LIVRE III. Il
naissants méritent .-permettez -moi donc de vous en rendre une, et d'oser en couronner vos beaux cheveux. Pour la seconde, il faut donc avouer que je la réserve pour une dame qui rassemble les vertus et les perfections les plus célestes; elle n'avait que votre âge lorsque je la vis J>our la première fois. Ah 1 madame , vous m'avez si fortement rappelé ce moment qui décida du re^te de ma vie, que je vous avoue que je n'ai pu i^'empécher de verser des larmes : je vous conjure de ne m'en pas demander davantage. Je m'en tiendrai donc, dit Léonorine , avec autant de grâce que de politesse , à vous prier d'accorder à l'empereiu^ mon père le plus de temps que vous pourrez passer loin de celle dont vous conservez un souvenir aussi cher ; et puisque vous voulez que j'accepte cette couronne dont plusieurs princesses seraient plus dignes que moi , recevez du moins cet anneau , et ne le remettez jamais qu'à quelqu'un que vous jugerez digne d'être mon chevalier. Ah ! divine princesse, je vous le jure, s'écria vivement Amadis; et vous verrez peut-être bientôt à vos pieds l'un de mes proches parents vous présenter ce* anneau , et vous jurer une obéissance éternelle. Amadis pensait en ce moment à Galaot* ; mais ce bonheur était destiné . pour un chevalier plus fidèle , et qui devait lui être encore plus cher : nous verrons dans la suite qud ce fut Esplaudian mèoae qui rapporta cet anneau précieux à la belle Léonorine.
Il6 AMADIS DE GAULE.
Amadis devrait vivement partir et se rapprocher de la Grande-Bretagne; mais l'empereur et les princesses trouvaient toujours de nouveaux prétextes pour le retenir. La jeune Léonorine se plaisait souvent à le tourmenter avec le badinage et les grâces de son âge. Un jour entre autres, voyant qu'un propos qu'il venait de tenir annonçait son départ pour le lendemain, elle fit signe aux enfants de son âge d'entourer le chevalier: Voyons, lui dit-elle, si vous aurez autant de courage pour rompre les chaînes qui vous retiennent, que vous en avez montré contre l'Endriaque. Vraiment, madame, je n'avais alors à combattre qu'un démon , et je ne suis pas assez téméraire pour oser combattre des anges. Eh bien! continua la charmante Léonorine, sachez que vous ne sortirez point de cette dure prison , que vous ne m'ayez promis de rester encore ti'ois jours avec nous, et que vous ne m'ayez renouvelé le serment de me renvoyer l'anneau par celui d'entre vos proches que vous choisirez pour être mon chevalier. Amadis lui baisa la main en le lui promettant.
L'empereur regretta plus d'une fois dans son coeur que le chevalier de la verte épée fut déjà soumis au pouvoir de l'amour; pénétré d'admiration pour lui, quoiqu'il ignorât sa naissance, quoiqu'il fut alors homme fait, et que Léonorine ne fût encore qu'un enfent , il eût désiré pouvoir se l'attacher par les liens les plus sacrés, dès que