‹ Œuvres du comte de Tressan, précédées d'une notice sur sa vie et ses ouvragesChapitre 16 sur 36 · LIVRE III. Il · texte numérisé non relu

LIVRE III. Il

aussi rempli d'égards que magnanime, respecta le secret dans lequel le chevalier de la verte épée voulait tenir son nom , et se contenta de dire que , quel qu'il pût être, ce chevalier honorait toutes les cours qui le recevaient, et qu'heureux serait le souverain qui l'acquerrait pour son gendre ou pour son beau-frère.

Les dames étaient prêtes à demander au chevalier les détails de son périlleux combat , lorsque la jeune princesse Léonorine, fille unique de l'empereur , âgée de sept à huit ans , parut avec deux jeunes princesses de son âge , filles du roi de Hongrie. Léonorine eût été prise pour la déesse de la jeunesse ; elle en avait la grâce et la beauté. Amadis , en la voyant , fut si vivement frappé de la trouver si belle, qu'il se rappela le moment où la divine Oriane , étant à peu près du même âge , parut la première fois à ses yeux dans la cour du roi d'Ecosse : cette pensée le jeta dans une distraction si profonde , qu'il baissa ses yeux d'où bientôt il sortit un torrent de larmes. Toute la cour fut surprise, et commençait à le blâmer d'oublier la compagnie qui l'entourait; mais l'empereur, reconnaissant qu'une violente passion dont il n'était pas le maître l'occupait en ce moment , fut le premier à l'excuser , et le prenant par la main : Seigneur chevalier , lui dit-il , voici ma fille qui vient vous féliciter sur votre victoire. Amadis , revenant à lui, rougit de l'état où l'empereur l'avait surpris, et répara cette faute avec toute la

Amadis de Gaule. II. ^

Il4 AMADIS DE GAULE.

noblesse et la galanterie qui le rendaient aussi supérieur dans les cours , qu'il l'était dans les combats par sa valeur.

I^ jeune Léonorine fut si frappée de tout ce qu'elle admirait dans le vainqueur de l'Endriaque , que passant promptement dans son appartement elle en revint aussitôt avec deux riches couronnes à la main : Seigneur chevalier, lui dit-elle , voici deux couronnes dont l'empereur m'a fait présent pour en disposer à mon gré ; toutes deux viennent de mon bisaïeul ApoUidon qui les fit, faire avec dix autres pour la belle Griraanèse; je ne peux en faire un meilleur usage que de vous les offrir, sous quelques conditions que je vous prie d'accepter avant que je vous les déclare. Ah ! madame , s'écria-t-il , je n'en imagine aucune qui puisse m'empêcher de vous obéir. £h bien ! seigneur , dit Léonorine avec un air d'en^ljarras. qui parut animer les roses de son teiqt, j'exige que vous donniez l'une de ces deux courpiitjes à la. demoiselle que vous jugerez étrç la plus l^elle , que vous réserviez la; seconde pour la plus, excellente dame que vous connaissiez , et que vou^, nous déclariez quel est Iç sujet des larmes qpe vous avez versées lorsque j'ai paru devant, vous.

Amadis rougit , et se trouva dai^s le plus grand* embarras ; cette troisième demande était le. secret de son ame. Se remettant enfin : Madame , lui dit-il , la plus brillante couronne dç l'univprs serait encore au-dessouis de celle que vos charmes

Page 1