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rent au-<kvanl de kii Certes, sires chevsdîèrs, leur dit-il , vous faites uti acte bien généreux en voulant défendre et honorer mes derniers jours : puisse Tetre suprême marq^ixer tous les vôtres par le bonheur et par la gloire !
Lisvard , surpris de voir Grtnnedan accompa^ gné de deux chevaliers inconnus , et reconnaissant la demoiselle de Grvssinde qui se tenait i portée d'eux , appela cettç d^^nière , et lui demanda le nom de ces deux chevaliers. Sire, je Fignore , je sais seulement que le chevalier grec les a laissés pour soutenir la querelle de Grumesdan, et que la vraie veitu mérite de trouver dès défenseurs.
Les trois chevaliers romains s'étant avancés dan^ ce moment: Sire, dit Fun d'eux, comme ce com^ bat à outrance sera bientôt terminé par la mort de ces trois chevaUers , nous devons vous préve^ nir que nous avons juré d'emporter leurs tétéS pour les attacher aux murs du capitole ; celle de Orumedain le mérite sm*tout, par la démence avec laquelle il osa se cotnparer aux chevaliers romaioSf lisvard , indigné de ce propos , ne put s'empêcher de leur répondre : Je présume bien plutôt que Grumedan sera dans peu le maître des vôtres ; allez , et de part et d'autre que cbà* cun de vous fasse son devoir»
Les juges du camp ayant dofiné le signal , les l^ix chevahers partirent au son aigu des trompette^ , se rencontrèrent au milieu de la lice , brisèrent
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lui découvrit alors son véritable nom : run et l'autre se firent des excuses nkutuelles , lui d'avoir caché sa oais&anee , l'autre de l'avoir traité comme un simple chevaliev. Grassînde connut bien de ce moment qu'elle prétendrait en vain à la conquête d'Amadis; ek! qu'eût-eUe fait de ses deux couronnes ? 11 est possible de s'ennuyer de s'entendre dire qu'on est belle ; il vient un temps où l'on trouve plus doux de s'entendre dire que l'on çst aimée. Quedragant, quoiqu'il fut un peu géant , n'en avait pas moins de grâce ; il est d'ail* te<irs toujours flatteur pour une belle de sou^ mettre un cœur jusqu'alors insensible ; tant de bonnes raisons déterminèrent Grassinde à recevoir les soins de Quedragant, et bientôt elle écouta d'un air tendre les serments qu'il lui disait de l'adorer toute sa vie.
Amadb ne perdit point de temps pour assem* bler un conseil général de tous les cbevaliers de rUe ferme ; et , sur le rapport qu'Àogriote et Bruneau lui firent de l'inflexibilité de Lisvard , il crut ne devoir plus différer à leur dire :
Souvenez^vous , mes chers et généreux compagnons, du serment que nous fîmes entre les mains de la reine Brisène, lorsqu'elle tenait sa cour plénière à Londres; nous jurâmes, en présence du roi lisvard, d'observer avec plus de zèle que jamais les lois de la chevalerie : en est-il une plus sacrée que de défendre le faible des atteintes du fort , et de soutenir un sexe enchan-
teur contre l'injustice et l'oppression dont sa faiblesse l'empêche de se défendre? Qui pourrait exciter plus aujourd'hui notre pitié que les princesses Oriane et Olinde, destinées par lisvard à être sacrifiées à sa condescendance pour les romains? Oubliant tout sentiment naturel, toute justice, il veut forcer Oriane à donner la main à l'empereur Patin qu'elle déteste; il veut que la belle Olinde soit le partage de Saluste Guide; et, sans consulter le cœur de ces deux charmantes princesses ^ il est prêt à les livrer entre les bras des romains! Le souffrirez -vous, mes braves compagq^nç? me refuserez -vous votre secours pour les attaquer dès qu'ils amçont mis à la voile, et pour remettre ces deux belles princesses en liberté ? Un murmure général s'éleva dans rassemblée pour courir aux armes; et l'impétueux Agrayes , portant la parole au nom des autres chevaliers 9 jura de répandre plutôt tout son sang que de laisser eommettre un acte dont la honte rejaillirait sur la Gaule et sur les royaumes de la Grande-Bretagne.
Amadis applaudit à cette résolution des chevaliers; il leur fit part des mesures qu'il avait prises pour s'assurer d'un nombre suffisant de vaisseaux ; il leur dit de ce ton si noble , qui , sans rien tenir de l'orgueil, caractérisait son awie élevée, qu'il se croyait invincible en combattant à leur tête pour une si juste cause ; et , leur faisant sentir l'importance de précéder la
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flotte romaine dans la haute mer potir lui fermer le débouché du grand détroit qui sépare la Gaule de la Grande-Bretagne , il fut arrêté d'une voix unanime qu'ils s'embarqueraient et qu'ils partiraient dès le lendemain matin.
