‹ Œuvres du comte de Tressan, précédées d'une notice sur sa vie et ses ouvragesChapitre 6 sur 36 · LIVRE iiu ag · texte numérisé non relu

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ment à Mirefleur. Un gros temps et les vents contraires rendirent le trajet de la flotte de Lisvard difficile : ce prince n'arriva que le huitième jour à l'île dé Montgase , et fut très a£Qigé d'apprendre en arrivant que le roi Arban de Norgales avait été forcé de se retirer et de se retrancher sur une montagixe, après avoir perdu la moitié de son armée , et que Gasquilan , roi de Suesse , avait été blessé très dangereusement par Florestan : il descendit sans essuyer de réisistance , et jura de ne point partir de cette ile sans avoir tiré raison des chevaliers de l'Ile ferme, qui s'en étaient emparés pour la remettre à Madasime.

Lisvard voulut les attirer au combat; mais la supériorité de ses forces déterminant Galvanes et Florestan à se tenir sur la défensive, jusqu'à ce qu'ils eussent reçu des secours que le prince Agrayes était allé chercher, cette guerre devint plus longue que Lisvard ne l'avait cru : il fut obligé de former un siège en règle. Dans ce temps-là les préparatifs en étaient toujours fort iongs, par le temps qu'il fallait employer à la construction des machines nécessaires ; et les approches de la place furent très difficiles, à cause des fréquentes sorties que faisaient les chevaliers de l'Ile ferme ^ qui souvent réussissaient à ruiner les travaux des assiégeants.

Rien ne fut plus heureux pour Oriane que cet événement; la longueur de cette expédition lui donna iç temps et la tranquillité dont elle avait

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besoin; et les douleurs l'ayant prise trois semai«> nés après le départ de Lisvard, elle eut le courage d'étouffer ses cris , et mit au monde un fils que la demoiselle de Danemarck reçut, et dont elle prit soin pendant que Mabille s'occupait de la mère. La demoiselle fut très surprise en voulant couvrir cet enfant des langes qu'elle avait préparés, de voir plusieurs caractères qui paraissaient écrits sur son sein; les uns étaient d'un rouge éclatant ; les autres étaient blancs : mais les uns et les autres lui furent également inconnus.

Oriane sentit d'abord bien vivement la joie d'avoir un fils , et d'être délivrée ; mais bientôt la terreur que lui causait la destinée d'un enfant si cber, et la cruelle nécessité de s'en séparer, pensèrent lui coûter la vie. L'abbesse avait été inflexible à tout ce que la demoiselle de Danemarck avait pu lui dire. La pitié réside rarement dans les monastères; et l'abbesse, s'excusant sur sa règle, n'avait jamais voulu consentir que Mabille exposât son prétendu* fils à la porte du couvent : cette demoiselle fiit obligée de lui tout cacher, et de prendre d'autres mesures ; elle n'en trouva point de meilleures que celle d'avertir son frère, le fidèle Durin, de se trouver avec deux chevaux sous les murs du couvent , d'attendre un signal après lequel il recevrait l'enfant qu'elle descendrait par la fenêtre dans une corbeille ; et dès que Durin l'aurait reçu , la demoiselle devait descendre, le joindre, et monter à cheval avec lui.

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