‹ Œuvres du comte de Tressan, précédées d'une notice sur sa vie et ses ouvrages (volume 3)Chapitre 62 sur 123 · CANTIQUE D'EZECHIAS · texte numérisé non relu

CANTIQUE D'EZECHIAS

J *Âi dit en soupirant : Dans la fleur de mes jours , Aux portes de la mort je suis prêt à descendre : J'ai tenté vainement d'inutiles secours , Je ne dois plus en rien attendre.

Je ne verrai plus le Seigneur Dans ces demeures passagères ; Et mes yeux obscurcis n'auront plus la douceur D y voir mes amis et mes frètes.

Comme le tourbillon emporte des pasteurs

La cabane pauvre et légère , Le temps que je devais demeurer sur la terre

Déjà s'est écoulé.... je meurs.

Comme de l'artisan la tissure est coupée y La trame de mes jours à peine commencée ,

L'est par la main du Seigneur ; Et je dis j le matin : la fin de ma journée Sera celle de ma douleur.

Mon cœur s^ouvrait en vain à la faible espérance De revoir le soleil après quelque repos; Mais mon mal, par sa violence, Gomme un cruel lion semblait briser mes os.

J'imitais dans mes cris les jeunes hirondelles , Lorsque je croyais voir le dernier de mes jours ,

• Ou les plaintes des tourterelles, Dont la mort a frappé les fidèles amours.

Mes yeux, qu'en vain je lève à la vive lumière, Par ses rayons sont éblouis; Je souffre des maux inouis.

Hélas ! Seigneur , à ma vive prière Répondrez- vous?... Vous me l'avez promis.

356 CAUTIQUES.

Humilié , baigné de larmes , Je vais peindre au Seigneur tout le cours de Inès ans: Si je dois les finir dans les mêmes tourments , Ah! Seigneur,... en firappant, dissipez mes alarmes: Soyez toujours mon père; et dans vos châtiments

Votre fils trouvera des charmes.

D'un précipice ténébreux , Vous avez retiré ce cœur qui vous implore;

De mes crimes le nombre affreux Est déjà loin des yeux du maître que j'adore.

Ceux qu'une froide tombe a couverts à jamais , Ne peuvent plus chanter vos grandeurs infinies ; Et tous ceux qu'aux enfers abîment leurs forfaits,

N'élèvent plus leurs voix impies :

Leurs espérances sont finies.

Ceux qui vous chantent aujourd'hui, Sont ceux qui , comme moi , vivront dans votre grâce : Le père doit guider, sur cette sainte trace.

Les enfants qui naîtront de lui.

Sauvez-moi donc,, Seigneur, écoutez ce qu'inspire Votre amour, votre gloire, à de faibles mortels.

Souffrez qu'au pied de vos autels ,

Je consacre à jamais ma lyre.

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