‹ Œuvres du comte de Tressan, précédées d'une notice sur sa vie et ses ouvrages (volume 3)Chapitre 45 sur 123 · A M. LE MARQUIS DE CROISSY · texte numérisé non relu

A M. LE MARQUIS DE CROISSY

▲mbassadeor en Suède, chez qui je devais souper avec la même.

HoTB charmant, dieu du marais!

Vous , chez qui de douces orgies Commencent avec les bougies, Et devraient ne finir jamais , Hélas ! une fièvre assassine , Par des glaces ou par des feux , Trouble une tête libertine Digne de partager vos jeux.

Sans elle en ce moment peut*être Je chanterais quelque chanson Faite pour ne plus reparaître , Et vous m'en donneriez le ton :

Vous , qui chez nous faites renaître L'esprit, les goûts d'Anacréon, Vous, qui, soit folie ou raison.

Parlez toujours si bien en maître , Et qui ne voulez jamais Tétre Dans votre charmante maison.

Hélas ! au lieu de vous écrire ^ J'y verrais cet enfant malin Qui naît des yeux de ma Thémire,^ Et qui , se baignant dans le vin , Parfume l'air qu'on y respiré :

a8o iPiTRES.

Car jamais ce dieu ne soupire Que vers quatre heures du matin.

Jusqu'à ce temps , vif et badin , Content de plaire, il aime à rire, Et TOUS met le verre à la main.

A MADAME DE

4n mouMiit dt son retour à Paris , aa mois de février.

D9 cette zone malheureuse, Où régnent d'étemels frimats , Les vents , une nuit orageuse , Se répandent sur nos cUmats :

Le ruisseau qui , d'un cours rapide , Suivant la pente qui le guide, Portait le tribut de ses eaux.

Captif au milieu de sa course.

Frémit de voir tarir sa source , Et se cache dans ses roseaux.

L'on n'entend plus dans la prairie Les tendres accords des bergers; La fleur en s'ouvrant est flétrie; L'arbre se sèche en nos vergers, La sève en vain cherche à s'étendr6 Dans les veines du germe tendre, Par les vents il est moissonné ;

Le soleil fuit notre hémisphère, Et semble encor punir la terre Du sort funeste de Daphné.

Au triste état de la nature , Chloé , je reconnais mon cœur ; Le trouble , les maux que j'endure , Des vents égalent la rigueur ; Je meurs en regrettant sans cesse Ces jours riants de la jeunesse , Passés dans les bras de Tamour.

Loin de toi mon cœur sans courage Ne voit qu'un funeste esclavage Qui le tient captif à la cour.

Mais quelle lumière nouvelle Vient m'annoncer le plus beau jour ?

Quelle est cette jeune immortelle Qui vient embellir ce séjour?

C'est ainsi qu'aux bords du Méandre Endymion voyait descendre Le tendre objet de ses désirs :

Ah! c'est la nymphe que j'adore; Dans mes bras je la serre encore , Et je vais chanter mes plaisirs.

aB4 iPlTR£S«

Et les sons précis d'une lyre.

C'est lui qui me force à t'ëcrire/ Il m'emporte au-delà de mon premier objet.

J'avais pris un autre sujet,

Et pour la fête de Lisette j

Dans une tendre chansonnette «

Je voulais former un bouquet,

Galant, badin, presque coquet;

Mais l'amour , mon unique maître ,

D'un coup d'aile a brisé ces fleurs :

Est-ce ainsi , m'a-t-il dit , que ton cœur m'a vu naître ?

Parmi les soupirs et les pleurs ,

Tel que je suis, fais-moi paraître;

Que ta Ghloé puisse me reconfiaître Aux charmes que ma voix répandra dans vos cœurs.

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