Le désespoir d'Oriane, les larmes de Brisène, les représentations de Grumedan^ d'Arban de Norgales et des seigneurs bretons n'ayant pu détourner Lisvard de la cruelle résolution qu'il avait prise, le jour fatal du départ d'Oriane arriva. Ce fut un jour de deuil pour toute la cour de Londres; ce fut au milieu des cris du peuple et des pleurs des seigneurs bretons ^ qu'Oriane éperdue se jeta pour la dernière fois aux genoux de son père. Vainement cette princesse lui tendit les bras; vainement elle attesta le ciel que Patin ne serait jamais son époux , et que Rome ne la recevrait pas vivante dans ses murs : elle eut la douleur mortelle de voir son père détourner la vue, repousser ses mains, et s'éloigner d'elle. Succombant à cette dernière marque de dureté, Oriane tomba presque sans vie dans les bras de Bri^ène qui s'évanouit à ce cruel spectacle* Lisvard saisit ce temps pour les séparer; et faisant enlever Oriane des bras de sa mère , hors d'état de la défendre , il la remit entre les mains de Ja reine Sardamire qui la reçut en pleurant. Olinde , Mabille et la demoiselle de Danemarck s'étant jetées aux habits d'Oriane pour la retenir, et remplissant l'air de leurs gémissements, Saluste
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et les chevaliers romains les entourèrent , et les emportèrent sans pitié sur différents yaisseaux de la flotte , sur laquelle Oriane et Olinde se trouvèrent séparées. Saluste, donnant promptement le signal de déployer les voiles pour éviter la fureur des Bretons qui s'attroupaient en armes, la flotte , poussée par un vent frais , sortit du port de Tagades, et dans peu de temps s'éloigna des côtes de la Grande-Bretagne. Elle n'était encore qu'à la hauteur de celles de la Petite-Bretagne , lorsque les romains aperçurent une autre flotte qui portait sur eux; ils crurent d'abord qu'elle n'était formée que de Vaisseaux marchands; mais bientôt la construction des vaisseaux et leur manœuvre leur faisant craindre d'être attaqués , ils se préparèrent à se défendre.
Amadis , que le plus grand intérêt animait autant et plus 9 s'il est possible , que son courage ordinaire 9 voulut donner l'exemple à ceux qui le suivaient; et , voyant que le plus beau des. vaisseaux de la flotte romaine était orqé de toutes parts de pavillons et de fanons aux armes de l'empereur, il espéra que la princesse Oriane serait sur ce vaisseau qu'il attaqua le premier, sans permettre toutefois qu'on lançât ni des feux ni des flèches. Ce vaisseau se défendit quelque temps avec ces sortes d'armes ; mais Amadis l'ayant fait accrocher , il l'aborda et s'élança sur le tillac , en criant de cette voix si redoutable dans les combats : Gaule! Gaule! Brandayel, qui commandait
ce vaisseau, fit une vive résistance; mais quel guerrier pouvait résister au terrible Amactis combattant alors pour sa chère Oriane? Bientôt Brandayel est étendu sur le tillac ; Âmadis arrache sou casque , et lui portant la pointe de son épée sur la gorge : Meurs, dit-il, ou dis-moi le Heu qui renferme Oriane. Elle est dans cette chambre avec Mabille, dit Brandayel, en lui montrant la porte de la main, et lui criant merci. Amadis, voyant Angriote qui Favait suivi de près quand il s'était élancé sur le vaisseau romain, remit Brandayel entre ses mains, et s'approchant de la porte il la vit fermée par un gros cadenas. Mabille, ayant entendu crier Gaule! en avait averti sa cousine , qui s'était relevée sur son lit où jusqu'alors elle était restée absorbée daps le désespoir. Amadis en ce moment , ébranlant la porte d'un bras animé par l'amour, en iît sauter les gonds , et , laissant tomber son épée , covirut se précipiter à genoux au bord du lit d'Oriane. L'un et l'autre se tendant les bras les entrelacèrent sans proférer une parole; leurs lèvres, leurs larmes, leurs soupirs s'unirent et se confondirent eaasemble pendant quelques moments. Ah! mon cher Amadis, dit enfin Oriane, qu'il m'est cher d'être votre prisonnière! oui, je la suis, et je veux l'être toujours. Ce n'est point à mon père que vous m'enlevez , c'e^t à ceux ^^uxquels il ^vait eu la barbarie de me donner.
