhier, et M. Celsius de l'académie d'Upsal.

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pendule du même artiste , un courage et une patience infatigables , donnèrent à ce travail la plus grande précision où les hommes puissent atteindre , et le degré terrestre se trouva plus grand de trois cent soixante-dix-sept toises que celui que M. Picard avait mesuré entre Paris et Amiens , et qui avait été mesuré de nouveau avec plus de précautions encore , et de meilleurs instruments , par M. de Cassini et par l'abbé de la Caille.

Dans le même temps , M. de La Condamine , un des plus célèbres confrères de M. de Maupertuis , et son meilleur ami . faisait des observations semblables sous l'équateur avec deux autres académiciens, MM. Bouguer et Godin.

L'Europe attentive admira le courage de ces illustres Argonautes, plus dignes de l'immortalité que les héros fabuleux de la Grèce. Les uns volaient vers les régions embrasées de la zone torride ; on ne peut lire sans une espèce d'eflfroî tout ce que les autres eurent à souffrir pendant une nuit presque continuelle de quatre mois sous le cercle polaire.

Ceux-ci revirent les premiers leur patrie. M. de Maupertuis, en moins de dix-huit mois, partit de France, traversa la Suède, mesura le degré du méridien sous le cercle polaire, revint, et rendit compte à l'académie d'un travail qui n'avait été que plus facile à faire par le froid excessif qui règne dans ce climat glacé; froid presque mortel , qui pénétrant la terre , et congelant les eaux

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à plusieurs pieds de profondeur, ne permet aucune évaporation capable d'altérer la pureté dé l'atmosphère, et de retarder les opérations de Fobservateur.

Son ami moins heureux, et exposé à des périls et des obstacles de toute espèce, fut troublé presque continuellement par des brouillards épais, par des inondations subites, par des tremblements de terre, et par Tembrasement des volcans. C'est dans le récit aussi simple qu'intéressant que M. de La Condamine a fait de son séjour sous l'équateur , qu'on peut voir jusqu'où le plus grand courage et le plus vif amour de la vérité peuvent porter la constance dans une belle ame.

Les observations faites sous les zones torrides et glaciales prouvèrent ce que Newton n'avait pu que présumer par sa théorie , et le résultat des travaux de nos académiciens donna environ vingtsept à vingt-huit mille toises de moins à l'axe de la terre qu'à son diamètre pris sous l'équateur.

A son retour de la Laponie, la réputation de M. de Maupertuis se répandit également dans le monde savant, et dans les sociétés les plus spirituelles ; un ton naturel , les grâces et le badinage le plus ingénieux ne laissaient voir à ces dernières que l'homme aimable; philosophe sublime dans ses écrits , on ne le forçait qu'avec peine à le paraître dans la société ; occupé de bien définir et d'instruire dans son cabinet , il passait sans peine

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de la sécheresse des calculs , et de la profondeur de la métaphysique, au soin de plaire , et au plaisir de converser avec des amis qu'il sut choisir et conserver toute sa vie.

Revenu au milieu d'une académie qui applaudissait à ses travaux, M. de Maupertuis fut élu en 1743 par celle qui couronne la beauté, la force et la justesse de l'esprit, l'élégance et la pureté du langage, la vertu et l'urbanité des mœurs.

L'Académie française avait déjà des droits sur M. de Maupertuis ; il sut se partager entre elle et l'acadénaîe des Sci^ices ; et sans rien diminuer de son zèle pour les grandes découvertes, il fut également utile aux deux compagnies.

L'Europe retentissait du bruit de son nom , lorsqu'il fut envié à la France par un prince qui s'était déjà couvert de gloire par ses écrits, et qui le fut bientôt après par ses victoires : le roi de Prusse désira de l'attacher à sa cour; mais M. de Maupertuis ne se rendit aux instances de Frédéric^ que de l'agrément de son maître qui lui conserva tous les droits de regnicole en France.

