RÉPONSE A UN DE MES AMIS
QUI AVAIT FAIT l'aPOLOGIE DE l'hOMME - MACHIlf K
DE LA MIÊTRIE.
Si dans vos vers, sage naturaliste ^ Un scepticisme et profond et prudent Sur votre esprit avait pris l'ascendant ; Si vous étiez un peu moins dogmatiste^ Je pèserais vos raisons de douter.
a38 ISPITRES.
Mais, cher Damon, loin de vous écouter, Quand sottement vous cherchez à détruire Des nœuds sacrés , quand je tous vois lutter Contre le jour qui peut seul nous conduire , Les plus beaux yers ne peuvent me séduire, Et dans les miens je dois les réfuter.
Un vil mortel , un nouvel Érostrate Ose abuser du grand art d'Hippocrate :
Par le scalpel il découvre à nos yeu^ De nos ressorts les accords merveilleux; n voit leur force , il prévoit leur ruine, Il en conclut:... L'homme est une machine Que le concours des atomes forma , Et que réther plus rapide anima.
Ah! cher Damon, se peut-il que votre ame, Méconnaissant cette céleste flamme Qu'en votre sein versa le créateur , Puisse écouter la voix d'un imposteur ? Quoi! notre esprit, cette vive lumière.
Quoi! ces ressorts l'un à l'autre Ués, Pour nos besoins féconds et variés Assujettis aux droits de la matière.
Par le hasard seraient modifiés ?
Le croirez-vous?... Quoi ! notre intelligence , Notre pensée est un corps circonscrit, Qu'un agent meut par sa vive affluence. Qui suit sans choix les ligne$ qu'il décri|;? A ces traits-là reconnait-on l'esprit?
Reconnaît-on la sublime substance Qui se souvient, compare, aime et choisit?
iPITRES. 239
Le hasard n*^s|; quïm être fantastique,
Qu'un mot qui sert l'ignorance publique;
Jamais ce mot, qui délie est émané,
N'ofire à l'esprit un sen5 déterminé.
Tout mouvement , un Dieu moteur l'imprime ;
Tout obéit à sa direction ^
De ses décrets la dbaine , quoique intime ,
Reste cachée à la perception.
Depuis le temps de l'enfance du monde ,
Même parmi les êtres végétants ,
Observe-t-on , sur la terre, sous l'onde.
Ou dans les airs , de nouveaux habitants
Nés du concours des atomes flottants ?
Non , cher Damon ; une tbrce seconde
Entretient tout^ sans que rien se confonde.
De son pouvoir la source est dans les cieux
Que vers le Tage, un taureau furieux.
Qui de lauster sent la brûlante haleine, A la jument qu'il poursuit dans la plaine S'unisse.... alors nos regards curieux En verront naître une espèce imparfaite. Qui du cheval n'aura point la beauté , Ni du taïu'eau la force et la fierté.
De toutes deux la nature est extraite, Mais impuissante à se régénérer D'un sein fécond , sans jamais s'altérer. Chaque saison , la nature abondante Répand les dons qu'une main bienfaisante Dans leur principe a su nous préparer:
Mais produit-elle une nouvelle plante?
D'astres nouveaux les cieux sont-ils parés ? Or, je demande à ce puissant génie
a/|0 épitbeS.
Qui y par pitié, yeut dessiller mes yeux, Comment l'espèce à lautre espèce unie Se reproduit... aux mortels curieux Tout est obscur... et le nouveau système Que Ton propose est toujours mal prouvé ; Par Malpighi, Verheyen, Harvé même, Ce doute obscur ne put être levé; Et notre essence est toujours un problème. Si^otre esprit dépendait de nos sens , Plus leurs ressorts seraient fermes, puissants, Plus cet esprit atteindrait au sublime.
Ont-ils rendu Milon digne d'estime ?
Et dans Pascal ils étaient languissants. Par ces raisons mon esprit en suspens , S'il ne croyait, que serait-il?... sceptique; Mais je déteste un traité dogmatique , Qui m'avilit, qui m'ôte tout espoir.
Et qui surtout veut me faire entrevoir Que la vertu, l'honneur, sont des chimères, Fantômes vains , faiblesses de nos pères , Liens adroits , dont la société A par degrés connu l'utilité*