CANTIQUE D'EZECHIAS
J *Âi dit en soupirant : Dans la fleur de mes jours , Aux portes de la mort je suis prêt à descendre : J'ai tenté vainement d'inutiles secours , Je ne dois plus en rien attendre.
Je ne verrai plus le Seigneur Dans ces demeures passagères ; Et mes yeux obscurcis n'auront plus la douceur D y voir mes amis et mes frètes.
Comme le tourbillon emporte des pasteurs
La cabane pauvre et légère , Le temps que je devais demeurer sur la terre
Déjà s'est écoulé.... je meurs.
Comme de l'artisan la tissure est coupée y La trame de mes jours à peine commencée ,
L'est par la main du Seigneur ; Et je dis j le matin : la fin de ma journée Sera celle de ma douleur.
Mon cœur s^ouvrait en vain à la faible espérance De revoir le soleil après quelque repos; Mais mon mal, par sa violence, Gomme un cruel lion semblait briser mes os.
J'imitais dans mes cris les jeunes hirondelles , Lorsque je croyais voir le dernier de mes jours ,
• Ou les plaintes des tourterelles, Dont la mort a frappé les fidèles amours.
Mes yeux, qu'en vain je lève à la vive lumière, Par ses rayons sont éblouis; Je souffre des maux inouis.
Hélas ! Seigneur , à ma vive prière Répondrez- vous?... Vous me l'avez promis.
356 CAUTIQUES.
Humilié , baigné de larmes , Je vais peindre au Seigneur tout le cours de Inès ans: Si je dois les finir dans les mêmes tourments , Ah! Seigneur,... en firappant, dissipez mes alarmes: Soyez toujours mon père; et dans vos châtiments
Votre fils trouvera des charmes.
D'un précipice ténébreux , Vous avez retiré ce cœur qui vous implore;
De mes crimes le nombre affreux Est déjà loin des yeux du maître que j'adore.
Ceux qu'une froide tombe a couverts à jamais , Ne peuvent plus chanter vos grandeurs infinies ; Et tous ceux qu'aux enfers abîment leurs forfaits,
N'élèvent plus leurs voix impies :
Leurs espérances sont finies.
Ceux qui vous chantent aujourd'hui, Sont ceux qui , comme moi , vivront dans votre grâce : Le père doit guider, sur cette sainte trace.
Les enfants qui naîtront de lui.
Sauvez-moi donc,, Seigneur, écoutez ce qu'inspire Votre amour, votre gloire, à de faibles mortels.
Souffrez qu'au pied de vos autels ,
Je consacre à jamais ma lyre.