DE L'INÉGALITÉ DE L'AAGE DES MARIEZ
Si un vieillard doit prendre une jeune fille, ou une vieille recercher un jeune homme.
E ne sçay quel vçr a piqué la cervelle de nostre philosophe, S'' Libaiîius, que, sur ses vieux jours, ce bon homme soit tellement eschauffé de l'amour qu'il porte ^ madamoiselle Elizabeth qu'il en court les rues, et, si on ne la luy donne, il enragera, Ah ! bon Dieu ! il avoit passé un si bel aage avec un^ telle réputation, et maintenant qu'il soit ainsi )&mbabpui])é des folastreries cupidiques, cela me creye le cœur : quand j'y pense (j'offense Dieu), je désire ma mort.
— Non (va dire le S** Lib^nius), vous perdez
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vostre temps : c'est une chose qui faut qui passe ; et, quand vous auriés emploie verd et sec, vous ne l'en sçauriez dissuader, et divertir le cours de la céleste destinée. Or j'estime que vous tenez que les astres prédominent, sur tout pour ceste affection amoureuse. Si vous regardez à l'horoscope de ce bon personnage, vous trouverez qu'au moment de sa naissance la lune estoit arrestée sur l'un des quarts, qui est, ainsi qu'a remarqué Ptolomée Alexandrin, un tesmoignage tout asseuré, et qu'il devoit estre marié fort jeune, et que, tout croulant de vieillesse, il auroit du jeune bois. Si la lune eut esté au déclin sur l'une des Occidentales, il eust esté marié sur le tard à une vieille.' Si Saturne eut esté au Mouton, encores eussiez eu pis : il eut eu une vefve, ou une putain, ou en un mot le reste d'un autre. Encores estes vous bien heureux de ce qu'il tend à une honeste damoiselle, laquelle aussi ne pouvoit fuir qu'elle ne tombast entre les bras d'un vieillard. Vous sçavez, aumoins je le vous apprens, que, lors qu'elle naquit, le soleil en sa figure estoit sur l'une des deux quartes Orienteles, voire quand il eut tiré sur l'une des deux Occidenteles, tousjours elle estoit menacée de ce qu'il faut qui luy advienne, à sçavoir que la première fleur de sa jeunesse soit liée d'un poil gris et chenu. Et
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pource Julius Firmicus dit qu'il y a des jeunes femmes, lesquelles sont tellement commandées par les astres qu'elles aiment mieux s'accointer des vieillards que des jeunes. Et ainsi vous concluez, S"^ Fulgence, à la genethliaque, encores que vous teniez formellement que les astres ne nous prédominent : Sapiens dominabitur astris.
— Je pourroie, S"^ Libanius, vous monstrer du contraire ; mais cela estendroit ce discours en trop grande longueur. Les mariages sont faits aux cieux, cela est une parole sacrée ; je vous monstre ce qui est porté par le registre céleste, et vous ne le voulez croire: à l'espreuve vous apprendrez que je ne vous dis chose laquelle ne soit tres-veritable.
— Il n'en faut pas venir là ( dit le S'^ Libanius), et le perdriez tout quitte : voire qu'on vous monstrera aussi tost au doigt comme celuy qui maquignonneroit les enjôlements de nos genethliaques et matagraboliseurs. De ma part, je vous diray, comme telle est la vérité, qu'onques je ne me suis pieu à ses fadaises de l'astrologie judiciaire, qui pour la pluspart ne sont que bourdes^ et desireroie que plusieurs qui vivent parmy nous n'en fissent non plus d'estat que moy. Vous avez les discours de Pic de la Mirandole, qui rabbattent
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comme il appartient tels enjôleurs : si faut il que, puis que vous estes si curieux des nativitez, que je parle à vous pour vous renvoier à Tescole du philosophe Phavorin, lequel, selon que rapporte Aule-Gelle, tenoit tel langage à ceux qui croyent à ce qu'ils entendoient arioler, astrologiser et mathematiser. Gardez vous de vous fier aux astrologues en sorte que ce soit : car, encores qu'ils dient vray, ce qu'ils vous diront sera bon ou mauvais pour vous; estant bon, ou c'est vérité ou mensonge. Si c'est vérité, vous recevez double dommage à le sçavoir : car, en premier lieu, vous estes en peine de désirer que ce bien advienne bien tost; il ennuyé tant à qui attend. En après, un bien à venir dont nous sommes advertis est estimé tousjours moindre : de sorte que nous n'en recevons si grand plaisir qu'autrement. Si c'est mensonge, vous attendrez en vain le bien qui vous est promis par l'astrologue, car il ne vous adviendra pas. Que si ce que l'astrologue prédit est mauvais pour vous, estant mauvais et asseuré, quelle plus grande disgrâce pourroit vous advenir que d'estre abbreuvé d'un malheur que vous devez recevoir sans qu'il soit en vous le pouvoir éviter? Si c'est mensonge, qu'a on que faire d'attrister une personne d'un malheur qui ne luy. doit advenir? Et par ainsi, en sorte que ce
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soit, toutes vos falibourdes astrologiques sont sottes, inutiles et incommodes.
