LIVRE III. III
Grassinde, pour que ce prince la présentât à l'empereur.
La surprise et radmiration de ce prince furent extrêmes, en apprenant la fin de l'horrible aventure dans laquelle tant de braves chevaliers de ses états avaient perdu la vie. Son premier mouvement fut de vouloir lui-même voler au secours du chevalier de la verte épée ; mais son âge et la prière de l'impératrice l'ayant retenu , l'empereur députa le prince Gastilles son neveu , avec le comte de Salçnder, pour aller trouver ce chevalier, lui rendre les plus grands honneurs, et l'amener le plutôt qu'il serait possible dans sa cour. Il les fit suivre par le meilleur peintre de ses états , avec ordre de dessiner exactement l'Endriaque, ce prince ayant résolu d'élever un monument dans sa capitale et dans l'île, où l'on verrait en bronze , de grandeur naturelle , ce monstre efifroyable , et le brave chevaUer qui l'avait terrassé sous ses coups.
Gastilles et le comte de Salender firent en peu d'heures le trajet qui les séparait de l'île de l'Endriaque , et rendirent au chevalier de la verte épée l'hommage qu'ils devaient à sa valeur. Malgré sa pâleur et sa faiblesse, ils admirèrent la no* blesse et la beauté de sa figure, et jugèrent à ses propos que ce né pouvait être que quelque grand personnage qui cachait son véritable nom.
Dès le lendemain matin ils allèrent visiter le cadavre de l'Ëndriaque , et ne purent le voir sans
im AMADIS DE GAULE.
horreur et sans la plus grande surprise qu'un chevalier eût pu vaincre tout seul un pareil monstre : malgré la puanteur excessive qu'il exhalait, l'habile peintre en prit la mesure , et le peignit avec exactitude.
Deux jours après leur arrivée, Hélisabel, voyant que le chevalier blessé pouvait soutenir la mer , le fit transporter dans le vaisseau dont le trajet fut également heureux; et son arrivée étant annoncée déjà dans le port de Constantinople , le vaisseau qui portait ce chevalier de la verte épée fut salué par tous les vaisseaux de la flotte impériale , et par tous les forts qui défendaient l'entrée du port.
L'empereur croyant ne pouvoir trop honorer sa valeur vint au-devant de lui, suivi d'une riche litière , l'embrassa tendrement , et le fit conduire à son palais. L'impératrice ne tarda pas à paraître , et Amadis , malgré sa faiblesse , se mit à ses genoux pour lui baiser la main ; mais la reine le releva d'un air plein de grâce , et le força de s'asseoir auprès d'elle. La jeune reine Menoresse qui suivait l'impératrice cherchait en vain à démêler ses traits. Ayant dans un voyage été défendue par Galaor qui punit des brigands qui l'avaient attaquée, elle avait été fi^appée de la ressemblance que le chevalier de la verte épée avait avec lui. Elle soupçonna que ce chevalier pouvait être de l'illustre race des princes de Gaule , et communiqua son soupçon à l'empereur; mais ce prince.