A M., LACOMBE
AUTSU& DU HBaCU&E.
AU château de Luzancy , par la Ferté^ous-Jouare,
ce i8 août 1774*
J'ai lu, monsieur, avec une satisfaction infinie, dans le Mercure du mois de juillet dernier, Tannonce faite par M. d'Agoly le père , de plusieurs ouvrages sur l'électricité : il est toujours très avantageux pour les intérêts de la vérité, que ceux qui la cherchent dans les phénomènes de Télectricité s'accordent entre eux, sans se connaître; qu'une suite d'expériences leur fasse nsdtre les mêmes idées , et qu'ils en tirent les mêmes résultats.
J'ai été, je vous l'avoue, monsieur, aussi surpris de* la conformité des idées de M. d'Agoty avec les miennes, que je suis satisfait de me trouver presque complettement d'accord avec lui.
En 1 748 , temps où je coituaandais à Boulognesur-Mer, où j'avais fait constamment des expé-
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riences pendant plus de deux ans, j'envoyai à FAcadéniie des Sciences de Paris un long mémoire sur Télectricité. MM. de Réaumur, de la Condamine, Morand etNoUet, furent nommés par l'Académie pour être mes commissaires. Mon mémoire resta environ pendant six mois entre leurs mains, et pendant ce temps il y eut plusieurs lettres explicatives écrites par MM. les commissaires et moi.
J'établissais dans mon mémoire que le fluide tietval^ que les esprits animaux étaient un vrai feu électrique; que ce feu était sans cesse entretenu par la respiration; que les vésicules bronchiales, dont la surface intérieure est polie, ivoirée et imperméable à l'air grossier, arrêtaient cet air glrossier, et n'étaient pénétrées que par l'électricité qui l'animé. Je laissais entrevoir que le feu électrique était l'âme et le ressort de toute l'économie animale. Je montrais toute la différence du sang veineux au sang artériel ; et comment le sang veineux , de noirâti^e et dénué d'esprit qu'il était dans le ventricule droit du cœur, est revivifié pai* sa^ circulation dans les poumons où l'électricité le ranime, le rend plus fluide et le remet au ton rouge le plus vif. Je suivais la route de ce sang artériel, depuis son élancement du ventricule gauche et de l'aorte jusque dans ses dernières subdivisions, et jusque dans la substance vasculeuse du corps calleux et de la moelle alongée.
J'essayais de prouver que le sang artériel , dénué alors de particules grossières par ses différentes sécrétions, n'était plus qu'un vrai feu électrique (jui s'élançait dans la substance et les canaux imperceptibles des nerfs, qui les parcourait et qui s'exhalait à leur extrémité des surfaces intérieures et extérieures, par des mammelons nerveux, et par des expansions de l'extrémité dé ces nerfs.
J'admettais, comme M. d'Agoty, une véritable électricité terrestre; mais je ne présumais pas, comihe lui, que le soleil est la main qui échauffe le globe terrestre. Je hasardais, au contraire, de dire que le soleil n'a par lui-même aucune chaleur; et que les rayons solaires, de même que l'électricité, n'ont le pouvoir d'exciter la sensation (relative à nos sens), que nous nommons chaleur; et n'ont le pouvoir de briser, de fondre et de vitrifier les corps terrestres , que par la violence de leur mouvement, et par l'interposition des particules terrestres flottantes dans l'air grossier, et émanées sans cesse de notre globe par la forcte jaillissante de son électricité. Je donnais des preuves très fortes de cette opinion , et j'allais même jusqu'à la témérité et à l'hypothèse de présumer qu'au même moment où le soleil a commencé à tourner sur son axe, la même puissance qui lui donna ce premier mouvement, lui donna celle d'élancer l'électricité en faisceaux de rayons divergents, d'en pénétrer les planètes en raison
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c)e leqr densité, ou du plus ou du moins d'approximation, et de les rendre plus ou moins électriques par communication.
J'ajoutais que je serais très affligé qu'on me soupçonnât de me livrer à la pleine certitude d'une opinion que j'essayais tout au phis de discuter ; j'avouais , avec bonne foi , qu'elle m'avait séduit assez , pour m'inspirer la témérité de la soumettre à mes maîtres, et pour ra'avoir ^npéché de me faire encore aucutie objection assez forte pour la détruire.
