‹ Œuvres du comte de Tressan, précédées d'une notice sur sa vie et ses ouvrages (volume 3)Chapitre 4 sur 123 · M. MOREAU DE MAUPERTUIS · texte numérisé non relu

M. MOREAU DE MAUPERTUIS

Si ce qu'il dit sur la figure des astres tient encore plus de la conjecture, les apparences de Fanneau de Saturne et les lois de la force centrifuge en établissent du moins assez la probabilité, pour que cette hypothèse soit du nombre de celles qui sont vraisemblables et qu'il est difficile de réfuter.

Non moins occupé de travaux d'une utilité plus sensible, M. de Maupertuis indiqua de nouveaux moyens pour trouver la parallaxe de la lune avec la plus grande précision ; il fit sentir l'avantage de placer sous le même méridien y s'il était possible , les observateurs qui feraient des observations simultanées. Celui qui avait bravé les hivers de Tomeo ne craignit point d'animer les savants à faire au cap Nord de la Laponie danoise des observations correspondantes à celles qu'on ferait en même temps au cap de Bonnes-Espérance ; cet arc du méridien étant le plus grand qu'on puisise mesurer sur notre continent.

La parallaxe des astres est presque le seul fondement qu'ait l'astronomie pour parvenir k la connaissance de la distance des planètes; la détermination de celle de la lune est d'autant plus importante, que non-seulement elle servirait à

qu*il me parait bien démontré que les lois de ia nature et celles que les comètes suivent dans leur marche s'opposent invinciblement aux catastrophes dont ces suppositions semblent menacer.

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donner plus exactement la masse des autres planètes; mais encore à perfectionner la théorie de cet astre , sans laquelle nous ne parviendrons que très difficilement à connaître en mer la longi* tude ; connaissance si nécessaire à la navigation , connaissance dont nous approchons toujours de plus en plus, tant par la constance des Bradley, des le Monnier, des la Caille, à multiplier les observations les plus délicates, que par Fémulation des plus grands géomètres de l'Europe, les Clairaut , les D'Alembert , les Euler , les Mayer , à construire à l'envi de nouvelles tables de la lune, qui bientôt pourront tenir lieu des observations itiémes.

Le Traité de cosmologie de M. de Maupertuis fut la source des disputes les plus vives qu'il ait jamais essuyées.

Ce traité commença d abord par alarmer un zèle souvent assez peu éclairé pour n'avoir rien d'estimable que son motif. L'auteur examine d'abord dans cet ouvrage plusieurs preuves de l'existence de Dieu, que quelques métaphysi-* ciens ont regardées comme les plus fortes; il fait voir que ces preuves sont mal choisies , et que même un athée pourrait se servir de leur exposition pour combattre une vérité si nécessaire , si présente dans le sentiment intérieur de l'homme, si sepsible dans tous les ouvrages du créateur et dans l'admirable harmonie de l'univers.

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Pénétré de cette vérité fondamentale, M. de Maupertuis essaya d'en donner une nouvelle preuve qui fut vraiment digne d'un être souverainement puissant et intelligent ; il ne la chercha point dans les subtilités de la métaphysique; il crut l'avoir trouvée dans les lois du mouvement.

Le mouvement opère tout dans la nature que lui seul préserve de l'engourdissement. Il fallait donc examiner et trouver quelle était la loi la plus simple, la plus universelle, par laquelle le mouvement pouvait se communiquer, se conserver et exercer son action sur tous les corps.'

Ce fut alors que M. de Maupertuis proposa son principe de la moindre action , et qu'il démontra que dans le choc et le repos des corps y comme dans la propagation du moui^ement, la quantité d'action {ou le produit de la niasse d'un corps muUipUée par la vitesse et par V espace quil parcourt) est toujours un minimum, c'est-à-dire, est le moindre qui soit possible.

Cette loi , dont je n'essaierai point ici d'appuyer la force, et de découvrir la fécondité, essuya des fortunes bien différentes.

Quelques philosophes allemands l'estimèrent assez pour tenter d'attribuer au célèbre Leibnitz la gloire d'en avoir été l'inventeur; les efforts inutiles qu'ils firent pour le prouver ne servirent qu'à faire mieux sentir le prix de la découverte

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du philosophe français, et à lui eu assurer la propriété.

Quelques autres savants crurent pouvoir réduire l'invention de cette loi au principe métaphysique d'Âristote, ^iie la nature^ dans la production de ses effets , agit tovjourspar les moyens les plus simples.

Mais un principe métaphysique n'a de force , dans tout ce qui est du ressort des mathématiques, qu'autant qu il est prouvé par les mathématiques mêmes. Ce serait renverser absolument Tordre des moyens d'annoncer les vérités aux hommes, que de leur donner une loi dont ils seraient obligés de supposer les preuves. Quelque vraisemblable que puisse être la loi du mouvement que le métaphysicien imagine , il n'a rien fait encore s'il ne prouve son existence par les plus fortes démonstrations. La première idée qui se présente d'une nouvelle loi dans la nature n'est souvent que trop vague et que trop futile; le géomètre seul la tire de la classe des vraisemblances, et mérite seul d'être écouté; quand donc le principe métaphysique d'Aristote se trouverait dans un parfait rapport avec la loi démontrée par M. de Maupertuis , l'invention de la loi qui cadre à ce principe n'en est pas moins due au géomètre.

En effet, que faut-il entendre par le moyen le plus simple? eu quoi consiste cette épargne qu'on croit que fait la nature ? Est-ce dans le che-

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mtu? est-ce daus le tenips? £st*ce dans la vitesse qui est le produit de l'un par l'autre? Non, l'expérience s'y refuse. C'est dans le produit de la masse par la mtesse et par V espace parcouru. M. de Maupertuis l'a démontré ; cette découverte enrichit la haute géométrie d'un nouveau principe, dont l'application heureuse qu'en a faite M. £uler à la résolution des problèmes les plus difficiles prouve l'étendue et la fécondité.

