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dent de sauver leurs maîtres redoublant leur force et leur courage, ils parvinrent avec beaucoup d'efforts à faire tourner Técrou , et à remonter le lit dans la chambre supérieure.
Amadis qui ne dormait point s'aperçut que le lit s^élevait en tournant; il réveilla doucement Périon et Florestan ; il leur fit connaître ce qui leur arrivait; et bientôt le lit se trouvant à la hauteur du plancher de la chambre supérieure, un rayon de la lumière de la lune qui pénétrait dans cette chambre leur fit voir qu'ils étaient dans celle où deux jours auparavant ils avaient été roçus , et leur fit apercevoir leurs armes au même endroit où le soir ils les avaient placées.
Ils ne perdirent pas un instant à sauter du lit fatal et à se couvrir de leurs armes. On n'avait point pris la précaution de fermer la porte de cette chambre; les trois princes en liberté s'élancèrent hors de ce lieu dangereux , et parcoururent rapidement le château en criant : Ganle ! Gaule ! d'une voix terrible , et faisant tomber leurs coups sur ceux qui furent assez téméraires pour oser leur résister.
Quelques moments après, ils furent joints par la demoiselle qui les avait délivrés : Gandalin accourut , et serra son cher Amadis dans ses bras. Ce prince, dédaignant de donner la mort aux vik satellites d'Ârcalaûs qui fuyaient de toutes parts, se fit montrer par la demoiselle l'apparte* ment d'Arcalaûs : il y volait pour le punir de tou-
tes ses trahisons; mais le lâche enchanteur éveillé par le bruit, et entendant le cri redoutable de Gaule, s'était sauvé dans une forte tour par une échelle qu'il avait retirée après lui. Pendant ce temps le jour vint à paraître ; et ces princes , voyant qu'il était impossible de forcer cette tour sans un temps fort long et des machines , prirent le parti de faire apporter autour beaucoup de matières combustibles auxquelles ils mirent le feu /espérant faire brûler ou étouffer l'enchanteur dans sa tour. Le feu se communiqua de toutes parts au château; et les princes, le voyant la proie des flammes, montèrent à cheval avec leurs écuyers et leur libératrice, et se portèrent sur une colline d'où l'on pouvait voir que le château dans peu d'heures serait absolument détruit.
Arcalaûs Feût été lui-même sans le secours de Dinarde : cette méchante créature s'était cachée dans un souterrain, au moment où le cri de Gaule avait frappé ses oreilles; et, dès qu'elle sut les chevaliers partis , elle courut au secours de son oncle. Il était temps; Arcalaûs était déjà presque étouffé par la fumée, et son visage et ses bras étaient roussis par l'ardeur du feu : elle réussit à lui conserver la vie. Si le nain Ardan l'eut su , son dépit eut été bien grand; en ce moment même il faisait mourir de rire les princes de Gaule , en criant de toutes ses forces : Souviens* toi, scélérat, du jour où tu me suspendis par une jambe au-dessus de plusieurs fescines goudronnées, dans ton château de Valderin.
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La demoiselle, se souvenant d'avoir entendu crier Gaule, eût bien désiré de voir les trois chevaliers au g^and jour; mais, ayant pris leurs casques au moment où l'aurore commençait à paraître, elle n'avait pu démêler leurs traits, et, n'osant les prier de lever la visière , elle conjura Gandalin de lui dire si le prince Amadis était l'un des trois. On lui devait trop.de reconnaissance pour se cacher d'elle ; Gandalin n'hésita pas à lui dire que le chevalier qui portait un casque doré était Amadis ^ et que le casque blanc couvrait la tête du roi Périon. La demoiselle poussa des cris de surprise et de joie, et courut se précipiter aux genoux d' Amadis. Ah! seigneur, dit* elle, pardonnez-moi. Ah dieux! quoi, c'est vous que je revois! Seigneur, vous voyez en moi cette Dario lette qui &t forcée d'exposer vos jours; il y allait de la vie et de l'honneur de la reine votre mère : hélas! le peu que je viens de £aire pour vous pourra-t-il m'obtenir mon pardon ? Tandis qu Amadis la relevait, le roi Périon sauta légèrement à terre, et, se souvenant de tout ce qu'il devait à la bonne Dariolette, il délaça son casque et l'embrassa tendrement. Dariolette fut très caressée et très fêtée par les trois princes qui se firent un devoir et un plaisir le plus sensible de la faire embarquer avec eux , et de la conduire en Gaule. Périon ne pouvait se lasser de se rappeler avec elle la pi^eimère nuit de son mariage avec Élisène. Amadis lui disait qu elle avait fait son devoir en
l'exposant, et qu'il n'oublierait jamais qu'il lui devait deux fois le jour ; il sentait un secret plaisir à ramener près d'Élisène l'adroite et prudente Dariolette qui venait de sauver la vie de Périon et la sienne.