— Quittez, di-je. Messieurs, ces fantaisies judiciaires qui au fort ne vous pourroient que ronger la cervelle, et n'esclairciroient point la resolution, qui dépend de ce que vous devez de-
"duire sur le propos encommancé. Entrez donc au fonds, et me monstrez que l'alliage d'un vieillard avec une jeune pièce est impertinent et hors de propos, ou qu'il est bien séant.
— C'est bien dit (va dire le S^ Fulgence) ; je commenceray pour vous apprendre qu'à tresjuste occasion je me plains de ce que nostre bon homme de messer Maxmilian a encores envie de se rajeunir : je ne me veux point moquer de luy, mais, si c'estoit un autre, je ne luy macheroie point ses veritez. Ceux qui ont fait telles démarches qu'il veut faire ont esté décriez comme la vieille monnoyé : l'occasion est qu'ils vouloient marier le feu avec l'eau, le taciturne, pensif, groignard, ridé, froidement sec et grison Saturne avec Venus, royne de tous plaisirs, resjoûissances et contantemens, suivie d'une beauté, d'une verdeur, du printemps, de la jeunesse, du ris, du passetemps, de la volupté, du jeu et de toute gaillardise. Comme si, ainsi que le Platonicien Proclus a tresbien remarqué, on ne devoit reigler l'ordre
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du petit monde à la cadence du rond céleste. La vieillesse prend pour patron et devise le chagrin et pesant Saturne, tellement ennemy de la génération que l'on nous fait entendre qu'il coupa à tout une faucille les genitoires au Ciel, son père. — Vous parlez contre vous mesmes (respond le S"^ Libanius), car, encores qu'ainsi seroit que Saturne auroit tranché les genitoires à son pere,^ cela ne le rend adversaire de la génération. Elles engendrèrent la déesse d'amours; et, lors que Saturne fit ce gentil traict, il ne devoit estre si aagé, car depuis il eut Jupiter, Juno, Neptune et Pluton. Mais que direz vous à celuy qui porte mesmes nom que vous, S*" Fulgence, lequel, en son Mythologique, allegorise tout ce mystère fabuleux à la soufflerie chymique. Tousjours vous me ramenez au ciel, au lieu que j'ay envie de mettre la main à la paste et faire la besoigne de la maison. Si c'estoit une chose si estrange que d'acoupler les jeunes aux vieux, Ciceron, estant sexagénaire, eut il tendu à Publia, jeune pucelle ? Pompée, estant sur Taage, eut il pris à femme Cornelia, fille de Scipion, laquelle estoit jeune, fraische, drue et gaillarde ? Le docteur Bulgare et plusieurs autres doctes et sages personnages eussent ils, sur le déclin de leur aage, bandé à l'attelier de Venus ? Il n'y a chasse que de vieux
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chiens. J'ay cogneu un des premiers hommes de nostreaage, Cretois, lequel, tout gris et aagé qu'il estoit, prit party aux bandes cupidiques. Vous cognoissez, et moy aussi, un poëte françois qui, tout cassé et brisé d'ans qu'il puisse estre, n'a pourtant voulu jetter sa part aux chiens des passe* temps cythereens. Je luy en ay autresfois parlé, et luy ruay trois ou quatre petis traits de gausserie; il me paya neantmoins de si belle monnoye que je prisay sa fortune, et souhaite le mesmes à tous ses semblables, afin qu'ils puissent comme luy avoir du contant.