£n 1746, il fut installé président perpétuel de l'académie royale des Sciences et Belles- Lettres de Berlin, et Frédéric voulut inscrire de sa main , dans les statuts de cette académie , tout ce qu'il crut de plus flatteur et de plus fort pour prouver l'estime dont il honorait le nouveau

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président, et pour lui donner l'autorité la plus étendue.

Sa Majesté prussienne crut même ne pouvoir trop multiplier les liens qui fixeraient M. de Maupertuis dans ses états; mais occupée du bonheur de celui qu'elle honora toujours du titre de son ami, elle consulta le cœur de cet ami, en choisissant le nœud le plus propre à le rendre heureux.

M. de Maupertuis reçut pour épouse , de la main de la reine- mère, Éléonore de Borck, d'une maison très illustre , et dont le père et les frères ont toujours exercé les premiers emplois des armées de Prusse, et occupé les premières places de cette cour.

Il fut décor,é de l'ordre du Mérite, il eut la confiance de son nouveau maître ; et , ce qui seul pouvait le flatter encore, il eut le célèbre Euler pour compagnon de ses travaux et pour ami.

La protection et les regards d'un grand roi, les ouvrages de MM. de Maupertuis et Euler, excitèrent la plus vive émulation dans l'académie de Berlin ; les mémoires de cette compagnie recueillis et enrichis par M. de Formey, son secrétaire perpétuel, étendirent et perfectionnèrent plusieurs parties des connaissances humaines. Occupé de la gloire de cette académie, M. de Maupertuis lui associa les savants étrangers les plus illustres par leurs écrits; mais je dois avouer aussi que le cœur

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le plus sensible à l'amitié Tégara du moins une fois dans son choix , lorsqu'il me fit partager le même honneur.

C'est dans la belle édition de ses ouvrages faite à Lyon en 1 756, que ceux qui voudront connaître la vérité et l'étendue de ses connaissances pourront en prendre une juste idée.

Le naturaliste trouvera dans sa Vénus Phy-sique plusieurs vérités nouvelles que la sagacité et la pénétration de son esprit lui firent apercevoir; vérités qu'un génie du même ordre, que nilustre M. de Buffon a apprises de la nature même à l'aide du microscope, qu'il a prouvées par les expériences les plus décisives pour ceux qui sauront les répéter , et qui renversent le système des Lœwenoëk et des Hartsocker , sur les œufs et les animalcules.

Les marins éclairés par la science qui doit leur être la plus familière trouveront tous les problèmes qui concernent leur art, rassemblés et résolus en peu de pages dans Y Astronomie Nautique de M. de Maupertuis. Les mathématiciens admireront la forme qu'il a su donner à cet ouvrage, la fécondité des principes, la précision et l'élégance des solutions.

Le métaphysicien méditera long-temps avec lui son Système de Va nature y exposé dans la fameuse thèse d'Ërlang, et %es Réflexions philosopliiques sur Vorigine des Langues. Il admirera dans le premier de ces deux ouvrages quel degré de

force Tautenr siit donner à Thypothèse qu'il proposait. Dans le second, il ne pourra s'empêcher de convenir avec lui de la fragilité de la base sur laquelle sont appuyées toutes les connaissances humaines : mais on n'essaiera plus d'opposer à l'auteur des objections aussi injustes que personnelles; on n'emploiera plus contre ses ouvrages ces espèces d'armes dont il est si lâche de se servir, et qu'on voit le plus souvent dans les mains de la basse envie et de Fignorance sous le masque du zèle. La fin d'un sage est le sceau qu'il met à ses écrits, et celle de M. de Maupertuis prouve bien que, si personne n'a mieux su que lui toute l'étendue qu'un génie supérieur peut donner à ses eitamens , personne aussi n'a mieux reconnu quel est l'usage religieux qu'un philosophe doit faire de sa raison.