Arcalaûs , étant un peu revenu de l'état dangereux où la fumée et le feu l'avaient mis , eut de plus le désespoir de voir ses domestiques favoris nageant dans leur sang, et son beau château dévoré par les flammes. Sa nièce fit faire à la hâte une espèce de litière qu'on nommait alors une litière chevaleresse , pour le transporter au Mont-Âldan ; et Dinarde avec une de ses cousines ^ aussi jeune et presque aussi méchante qu'elle , ayant assemblé cinq chevaliers d' Arcalaûs qui s'étaient dérobés aux coups des trois princes , se mit en chemin avec son oncle. Cette petite troupe avait à peine fait une lieue , qu'elle aperçut à cent pas deux chevaliers richement armés qui se reposaient sur le bord d'une fontaine.
Arcalaûs fut frappé de la beauté de leurs armes ; et, l'esprit de rapine ne pouvant s'éteindre en lui dans l'état même où le lâche se trouvait , il dit à ses cinq chevaliers de courir sur eux, de leur enlever leurs belles armes , et de leur couper la tête s'ils leur résistaient. Les cinq chevaliers , accoutumés à de pareils actes , obéirent ; mais l'exécution de l'ordre qu'ils avaient reçu se trouva plus difficile qu'ils ne croyaient : ces deux chevaliers étaient Galaor et son compagnon Norandel ; tous
les deux voyant la Grande-Bretagne tranquille, et Lisvard sans ennemis, avaient prié ce prince de leur permettre d'aller chercher des aventures : mais le secret motif du départ de Galaor était de chercher et de revoir son frère Amadis. Les deux jeunes princes, surpris de l'insolence du message des cinq chevaliers , ne leur répondirent qu'en mettant l'épée à la main; ils surent éviter, étant à pied, l'atteinte de leurs lances, et firent tomber morts les deux premiers qu'ils frappèrent en passant. Galaor fendit la tête d'un troisième , et les deux autres s'enfuirent dans l'épaisseur de la forêt. Dinarde, qui vit leur défaite, se jeta dans le fond d'une masure avec sa cousine , et la litière d'Arcalaûs fut absolument abandonnée; Galaor et Norandel y coururent pour se venger du lâche qui les avait fait attaquer.
Arcalaûs fertile en mensonges s'excusa sur ce qu'il avait cru que c'était une nouvelle embuscade que ses ennemis avaient formée contre lui. Le traître réussit à les attendrir en leur montrant ses cheveux gris, et l'état affreux où il était. Galaor lui demanda son nom. Hélas! dit-il, je suis Granfiles, cousin germain du vertueux chevalier Gnimedan. Quelques alliés d'Arcalaûs ayant détruit mon château, et m'ayant mis dans l'état où vous me voyez, je m'en allais à la cour de Lisvard où j'espérais, par l'entremise de mon cousin Grumedan , obtenir la protection et le bras du grand Amadis ou du brave Galaor son
Amadis de Gaule. II. '-'
frère. Les deux jeunes princes, ayant entendu parler de Granfiles comme d'un chevalier très digne d'estime , non - seulement s'apaisèrent , mais même ils offrirent de l'escorter. Non , seigneurs, leur dit-il , ce garçon seul suffît pour me conduire: à moins d'un quart de lieue d'ici, je retrouverai mon cortège qui m'attend , et je suis près d'un château qui m'appartient. Ayant reçu ses adieux qu'il leur fit de l'air le plus affectueux , ils perdirent bientôt de vue la litière, qui, par des routes détournées, s'enfonça dans l'endroit le plus épais de la foret.
Dans ce même temps, les écuyers des deux princes , qui s'étaient trouvés éloignés pour chercher des vivres pendant le combat , arrivèrent avec leurs chevaux qu'ils leur ramenaient. La nuit était presque fermée , et la lune commençait h briller: Galaor et Norandel se consultaient entre eux sur le parti qu'ils avaient à prendre, et n'avaient appris qu'avec humeur de leurs écuyers qu'ils n'avaient trouvé dans les environs aucun endroit habité. Nous avons bien l'air , dit Galaor à son compagnon , d'être mal hébergés et de passer la nuit sans souper. Pas tant que vous le croyez , leur dit un homme de leur suite , resté en arrière , et qui les vit assez tristes ; je viens de trouver à quatre pas un mulet bien chargé de vivres; et même, dit-il en souriant à Galaor dont il connaissait les mœurs et la gai té , je ne vous cacherai pas que peut-être cette nuit pourrait de-