A M. LE COMTE DE FORCALQUIER
Vous ne recevrez pas de nous D'épître élégante et sublime; Mais quand l'amitié nous anime , Son ton est toujours assez doux, Et c'est ce qui fait que je rime Les regrets que nous sentons tous.
ÉpiTREs. a63
La douleur et l'inquiétude , Au comte D.... aujourd'hui Suspendent même l'habitude De se moquer des maux d'autrui.
Le L. V,... dans son mémoire,
Hier en soupirant écrivit;... ^
Le vingt de juillet il partit,
En recelant tout le grimoire
Des dieux qui font aimer et boire :
Pour moi dont le triste destin
Est de coucher dans une grange,
Où je ne vois , soir et matin ,
A mes côtés que mon bon ange,
Qui souvent trouve fort étrange
Et se plaint qu'un petit lutin
Ose réveiller de sa main
Un dieu bien alerte à notre âge ,
Je vous écris maint radotage;
Mais par Momus , vous le lirez ,
Et qui mieux est y répondrez ,
Vous , qui reçiites en partage
De Chapelle le badinage;
Mais qui , par malheur , n'en avez
La santé comme le langage.
Or, surtout souvenez-vous bien
De dire, chaque matinée,
L'oraison de saint Julien ,
Et sûrement la destinée
Vous conduira dans ce château,
Dont l'hote charmant et facile ,
De ce dieu qui porte un bandeau
a64 EPITRES.
Fut toujours un sujet docile.
Et lit bien souvent réyangile A la lueur de son flambeau :
C'est là qu'il vous faut bien et beau Garder le plus exact régime, Vous leyer tard, boire de l'eau , Et surtout , sous votre rideau , Bien renoncer au léger crime Dont s'accusait un jouvenceau.
AU MÊME
Qui m*aYait écrit des vers pleins de sentùnent.
Quoi! tour à tour vous vous laissez charmer Par deux beaux yeux , par un ami sincère ! Est-il bien vrai que vous savez aimer, Vous que les dieux ont fait naître pour plaire ? Ah! conservez ces sentiments heureux!
Et laissez les esprits vulgaires
Se déchirer entre eux ?
Les cœurs nés vraiment vertueux Ne sont que pour eux seuls sévères !
Jamais altiers , ni jamais abattus , L'esprit ne sert qu'à parer leurs vertus. Ils méprisent la noire envie , Ils détestent la perfidie, Ne mêlant au plus dans leurs jeux
EPITAES. a65
Que la bonne plaisanterie j Qui n'a jamais rien de fâcheux.
Heureux celui qui n*a des yeux Que pour une seule bergère ; Qui connaît le prix du mystère, Qui croit quun infidèle est un monstre odieux; Qui sait, avec délicatesse, De son ami, de sa maîtresse Prévenir les moindres désirs; Qui sans eux n'a point de plaisirs!
Vous qui du ciel reçûtes en partage, L'esprit brillant, le pur honneur.
Ayez toujours cette aimable douceur Et cette vérité, compagne du bel âge :
Que la beauté qui vous engage , Que deux amis au plus fassent votre bonheur !
Je sais que vous aimez. Qu'une chaîne durable Vous tienne étroitement unis !
Ah! que ne suis-je assez aimable.
Pour mériter d'être un de vos amis !