Après un examen de six mois, MM. les commissaires ayant fait leur rapport à l'Académie ,^ ayant lu différentes parties de mon mémoire dans quelques assemblées, l'Académie en corps m'honora d'un jugement, qu'elle n'accorda, sans doute, que par indulgence pour un militaire dont elle n'attendait que de faibles ^orts.
Extrait des registres de Vacadémie royale des Sciences de Paris, du i[^ mai 1749-
« Nous avons été: chargés par l'Académie d'examiner un ouvrage «le M. le comte de Tressan, lieutenant -général des armées du roi, intitulé: Essai sur l'origine de rélectrifité y et sur différents phénomènes qu'on lui peut attribuer. Il nous a paru, par la lecture de cet ouvrage, que l'auteur a beaucoup de connaissances dans les dififêrentes parties de la physique ; qu'il a fait one application
heureuse des effets de l'électricité à plusieurs phénomènes de la nature; que ses idées sur cette matière sont exposées clairement et avec méthode, et qu'il les a appuyées d'expériences nouvelles et ingénieusement imaginées.
Signé, DE Réaumur, de la Coudamiue, Morand, Nollet.
« Je certifie le présent extrait conforme à son original et au jugement de l'Académie. A Paris , les jour et an que dessus, i4 niai 1749*
Grandjean de Foucht, secrétaire perpétuel de l'académie des Sciences. »
M. de la Chevalerie étant mort la même année , l'Académie m'élut à sa place. Dans le même mois , la Société Royale de Londres me fit le même honneur ; deux mois après il fut suivi de celni d'être élu par l'Académie royale de Berlin, et par celle d'Edimbourg.
J'ai eu jusqu'ici la prudence de ne point faire imprimer cet ouvrage. L'honneur d'avoir trouvé grâce aux yeux de quatre illustres académies, a comblé et surpassé mes espérances. J'ai craint, je l'avoue, d'avoir peut-être à répondre pendant le reste de ma vie à des objections ou solides ou firivoles, ou même dictées par la prévention.
J'ai eu la douleur de perdre dans l'Académie mes quatre commissaires , et plusieurs confrères qui connaissaient à fond mon ouvrage. Il m'en
reste que j'aime et que je révère, dans MM. de BufTon, de Lassone, Le Roi et Poissonnier, qui le connaissent de même. M. Poissonnier, après l'avoir lu avec l'intérêt d'un confrère et d'un ancien ami, a bien voulu l'approuver comme censeur : cependant les mêmes raisons me retiennent encore pour le livrer à l'impression; mais j'ai souvent prêté mon manuscrit; j'en ai laissé même tirer plusieurs extraits, sans crainte d'être réfuté avec succès , ou imité par ceux qui l'approuveraient.
Si quelque chose pouvait m'encourager à le rendre public, ce serait la satisfaction intérieure dont je ne peux me défendre, en voyant M. d'Agoty annoncer un ouvrage, dont les préliminaires me prouvent que les mêmes idées qui m'ont frappé en 1748, ont fait le même effet sur un savant, connu par ses travaux et par sa réputation.
Je vous prie, monsieur, de faire imprimer, dans le premier Mercure, la lettre que j'ai l'honneur de vous écrire. Si M. d'Agoty est l'hiver prochain à Paris, je serai très reconnaissant de la communication qu'il voudra bien me donner de son ouvrage. Je me ferai honneur et plaisir de lui communiquer le mien ; les intérêts de la vérité sont trop chers, ils sont trop forts pour ceux qui la cherchent avec autant de candeur que de zèle , pour qu'ils ne fassent pas taire ceux d'une propriété apparente. Je suis bien éloigné
de croire avoir porte une lumière suffisante dans mes opinions ; et j'écouterai avec plaisir et reconnaissance, ce que M. d'Agoty peut avpir dit 4e plus.
J'ai l'honneur d^être , etc^
A M. L ABBÉ RAYNAI,.
