LIVRE m. iSy
prenant la volonté du roi son père, et en se voyant forcée de quitter Mirefleur : elle obéit, et se mit en chemin, déterminée à se précipiter dans la mer avant que d'arriver à Rome, si son cher Amadis ne pouvait réussir à la délivrer.
La litière d'Oriane approchait de la fontaine où son cortège devait faire halte , quand on vit paraître un chevalier richement armé, qui détacha l'un de ses écuyers pour demander au commandant de l'escorte la permission de parler un moment à la princesse. Giontes, en conséquence des ordres qu'il avait reçus de Lisvard, le refusa. Le chevalier, ne s'arrétant point à cette réponse, était déjà près de la litière d'Oriane, lorsque Giontes. courut la lance en arrêt sur lui pour l'en empêcher; l'inconnu le renversa sous son cheval dès la première atteinte, sans qu'il pût se relever; les deux autres chevaliers de l'escorte éprouvèrent le même sort , et furent encore plus maltraités. L'inconnu, les voyant tous les trois hors de combat, s'avança respectueusement vers Oriane, et lui présenta une lettre qu'Agrayes et Florestan avaient écrite de concert avec les chevaliers de rile ferme. Soyez sûre, dit-il, madame, d'être secourue, et permettez-moi de repartir sur-le-champ ; car je serais désespéré de ne pas rejoindre Agrayes assez à temps pour voler avec ce prince à votre défense. Oriane, touchée de cette marque d'attachement , exigea du chevalier de lui dire son nom. Je suis Garnate du Val-
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craintif, lui dit-il, et le plus beau jour de ma vie sera celui où je l'exposerai pour votre service. A ces mots , il donna des deux, et regagna les bords de la mer à toutes jambes.
Le cortège s'arrêta quelque temps pour prendre soin des chevaliers abattus. Je vois, madame, dit Sardamire , que les chevaliers de votre escorte n'ont pas été traités mieux que les miens ; mais il faut avouer que j'ai vu peu de chevaliers aussi parfaits que Florestan et celui qui vient de vous parler.
Au moment où le cortège allait se remettre en marche , Oriane pria Mabille de monter avec elle dans sa litière : les deux princesses lurent ensemble la lettre d'Agrayes, dans laquelle Florestan annonçait l'arrivée de Gandalin et du nain d'Amadis à l'Ile ferme, et l'assurance que ces deux fidèles serviteurs leur avaient donnée qu'Amadis serait avec eux dans peu de jours; les deux princes finissaient par lui dire qu'ils seraient avertis du jour de son embarquement , et qu'ils périraient mille fois plutôt que de ne la pas délivrer de ses ravisseurs.
Les deux princesses ouvrirent leur cœur à l'espérance , en lisant cette lettre ; mais le même saisissement reprit à la sensible Oriane , en approchant du palais du roi son père. Ce prince , étant averti de son arrivée , alla au-devant d'elle avec le roi Arban de Norgales. Ah ! sire , s'écriat-elle en se jetant à ses genoux, voulez-vous donc