‹ Œuvres du comte de Tressan, précédées d'une notice sur sa vie et ses ouvragesChapitre 3 sur 36 · LIVRE III. l · texte numérisé non relu

LIVRE III. l

Les troupes du géant alors ne livrèrent près* que plus de combat; et, taillées en pièces par les quatre chevaliers et leurs deux braves écuyers, elles cherchèrent leur salut dans la fuite , et laissèrent Mandraque étendu sans défense sur la poussière. Galâor et Cildadan couraient déjà sur Mandraque pour lui donner la mort, lorsqu'Amadis, se souvenant que ce géant était père du brave Gasquilan, roi de Suesse, s'élança pour les retetiir. Amadis s'avança seul Tépée haute sur Mandraque, en lui disant : Mandraque, ta vie est dans mes mains; mais, en faveur de ton brave fils, je te la donne si tu veux me jurer de n'attaquer jamais chevaliers ni dames que le hasard conduira dans ton île. Le géant, touché de sa générosité, lui dit : Qui que tu sois, j'avoue que je te dois la vie, et que ma conduite jusqu'ici méritait la mort : oui , je te jure d'accomplir ce que tu me prescris; mais achève de devenir mon bienfaiteur, en me faisant donner du secours, et en me procurant l'honneur et la consolation de te recevoir dans mon château dont maintenant tu dois te regarder comme le maître. Amadis , se jetant aussitôt à terre , alla lui-même à son secours; et Gandalin et Salinde ayant fait un brancard, ils transportèrent doucement Mandraque dans sa forteresse ; où les quatre chevaliers entrèrent avec eux.

A peine Mandraque fut-il arrivé près des portes, qu'il appela les commandants de ce qui restait

l4 AMADIS DE GAUL£.

de sa garde , pour leur ordonner de remettre les clefs et d'obéir comme à lui-même au chevalier qui venait de lui donner la vie.

Tous les prisonniers qui gémissaient dans les prisons de Mandraque furent délivrés; il s'en trouva quelques-uns du royaume de Sobradise, qu' Amadis envoya à la reine Briolanie , de la part , leur dit -il, du chevalier de l'Ile ferme, qui venait de retrouver son frère Galaor , qu'il menait dans la Gaule avec lui, et qui lui paraissait brûler d'impatience de se rendre à ses pieds.

Amadis prit lui-même le plus grand soin de Mandraque, pendant le peu de jours qu'il séjourna dans son château ; mais ses procédés nobles et généreux ne purent adoucir la férocité de sa sœur, la vieille géante Andadoue. Cette cruelle et dangereuse fille, quoiqu'elle fât à moitié couverte de cheveux blancs hérissés, était ^ d'une force singulière, plus légère à la course que les cerfs, et ne manquant pas un oiseau lorsqu'armée d'un arc et de flèches aigiies, elle poursuivait une proie qu'elle ne pouvait dévorer que lorsqu'un sang chaud en coulait encore. N'osant attaquer Amadis en présence de son frère dont elle craignait le pouvoir et la loyauté, la méchante Andadoue guetta le moment de son départ , et se cacha sur un rocher que les vaisseaux étaient obUges de ranger en sortant du port, pour regagner la pleine mer.

Amadis et ses compagnons s'étant embarqués

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