Le catalogue du cabinet de feu M. Geoffroy , membre de l'Académie des Sciences, qui vient d'être imprimé, est un monument pour les amateurs de l'histoire naturelle; ce catalogue sera souvent consulté par ceux qui travaillent à se former des cabinets. On sait que les catalogues des fameuses bibliothèques sont conservés précieusement ; et en effet , non-seulement on prend une grande connaissance des matières et des auteurs qui en ont traité , dans les catalogues de Baluze \ de Ducange , etc. , mais aussi on se fait une idée précise des éditions , du choix , de Tordre et de Tarrangement des livres.
Le catalogue du cabinet de M. Geoffroy laisse bien des choses à désirer pour l'ordre, surtout dans l'article des coquillages; il contient aussi quelques erreurs , et je crois que rien n'est plus utile que de dénoncer au public celles qui peu-
▼ent 8*accréditer. Tavoue même qu'il est surprenant qu'elles puissent se soutenir encore malgré les expériences les plus faciles à répéter, et de voir qu*on les réimprime dans des ouvrages , trop estimables d'ailleurs, pour qu'on ne cherche pas à en séparer les seuls articles qui peuvent donner de fausses idées.
Comme l'auteur du catalogue de M. Geofiroy a joint ses propres réflexions à plusieurs articles , ce sont ces réflexions qui m'ont engagé, monsieur, à vous envoyer celles qui suivent.
Art/ 6. Bélemnites ou pierres de Lynx,
L'auteur suppose avec M. Linnseus, qu'il y a peut-être des nautiles coniques au milieu de la mer, que l'on ne peut les trouver, et que des pétrifications se moulent dedans.
Je trouve deux erreurs dans ce même article : l'existence de ces nautiles coniques n'est point prouvée, et les bélemnites ne sont point des pétrifications; si elles étaient des pétrifications, on les trouverait en cônes pleins, et l'on n'y trouverait pas toujours la chambre conique intérieure : cette chambre se trouve quelquefois remplie par une pétrification ; mais la matière intérieure est alors absolument différente de la supérieure.
Rien de plus facile que de connaître que la bélemnite est un vrai coquillage; si l'on en brise
une parcelle entre les dents, on lui trouyera le goût de récaille d'une huître ordinaire légèrement grillée ; ce goût est le même que celui de plusieurs coquillages fossiles , qui , de même que la bélemnita, ont conservé partie de l'huile bitumineuse que contiennent quelques espèces de coquillages : il est à observer que plus des coquillages contiennent de cette espèce d'huile , et plus ils ont résisté au laps de temps.
La plupart des coquillages fossiles se sont convertis en craie; mais les bélemnites, les gryphites, les limaçons , quelques cornes d'ammons , et une espèce de moule monstrueux, dont le test a souvent jusqu'à quinze et dix-huit lignes d'épaisseur , ont conservé leur huile, le même arrangement dans le tissu de leur substance , et donnent absolument la même saveur lorsqu'on les broie entre les dents.
J'observerai encore que la bélemnite est d'un tissu si inaltérable, qu'elle n'a rien perdu dans des masses de mine de fer ; j'ai envoyé au cabinet du jardin du roi, une corne d'ammon absolument changée en mine de fer; plusieurs bélemnites sont insérées dans la croûte de mine qui enveloppe en partie cette corne d'ammon, ce qui prouve que ces corps ont été réunis en masse dans le même temps, et l'on y trouve la substance de . ces bélemnites intègre , et pour la forme et le goût.
J'ai deux cornes d'ammon semblables dans mon^
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facilement que cette suture a dû être recouverte et percée par des muscles et tendons quand l'animal vivait
J'ai plusieurs pièces dans mon cabinet qui prouvent ce que j'avance de la manière la plus sensible, et j'ose en conclure que, quoique les analogues des diverses espèces de cornes d'ammon nous soient inconnues, il n'en est pas moin« vrai que cette espèce de coquillage ne soit très différent des nautiles connus, et ne soit multivalve et lié par des articulations et des sutures engrainées, très faciles à observer.
J'ajouterai que la grande quantité de corps marins fossiles que j'ai rassemblés, m'a prouvé quil n'en est aucun qui se change aussi facilement en mine de fer que la corne d'ammon ; j'en ai envoyé une qui pèse soixante -dix livres au cabinet du jardin du roi, et j'en ai au moins trente de différentes grandeurs , absolument changées en mine de fer très pur , sur plusieurs desquelles les sutures feuillées sont encore très remarquables.