‹ Œuvres du comte de Tressan, précédées d'une notice sur sa vie et ses ouvragesChapitre 26 sur 36 · LIVRE III. l · texte numérisé non relu

LIVRE III. l

il arracha leurs casques , et fit croire à tous les spectateurs qu'il allait leur donner la mort du même coup. Le jeune Esplandian, qui s'était avancé pour voir ce combat, fiit vivement ému par ce spectacle. Ah! sire chevalier, s'écria-t-il , en tendant les bras vers Amadis , accordez-moi la vie de ces deux chevaliers qui vous crient merci.

Le son de la voix , la beauté d'Esplandian , un mouvement inconnu que sentit Âmadis, suspendirent le coup qu'il était prêt à porter. Aimable enfant, lui dit-il, je vous accorde leur vie, et je n'en demande pour prix que de savoir qui vous êtes. Esplandian ne se connaissant pas lui-même était très embarrassé pour lui répondre, lorsque le cornte Argamon, qui s'était avancé, prit la parole ; et se servant de la langue grecque avec Amadis , qu'il croyait n'en point connaître d'autre , il lui raconta tout ce qu'on savait jusqu'alors de cet enfant , dont l'éducation et les premiers jours portaient l'empreinte d'une destinée peu cpmmune. Amadis désira de voir les caractères imprimés sur son sein, et son étonnement redoubla beaucoup en les voyant. Piressé de retourner près de Grassinde, il serra tendrement Esplandian dans ses bras, en priant le ciel de veiller sur tous les jours de sa vie, comme il avait veillé sur ceux de son en&nce.

Amadis fit des excuses à Grassinde sur le temps qu'il l'avait fait attendre; et, voyant que tout ce

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que cette princesse avait désiré s'était terminé d'une façon satisfaisante pour elle , il fit replier les pavillons : il marcha tout de suite vers le vaisseau qui les avait portés; et, donnant à Grassinde le désir de voir toutes les merveilles du palais d'Apollidon , ils s'embarquèrent dès le même soir, et les premiers rayons du soleil commençaient à peine à paraître, lorsqu'ils abordèrent dans le port de l'Ile ferme.

Amadis, en partant, n'avait point oublié la querelle que le bon vieillard Grumedan s'était faite pour l'amour de lui-même sans le connaître; et se doutant bien que l'orgueil romain donnerait des suites à cette affaire , surtout contre un vieillard qui ne leur paraissait pas à craindre, il pria ses compagnons Angriote et Bruneau de rester à portée de soutenir sa querelle, au cas que les romains voulussent l'attaquer; il s'assura pour eux d'une barque légère qui devait les repasser à l'Ile ferme au moment où ils apprendraient que le jour du départ d'Oriane serait décidé , ne voulant pas alors être privé de leur secours.

Lisvard inébranlable dans la résolution qu'il avait prise , voyant avec chagrin que les romains étaient détestés dans sa cour et s'attiraient tous les jours de nouvelles affaires , envoya son neveu Giontes et deux autres chevaliers à Mirefleur pour chercher la princesse Oriane , qu'il se proposait de faire partir la semaine suivante. On imaginera sans peine quel fut le désespoir d'Oriane , en ap-

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