Parmi les hypothèses où Tesprit humain est entraîné de proche en proche, ou par analogie, il en est bien peu , qui , lorsque l'on entre dans les détails propres à les établir, n'offrent des contradictions; il en est cependant qui, n'étant point encore appuyées de toutes les preuves nécessaires pour en constater la vérité , n'ont rien aussi qui présente un côté assez faible pour les faire rejeter.

Les idées qu'expose M. de Maupertuis dans sa lettre sur la comète de i^k^ sont de ce nombre; le retour périodique de ces nouvelles planètes n'est plus douteux aujourd'hui ; les calcul^

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(lu célèbre Halley, et plus encore le travail sublime de M. Clairaut, sur le retour de celle qui parut l'année dernière, et sur le retard de ce même retour par la perturbation que l'attraction de Jupiter et de Saturne devait causer dans son ellipse; ces calculs vérifiés par l'apparition de cette comète dans les points du ciel où sa route était désignée, ont tiré cette théorie de l'ordre des probabilités, pour l'élever à celui des vérités démontrées (i).

(i) Qu'il me soit permis, dans la réimpression de cet éloge, de rappeler au monde savant tout ce qu'il doit à feu M. Clairatit, et à ses confrères tout ce qu'ils ont perdu.

Si les compatriotes de Newton , si cette nation , également éclairée et philosophe , convient que les travaux des observateurs français , que M. Clairaut partagea dans le nord , ont démontré l'aplatissement des pôles de la terre, que le chevalier Newton n'avait pu que présumer comme -devant être une suite nécessaire de sa sublime théorie; elle conviendra de même que c'est le travail immense de M. Clairaut qui a démontré ce que le célèbre Halley n'avait pu que présumer sur le retour de la comète , dont M. Clairaut eut le courage et le savoir de calculer la marche. C'est donc à lui que nous devons cette base immuable sur laquelle la théorie des comètes est appnyée,et cette base l'assure de l'immortalité. Les éloges, letonnement même que le succès de son travail excita dans toute l'Europe, ne changèrent rien à la simplicité de ses mœurs; loin de chercher à primer, M. Clairaut, également modeste et désintéressé , ne s'écarta jamais de cette union qui doit régner dans les compagnies savantes ; sa mémoire sera toujours chère è tous ceux qui l'ont connu; ses lumières, ses travaux se soutiennent avec le même succès par son digne

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Toutes les comètes que nous connaissons , et vraisemblablement un grand nombre d'autres, coupant sous différents angles l'orbite de la terre ^ en s'approchant ou en s'éloignant de leur périhélie, peuvent joindre de très près notre globe avec des circonstances qui pourraient causer un nouveau déluge ou un embrasement général. Ces astres pourraient même rencontrer la terre et la briser par leur choc; il suffirait qu'ils approchassent de notre globe à une petite distance pour être entraînés dans la sphère d'attraction de la terre, et devenir pour elle de nouveaux satellites , s'ils lui étaient fort inférieurs en masse, ou, s'ils lui étaient très supérieurs, ils pourraient se l'assujettir et l'entraîner avec eux. Au reste ces idées ne sont pas toutes propres à M. de Maupertuis , Wiston les avait eues comme lui; mais il leur a donné de nouveaux degrés de vraisemblance, et il en a fait la matière d'un badinage savant et ingénieux (i).

élève : le même savoir, le même courage dans les calculs les plus profonds et les plus laborieux caractérisent les ouvrages de M. du Séjour ; les mêmes mœurs le rendent cher à ses confrères, et le cœur de tout homme qui pense doit être émn, lorsqu'on voit au printemps de ses jours un magistrat jouir également de Testime du corps le plus respectable de la nation , et d'une compagnie qui travaille sans cesse à s'y rendre utile. (i) Dans l'extrait des ouvrages d'un homme tel que M. de Maupertuis , on doit porter une exactitude scrupuleuse. Lorsque je traite celui-ci de badinage savant et ingénieux, c'est

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