‹ Œuvres du comte de Tressan, précédées d'une notice sur sa vie et ses ouvragesChapitre 24 sur 36 · LIVRE III. l5l · texte numérisé non relu

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et les honneurs dont je jouis auprès de l'empereur des Romains. Olinde , très choquée des propos que Saluste osait lui tenir sans son aveu , ne lui répondit que par un regard méprisant; et, détournant la tête , elle se mit à causer avec une des autres demoiselles. Saluste lui dit d'un air piqué : Vous devriez être plus sensible à la gloire du sort que je vous destine, et à l'honneur que je vais vous faire emporter en terrassant à vos yeux ce £aible ennemi que je voudrais trouver plus digne de moi. L'impatience d'Olinde fut extrême et colora ses joues ; elle n'en devint que plus belle et plus dédaigneuse : elle détourna la tête une seconde fois sans répondre.

Lisvard, craignant de mécontenter les romains, prit le parti d'enlever en riant la couronne d'Olinde de dessus sa tête , et la remit entre les mains de Saluste. qui alla la poser sur le perron; alors prenant une forte lance qu'il ébranlait d'un air menaçant , il revint vers lisvard , et lui dit : Vous allez voir , sire , quelle est la force et la valeur des chevaliers romains ; puissent les deux compagnons de ce chevalier que vous verrez à l'instant étendu sur la poussière essayer de le venger ! et je vous apporterai bientôt leurs têtes en place de couronnes. L'impatient Grumedan ne put s'empêcher de lui dire : Seigneur Saluste , n'employez pas, je vous prie, toutes vos forces; réservez-en pour le combat que vous savez que nous devons avoir ejQsemble. Il ne m'en restera toujours que

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trop contre vous, lui dit Saluste d'un ton pins arrogant que jamais. Alors, baissant la visière de son casque , il alla se placer au bout de la lice. Les chevaux des deux chevaliers volèrent au premier son des trompettes ; les deux lances portèrent également, et se brisèrent en éclats; celle de Saluste perça l'écu d'Amadis sans ébranler ce héros, dont le bras victorieux étendit Saluste sans connaissance sur la poussière. Gentil chevalier, dit Âmadis en bravant Saluste à son tour, la demoiselle dont vous avez pris la couronne vous doit peu de reconnaissance, puisqu'il faut que vous perdiez la tête, ou que vous me cédiez cette couronne pour la porter à Grassinde. Saluste brisé de la violence de sa chute ne répondait rien , et n'avait pas encore l'usage de ses sens. Amadis s'avança près de Lisvard : Recevez , sire , lui dit-il , ce chevalier vaincu que je vous offre , ou trouvez bon que je poursuive ma victoire. Lisvard , blessé dans le fond de son cœur de l'espèce de déshonneur qu'il croyait partager avec Saluste , ne voulut rien répondre ; et sur-le-champ Amadis sauta légèrement à terre , courut à Saluste, délaça son casque, et, l'épée haute, il avait l'air de se préparer à lui couper la tête. Lisvard, le craignant , fut enfin obligé d'envoyer le comte Argamon dire au chevalier grec , qu'il le reconnaissait pour vainqueur , et qu'il recevait de sa main Saluste hors d'état de défense. Amadis sur-le-charap marcha droit au perron; il y prit les deux cou-

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