‹ Œuvres du comte de Tressan, précédées d'une notice sur sa vie et ses ouvragesChapitre 21 sur 36 · LIVRE III. l3l · texte numérisé non relu

LIVRE III. l3l

verse : alors Florestan lui atrachâ son casque , le prit par une jambe, et le traîna dans la mare où d'abotd il Pavait jeté. Après avoir joui quelques instants du plaisir de le voir se débattre dans la boue : Chevalier arrogant, lui dit-il, il est temps de te punir. A ces mots , il lui porta la pointe de son épée sur la gorge , et Gradamor fut obligé de lui crier merci. Non, tu n'en mérites pas, lui répondit Florestan, à moins que tu ne consentes à deux conditions que je prétends t'imposer. Je m'y soumets, dit Gradamor, si tu me donnes la vie.

Eh bien! dit Florestan, j'exige que tu commences par écrire de ton propre sang ton nom et celui de tes compagnons sur les cinq boucliers ; je compte les envoyer à l'Ile ferme : ils y seront suspendus , non pas dans le rang de ceux qui sont consacrés par la gloire et par le passage de leurs maîtres sous l'arc des loyaux amants , mais ils y seront au nombre de ceux qui furent assez mal défendus pour être enlevés par la valeur et par la force.

Il fallut obéir, la crainte de la mort fut la plus forte; et le superbe Gradamor eut la honte et le désespoir de tracer lui-même son nom et celui des quatre autres, avec le sang qui sortait de ses blessures. Alors Florestan, remontant à cheval, prit sa lance, revint sur Gradamor qui n'avait pas encore osé se relever : Souviens-toi, lui dit-il, de tout ce que ton orgueil, si mal soutenu

l^^ AHADIS DE GAULE.

par ton faible courage , t'a fait dire au brave et vertueux Grumedan; ta vie est entre ses mains, et tu mourras s'il ne me la demande. Grumedan s'approcha , le regarda quelque temps d'un air de mépris, et dit à Florestan : Sire chevalier, je vous prie de lui donner la vie ; il est bon que , lorsqu'il sera de retour à Rome, il puisse raconter ses prouesses et le succès qu'elles ont eu contre vous. A ces mots , il fit signe aux gens de Gradamor de relever leur maître , et le laissa porter par eux à son pavillon.

Grumedan desirait vivement de connaître le chevalier qui venait de rabattre l'orgueil des romains, et duquel il avait reçu tant de marques d'estime; mais Florestan lui dit : Je me sens coupable en effet d'une impolitesse vis-à-vis des dames ici présentes, et je ne veux point me faire connaître que je ne l'aie réparée ; je vais dans cet hermitage voisin , et dans peu vous aurez de mes nouvelles.

Dès que Florestan fiit arrivé dans le lieu qu'il avait choisi pour s'y retirer, il fit conduire le beau cheval de Gradamor à Grumedan, le priant de l'accepter, comme venant de la main d'un de ses meilleurs amis; il envoya les quatre autres à la demoiselle dont il avait essuyé les reproches, en lui demandant de nouveau pardon d'une impolitesse que la distraction lui avait fait faire. La demoiselle, bien surprise de cette réparation, pria l'écuyer de lui dire à quel point elle était

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