LIVRE III. II
pête violente s'étant élevée, ils se trouvèrent heureux de pouvoir aborder dans une île dont l'aspect leur parut agréable. Le pilote qui connaissait cette mer fit tous ses efforts pour les empêcher de descendre dans cette île dangereuse; il leur apprit qu'elle portait le nom de l'Ile triste , et que depuis long^temps nul de ceux que leur malheur, avait conduits dans ce lieu fatal n'en avait pu sortir.
Non-seulement A madis et Bruneau se trouvaient assez fatigués de la mer pour vouloir prendre quelque repos; mais l'idée d'un grand péril était suffisante pour animer le courage des deux héros, et pour les déterminer à descendre.
S'étant armés , ils montèrent à cheval; et,sui^ vis de Gandalin et de Salinde, ils parcoururent une partie de l'île, et parvinrent enfin sur une colline qui dominait une plaine qui paraissait être défendue par une forteresse, dans laquelle ils distinguèrent un très beau château. Les deux chevaliers s'avançaient pour le reconnaître , lorsqu'ils entendirent le son éclatant d'un cor. Parbleu ! dit Bruneau , nous pouvons nous attendre à combattre, mais je crois que d'autres nous ont précédés; car le pilote m'a dit que l'on ne sonne ce cor que pour appeler le redoutable géant Mandraque, seigneur de ce château, lorsque les troupes de sa garde ne se trouvent pas assez fortes pour résister à ceux qui les attaquent* Ils entendirent en effet le moment d'après un grand bruit
12 AMAOIS DE GAULE.
d'armes, et bientôt ils aperçurent deux chevaliers dont les chevaux avaient été tués, qui se défendaient à peine au milieu d'une troupe nombreuse de gens armés , et qui allaient être encore attaqués par un géant qui sortait du château pour tomber sur eux et achever leur défaite.
Amadis etBruneau s'avançaient à leur secours, lorsqu'un nain qu'ils crurent être Ardan, celui d' Amadis , accourut à son maître , qu'il venait de reconnaître : Ah! Monseigneur , secourez de grâce votre frère Galaor et son ami le roi Cildadan. Les deux chevaliers aussitôt volèrent la lance en arrêt à leur secours : Ah ! mon cher Bruneau , courez à mon frère, dit Amadis; moi je me charge d'arrêter et de combattre Mandraque. Aces mots, il courut sur ce géant , qui vint sur lui furieux de voir qu'un seul chevalier osait l'attaquer. L'atteinte de la lance d' Amadis fut si terrible, qu'elle fit plier les reins à Mandraque jusque sur la croupe de son cheval ; et ce mouvement lui ayant fait tirer les rênes trop fortement , son cheval se renversa sur lui, sans que Mandraque pût se relever, ce géant ayant eu la jambe cassée par cette chute. Amadis, le voyant hors d'état de combattre, courut au secours de son frère, qui, venant de donner la mort au neveu de Mandraque, avait sauté sur son cheval; et dans le même moment Gandalin descendant du sien força le roi Cildadan à monter dessus, et sauta légèrement sur celui d'un cavalier qu'il venait de percer d'un coup d'épée.