LIVRE III. l
fiit vivement touché : ce prince n'avait d'autre défaut que d'être haut et trop eijitier dans les desseins qu'il avait formés ; mais il était également brave , reconnaissant et généreux. Se rappelant alors tout ce que Grumedan avait fait pour son service , lorsque tous les officiers furent sortis le soir de sa chambre , il se releva, et alla trouver Grumedan dans la sienne. Mon ami, lui dit -il, je viens t'offrir un second , et tu ne peux en avoir un qui sente mieux le prix de tout ce que tu fis pour lui ; mon dessein est de me couvrir demain des armes les plus simples , à l'insu de toute ma cour, et de me trouver au moment du combat pour embrasser ta querelle et t'aider à la soutenir. Ah ! mon généreux maître , dit Gru«medan en se jetant à ses genoux, que votre vieux serviteur soit plutôt percé de mille coups ! Non , vos jours précieux ne seront point exposés. Lisvard voulut insister ; mais Grumedan lui ferma la bou<^ che, en lui représentant que , comme roi, comme ayant lui-même accordé toute sauvegarde à des étrangers avec lesquels il n'avait aucune querelle particulière, il ne pouvait sans se faire un tort ir-^ réparable les attaquer et les combattre dans sa propre cour. Lisvard se rendit à la force de cette objection ; et lorsqu'il se fut retiré , Grumedan prit la résolution de sortir avant le jour pour aller avertir deux de ses neveux , qui, quoique nouveaux chevialiers , pouvaient du moins occuper ses enne«mis. Comme il était près de sortir, il fut très surpris
Amadis de G^ule. II. I l
de voir entrer chez lui la même demoiselle qu'il avait vue déjà deux fois faire les messages de Grassinde ; elle lui présenta la plus riche épée , en lui disant : Seigneur Grumedan, le chevalier grec qui vous aime , et qui savait quelle est la position où vous étiez près de vous trouver, m'a chargée de vous présenter cette épée de sa part, et de vous dire qu'il a facilement engagé ses deux compagnons à rester cachés dans cette ville, pour vous servir de seconds dans votre combat; il vous prie de les accepter , et d'être sûr des regrets qu'il a de ne pouvoir vous en servir luimême : mais il est certain que vous approuverez vous-même les raisons qui dans ce moment l'en ont empêché. Grumedan , bien reconnaissant , commença dès-lors à soupçonner que le chevalier grec pouvait être Amadis lui-même; et, plein de cette idée, il se tint sûr de remporter la victoire, ayant la plus haute opinion de deux chevaliers qu' Amadis admettait au nombre de ses compagnons.
Le généreux vieillard , animé par cette espérance, sentit un nouveau feu couler dans ses veines ; et , se couvrant de ses armes sillonnées encore par les marques honorables des coups qu'il avait reçus dans le combat contre Cildadan , il s'élança sur le beau cheval qu'il tenait de l'amitié de Flotestan, et se rendit au petit pas vers la lice où le combat devait être livré. Les deux compagnons d' Amadis l'attendaient y et vin-