M. de Maupertuis remplit toujours les devoirs de président de l'académie de Berlin avec le zèle que lui inspiraient l'amour de la vérité, un compagnon tel que M. Euler, et les regards d'un grand roi. Les recueils de cette académie sont enrichis d'un grand nombre de ses écrits ; des éloges qu'il fit de plusieurs dignes confrères qu'il eut à regretter; de discours prononcés dans les assemblées publiques de cette compagnie, à l'occasion de divers ouvrages que le roi de Prusse avait daigné lui commimiquer ; enfin de plusieurs autres pièces particulières réunies dans l'édition de 1756. On trouve dans tous ces écrits le philosophe fortement occupé du progrès des sciences, un de ceux qui a le mieux rassemblé dans un tableau général leurs principaux rapports; on y reconnaît le citoyen le plus vertueux et l'ami le plus désirable.

Une santé très délicate , et que le fi:oid excessif d'un hiver passé sous le cercle polaire avait altérée , livra M. de Maupertuis dans ses dernières

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années aux assauts presque continuels de la douleur. Un crachement de sang, qui se renouvelait tous les hivers, l'obligea quelquefois à demander la permission de les venir passer en France , où sa famille et ses amis l'appelaient; mais toujours agité par le regret d'être éloigné d'un maître qu'il admirait, et d'une épouse qu'il aimait avec tendresse, M. de Maupertuis ne se donna jamais le temps de se guérir parfaitement, et quoiqu'il sentit les effets salutaires de l'air natal, quoiqu'il fut ému par nos prières et par nos regrets, il s'arrachait bientôt de nos bras pour se retrouver près de Frédéric et d'Éléonore.

Ce fut en 1754, pendant un de ses voyages en France, qu'étant venu passer quelques jours chez moi, je voulus faire partager à mon illustre ami le bonheur dont je jouissais.

Aussi digne que Pythagore de trouver des sages et de converser avec eux, M. de Maupertuis eut le bonheur d'en voir un sur le trône, aux pieds duquel je le conduisis. Il admira dans Stanislas la fécondité du génie, l'étendue des connaissances, l'élévation d'une ame au-dessus des coups les phis injustes de la fortune. Bientôt il éprouva luimême l'attrait enchanteur qui attache nos cœurs à ce grand prince; mais lorsqu'il le sut occupé sans cesse à rendre ses sujets heureux, à prévenir leurs besoins et leur oisiveté , à embellir sa capitale, en l'enrichissant de tous ses revenus;

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lorsqu'il vit sa main puissante animer, soutenir et perfectionner les sciences et les arts ; lorsqu'il entendit sa Voix s'élever avec force pour les défendre, ou pour parler en vrai citoyen à la patrie qui l'estima toujourâ assesi pour l'élire , mais qui se montra toujours trop légèi^e ou trop, faible pour le servir; lorsqu'il lut \m nouvelles lois, que, S0U6 le kioni d'un insulaire , âttanislas proposiâ aux hommes pour les rendre plus eâges et plus heureux : pénétré d'une espèce de respect qui tient du cult^ nàéme , saisi de cet amour qu'inspire la vertu la plus sublime, M. de Maupertuis tomba aux pieds de notre auguste fondateur; je le vis baiser avec transport ces mains dignes de porter les plus beaux sceptres de l'univers, et ce fut ce moment même que Stanislas choisit pour se l'attacher, en l'admettant dans l'académie qu'il venait de fonder.

Dès 1752, M. de Maupertuis avait éprouvé à Berlin les attaques du. même mal qui menaçait ses jours : des réflexions profondes sur les malheurs presque inséparables de notre existence , le conduisirent à l'examen du bonheur qui peut les balancer.

Un esprit éclairé par la plus sublime géométrie devait être tenté d'apphquer le calcul à un pareil examen ; son état présent , les événements qu'il prévoyait, et qui bientôt lui portèrent les coups les plus cruels , l'entraînèrent à oonclure que, dans la

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vie, la somme des maux l'emporte de beaucoup sur la somme des biens ; et peu de gens seront tentés de contredire cette assertion.

C'est dans cet ouirrage plein d'une saine philo-' Sophie , qu'il montre d'un côté toute l'erreur des épicuriens, qui n'avaient en vue que l'augmentation de la somme des plaisirs, et de l'autre, Tinsuffisance du système des stoïciens qui ne desiraient que la diminution de la somme des maux. M. de Maupertuis continue à parcourir les opinions des anciens philosophes , et en démontre la faiblesse. Vers la fin de son ouvrage , son beau génie semble tout-à-coup éclairé par les purs rayons d'une vérité dont la source est dans le sein même de l'être suprême ; la morale évangélique se dévoile à ses regards dans son jour le plus lumineux ; il voit l'homme élever à son créateur les actes de son amour; il le voit tourner ses soins les plus tmidres sur ses frères ; enfin il le voit heureux en soumettant sa raison à la loi révélée : il le voit au contraire dans le trouble le plus funeste , dès qu'il s'écarte de ces principes. Tels étaient les sentiments qui pénétraient son cœur et qui s'y gravaient en traits ineffaçables.

Pendant le dernier séjour que M. de Maupertuis fit à Berlin , l'Europe perdit l'illustre président de Montesquieu. Ceux qui sont nés pour donner des lois, ou pour en être les dépositaires, durent regretter un sage digne de les éclairer; ceux que la

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