LIVRE III. l
ronnes ; et , après les avoir portées à Grassinde , il alla se remettre au bout de la lice ; là , prenant une nouvelle lance , il attendit celui des romains qui se présenterait. TTen apercevant venir aucun, et voyant de loin quelques pourparlers entre les chevaliers de la suite de Lisvard, Amadis eut la précaution d'envoyer à ce prince la même demoiselle dont il s'était servi potir le premier message. Sire, dit-elle, le chevalier grec, qui dans son coeur vous est attaché, vous supplie d'empêcher vos chevaliers de se mêler d'une querelle qu'il désire terminer contre les seuls romains. Assurez-le de ma part , répondit Lisvard , que la haute idée qu'il vient de me donner de sa valeur me fait regretter qu'il ne soit pas du nombre de mes sujets dont aucun ne se présentera contre lui. La demoiselle ayant porté cette réponse : Madame , dit Amadis à Grassinde , je voi^ que personne n'ose plus vous disputer la palme de la beauté ; ces deux couronnes sont à vous; recevez-les, madame , comme le don qui m'acquitte avec vous.
Amadis sentit alors la joie la plus vive de se trouver acquitté du don que Grassinde avait obtenu de lui. Ce prince , maître de ses démarches et de son bras , se proposait bien de ne les plus employer que pour Oriane ; cependant l'antipathie qu'il se sentait contre les romains le portant à les braver, il résolut d'achever de leur faire connaître le peu d'estime qu'il avait pour eux. A cet effet, portant son écu sur le perron : Puis-
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que personne , dit-il en élevant la voix , ne se présente plus pour disputer le prix à la belle Grassinde, voyons si je trouverai des romains assez braves pour toucher cet écu; je défie les deux plus renommés d'entre eux d'oser s'y hasar* der en ma présence.
Ce défi ne pouvait manquer d'exciter une grande rumeur parmi les chevaliers romains; cependant ils restèrent long -temps en suspens. Gradamor, le plus vain d'entre eux, remisa peine de son combat contre Florestan, entraîna le jeune Lasanor par ses propos et son exemple; et tous les deux , sortant des rangs , s'avancèrent v^s le perron, d'où le chevaUer grec s'était retiré. Lasanor se contenta de toucher légèrement Vécu du fer de sa lance; mais Gradamor, plein de colère et d'audace , frappa dessus de toutes ses forces , et le mit en pièces.
Âmadis , furieux de cette nouvelle iiisulte, ne se donna point le. temps de prendre uil nouveau bouclier; il fondit sur tous les deux la lance en arrêt, reçut leur atteinte sans perdre les arçons, enleva de la selle Lasanor qu'il atteignit , et poursuivant Gradamor à grands coups d'épée , il l'étourdit par leur pesanteur , au point de le faire tomber sans connaissance sur le sable. Voyant que Lasanor commençait à se relever., il courut sur lui , et le força par les nouveaux coups qu'il lui portait à se retirer près de Gradamor; alors, les saisissant tous les deux d'une main puissante.