Le bruit du combat qui se donnait sur un vais-
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seau voisin de celui d'Oriane iuterrompit cette princesse : Amadis eu se relevant reprit sa redouxtable épée ; niais trop étoôgné de ce vaisseau pour pouvoir porter du recours à ses compagnons, il ne put être que le témoin de ce dernier combat : la jalousie et la fureur d'Agrayes le rendaient terrible. Agrayes et Quedragant , ayant sauté sur le vaisseau du prince Saluste, s'étaient déjà rendus mitres de la moitié du tillac , dont k reste était défendu par Salusle et l'élite des chevaliers romains; mais Olinde, ayant paru vers l'extrémilé de la poupe , reconnut Agrayes à son bouclier , et fit un cri que ce prince entendit. Amadb lui-même n'eût pas été plus terrible qu'Agrayes le fiit exi reconnaissant Olinde. Il se précipita sur Saluste, l'abattit à ses pieds, et sur-le-champ, arrachant son casque d'une main , il lui trancha la tête de l'autre. Les chevaliers romains firent un cri de douleur et d'ejEfroi , baissèrent la pointe de leurs épées et se rendirent. Agrayes vole et passe sans résistance au milieu d'eux. , et sa chère Olinde se jette dans ses bras.
Le coup d'épée qui termina la vie de Saluste fut le dernier qui se donna; le& romains, s'étant raaduiS , les chevaHars de l'Ile ferme s'e]x^>arèreiit de tous les vaisaeaAix qui n'étaient pas coulés à fond.
Dès qu'Oriane fut un peu revenue de la première agitation que lui causait ce grand événement, elle s'occupa de la reine Sardamire pour
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laquelle elle s'était prise d'estitne et d'amitié , n'ayant vu dans tout ce que cette reine avait fait que l'accomplissement de la commission dont elle était chargée, et l'ayant trouvée pénétrée du plus tendre intérêt pour elle. Oriane, sachant que cette belle reine était sur le vaisseau dont Agrayes venait de s'emparer, y passa sur-le-champ pour veiller elle-même aux égards qu'elle desirait qu'on eût pour elle; mais, en arrivant à la chambre, elle trouva que Florestan l'avait précédée. Ce jeune prince était à ses genoux , s'occupant à la consoler de la défaite des romains, et à lui jurer qu'il périrait plutôt que de souffrir qu'elle ne reçût pas les mêmes respects des vainqueurs, que de ceux auxquels elle cessait de commander. On agita pendant quelques moments le parti que l'on devait prendre au sujet des princesses qu'on venait de délivrer; mais l'amant le plus soumis pouvait -il se déterminer, sans avoir demandé les ordres d'Oriane? Ce fiit à ses genoux qu'Amadis alla savoir dans quels lieux elle voulait être conduite. Je suis votre prisonnière , lui dit-elle tendrement , je ne dois point abuser des égards que vous avez pour moi; mais, puisque vous me consultez , je pense qu'il serait trop dangereux de me conduire au roi mon père, dans les termes où vous êtes ensemble : il me paraît plus prudent de laisser passer sa première colère , et de me conduire prisonnière à l'Ile ferme , en attendant ma réconciliation avec lui.
Vous serez obéie , madame ; mais prisonnière ! reprit-il avec feu; prisonnière! Ah! de quelle expression avez- vous la cruauté de vous servir visà-vis d'un prince qui baisera sans cesse les chaînes que vous daignerez lui faire porter ! Venez , madame, venez régner en souveraine dans l'Ile ferme, et nul de mes compagnons ne me désavouera, lorsque je jure poiu* eux et pour moi que nous y suivrons vos lois. Agrayes, Angriote, Bruneau, Quedragant et Florestan accoururent à ces mots avec Garnates du Val-craintif, et tous les chevaliers de l'Ile ferme; ils voulurent aller tous l'un SLprès l'autre fléchir le genou devant Oriane , et lui prêter serment de fidélité.
Les princesses s'étant toutes rassemblées sur le même vaisseau d' Amadis , qui n'était point souillé par le sang, ce prince rendit la liberté au plus grand nombre des chevaliers romains; il leur donna deux de leurs vaisseaux , pour retourner à Rome , et leur permit d'emporter avec eux le corps du prince Saluste: il ne conduisit à l'Ile ferme que les trois principaux d'entre eux.
Toute la flotte s'étant mise en bon ordre , Amadis fit relever les ancres qu'on avait jetées après le combat : les voiles enflées par un vent favorable portèrent les vaisseaux victorieux d' Amadis, ayant ceux des romains attachés à leiu* poupe ; et le tout ensemble aborda heureusement deux jours après à l'Ile ferme.