‹ Œuvres du comte de Tressan, précédées d'une notice sur sa vie et ses ouvrages (volume 3)Chapitre 21 sur 123 · AU MARQUIS DE SURGÈRE · texte numérisé non relu

AU MARQUIS DE SURGÈRE

De Rome, 17^3.

Lorsque T Amour fut chassé 4e la Grèce, Par Socrates, qui de haute sagesse Donnait alors plénières leçons ; Le pauvre enfant vit en mille façons Déshonorer son tample et son empire ; Jusqu a la porte on venait pour lui dire : Beau Dameret, non» ce n'est plu^ chez vous Que noua portons notre encens le plus doui^. Amusez-voua tout seul en votre temple... L'Amour en pleurs quelquefois les contemple, Et tâche en vain de ramener leurs cqsurs. Lassé de voir leurs coupables ardeurs , Il fut contraint de quitter la partie.

2l6 ÉPITRES.

Et s^envola dans Theureuse Italie ; Chez les Romains il fixa soin séjour; Pour rassembler au plutôt une cour.

Il descendit au temple des Vestales , Il leur dicta de nouvelles morales ,

Mais il n'osait hasarder le grand jour ; Enfin Fenfant eut accès à la cour :

Il fut reçu dans les bras de Julie :

Lors son amant et celui de Lesbie De Fart d aimer, dans leurs tendres chansons , Aux jeunes cœurs donnèrent des leçons ; Et ces leçons un temps furent suivies.

On dit qu'alors par mille perfidies Le petit traître accabla les mortels , Tant que Romains , renversant ses autels , Pour l'autre Amour qui régnait dans la Grèce, Firent d'aimer le plus coupable abus.

De Cupidon les regrets superflus

Depuis ce temps ne se font plus entendre

Dans ce pays ; je n'ai pu même apprendre

Où le pauvret tient sa chétive cour.

Je crus pourtant le trouver l'autre jour;

Je crus le voir auprès d'une fillette

Aux beaux yeux noirs^ jeune, fringante et faite

Telle qu'on peint Aspasie ou Laïs.

Dieu! quel écueil! j'approchai, je rougis :

Amour volant sur son sein , sur sa bouche,

N'avait alors 1 air traître , ni farouche ; Comme un enfant, pour se faire chercher Un peu plus bas il semblait se cacher; Yeux pétillants du feu qui les dévore Semblaient me dire.... Un peu plus bas encore 11 ne tiendra qu'à toi de me trouver, Trouver cent fois , et de m'y retrouver ; Je balançais, quand la raison sévère Du dieu trompeur détruisit la chimère.

Et me montra les peines , le danger, Oà sur ses pas je m'allais engager.

Non , cet enfant que tu vois , me dit-elle, N'est pas celui dont la flamme immortelle Sut débrouiller le chaos ténébreux, Et qui reçut jadis tes premiers feux.

Le dieu des cpeurs tient sa cour à Paris ; Or, vous^ ami, pour qui sont réunis, Amour, Hymen, hélas! quoiqu'ils soient frères. Qui bien d'accord ensemble ne vont guères ; Ah ! pourries-vous éprouver des langueurs ? Sur tous vos jours ils répandent des fleurs.

ai8 KPITKES.

AU MÊME

Qui venait de faire , pour notre société , nue comédie intitalée : l École DU MoHDE y et qui prétendait que c'était moi qui lui avals appris > faire des vers.

Gentil rimeur, qui ma^cs agacé

Dans un écrit par les Grâces tracé,

A votre tour par mot tous derez Tétre

En mêmes yers. En ce moment, peut-être,

En douce prose une jeune beauté.

Vous agaçant aussi de son coté ,

Veut vous forcer à lui rendre les armes;

De deux beaux yeux je connais trop les charmes,

Pour exiger de m^ voir fmférer:

Mais à bon droit mon cœur peut espérer

Que bien je suis danat la classe première

De vos amis ; et dans la terre entière

N'en trouverez de plus tendre pour vous :

Or , cependant devrais^je être jaloux

De la façon dont Apollon vous traite :

Ce n'est pas moi qui vous rendis poète;

Vous expliquant les règles de son art.

Ce fut ce dieu qui d'abord vous fit part

De ses leçons : et ses douces merveilles

N'ont point été l'ouvrage de vos veilles :

Sûtes chanter dès le premier moment;

Et ce qu'encor savez parfaitement

C'est bien penser; car jamais votre muse

EPITRJES. 219

Du don des vers malignement n'abuse :

Tout son plaisir est celui de rimer

Fine pensée , et d en faire germer

Fleurs et leçons agréables et sages ;

En nous montrant les plus vives images

Du bon comique, elle mène en riant

A la sagesse; et souvent, se pliant

Au commun faible y elle oUre à notre vue

De Qoa dtfauts la misère ingénue.

A l'artisan de semblables portraits

Il est permis d'avoir quelque malice :

Mais sans noirceur un ridicule, un vice,

Sans nul égard par lui seront frappés ;

Fats et pédants , par trop préoccupés ,

De leurs attraits, de leur haute science.

Feront enfin avec eux connaissance ,

Et se verront comme' nous les voyons ;

Pour moi qui n ai nulles prétentions

Que de couler doucement, une vie ,

Qui, dans son coiu*s, de plaisir^ soit suivie,

Sans nul souci de ces vieui^ préjugés

Dont les enfants lisent les abrégés ,

Ne tomberai jamais dans la chaudière

De Lucifer , par humeur trop altière ;

J'ai bien choisi de plus jolis péchés :

De ce pays amours effarouchés ,

Las ! ne m'en ont pas fait faire un eucore.

Vient la saison de Zéphyr et de Flore ,

Temps où les cœurs par l'amour animés

De nouveaux feux paraissent enflammés;

Déjà l'on voit les tendres tourterelles

Se becqueter en trémoussant leurs ailes;

Sur ma fenêtre un jeune moineau franc Vient de plaisir pousser un cri perçant; Faunes, Silvains, attrapent les bergères, Qui, sur le soir, s'écartent de leurs mères. Le pampre vert avec soin cultiyé , Sur les ormeaux par festons releyé , Donne aux buveurs une douce espérance; De la musette en suivant la cadence, Jeunes bergers ensemble vont aux champs. Dieux ! sans aimer, passerai^je un printemps ?

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