— Où vous plongez vous, povre homme (va dire le S^ Fulgence) ? Je ne poursuivray pas la guerre et discord mortel qu'il y a entre Venus et Saturne, puis que vous mythologisez à rebours et mettez la charrue avant les bœufs; mais je veux un peu peser la force et authorité de vos exemples. Vous avez mis en butte Ciceron, comme s'il estoit à louer de s'estre divorcé d'avec sa femme Terentia, auprès de laquelle il estoit envieilly, pour espouser ceste jeune mignonne de Publia. On sçait quelles reproches luy en ont esté faites, et si Antoine en sceut bien faire -son profBt alencontre de Ciceron.
— Pour le repudiement, j'ay (dit le S^ Libanius) moyens en main pour deffendre cest acte à
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la descharge du bon père de l'éloquence latine, lequel avoit beaucoup de griefs de mescontantemens alencontre de Terentia, pource qu'elle n'avoit tenu conte de luy durant la guerre, de manière qu'il partit de Rome sans avoir ce qui ^ luy estoit nécessaire pour s'entretenir hors de sa maison; et encores, quand ce fut au retour, elle ne lui fît devoir de l'affection qu'une femme doit à son espoux, ne daigna le visiter à Brindes, là où il séjourna longtemps; et, qui pis est, à sa fille, qui eut bien le cœur de se mettre en chemin pour faire un si long voiage, elle ne donna ny suite, ny argent, ny compaignie; finalement, qu'elle avoit mal mesnagé en son absence, et le réduisit si au petit pied que, pour se degaiger des grans debtes qui l'oppressoient, il fut contraint se joindre avec ceste jeune Publia. Je ne forge point ces moyens : Plutarque les nous a cottez en sa vie.
— Vous le couvrez d'un sac mouillé (dit le S^ Fulgence); il pourra se morfondre. Et pour vostre Pompée, que direz-vous ? Il ne fit en sa vie chose qui luy tournast tant à deshonneur que de s'estre voulu rajeunir avec sa Cornelia. Le bon homme Bulgare se jetta luy-mesmes le coup de risée qui luy donna sur le nés, car, le lendemain de ses noces franches-surannées, il se mit à lire la loy
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Kern non novam^ C. de jud,, comme s'il eut voulu trompetter qu'il entroit en un chemin qui estoit frayé par autre que luy. Vostre Cretois, je l'ay cogneu familièrement, et sçay qu'il estoit homme d'honneur, et qui a beaucoup mérité pour la Republique des lettres : quoy qu'aucuns ayent voulu à coups de pierre charpenter sa renommée, les lettres luy doivent beaucoup ; mais, s'estant trouvé sans femme, il ne cessa, octogénaire qu'il pouvoit estre, d'estre en pourchas pour donner en lieu où sa froideur grise pouvoit estre chaleureusement hébergée. Il fit un pas de clerc, et luy-mesmes l'apprit à ses despens, car, pour beau dragmer ses drogues infusives, il ne sceut signe qu'il se sentit décharné, etson humeur vitale tarie. J'y ay perdu beaucoup, et ne gaigneray rien au nouveau mesnage de nostre poëte limosin, qui, quand il pyndariseroit dix mille fois plus qu'il ne fait, ne me sçauroit faire acroire que son huile puisse estre bastant pour entretenir la lampe amoureuse, comme il a pris en tasche. Il n'est plus du calibre d'Hercules; il aura beau se servir d'eschalottes, asperge sauvage, satyrion, • artichaux, * saffran, mente, rue, cresson, truffes, pigeons, escargots, et autres tels aiguillons de Venus, il pourra mettre le feu dans la maison, et en fin sera coigne-festu. Asseurez-vous qu'il n'a pas journée faite, et que,
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quelque bonne mine qu'il face, et qu'on luy face beau jeu, il se trouve lasche au choc : le bon homme a une migraine qui ne luy donne heure de repos. Voila que c'est de ne se jouer à bille pareille : ces vieux regrignez, tout roupieux et chassieux qu'ils sont, veulent pescher au plat, et ne peuvent roidir le manche; comment estendroient ils le bras ?
— Voila donc les vieillards (dit le S"^ Libanius) qui, à vostre conte, doivent bien serrer leur marchandise et ne l'estaler; aussi bien ne la pourront ils débiter. Vous ne voulez qu'ils se mettent en besoigne, comme si la vieillesse estoit contraire et ennemie à la génération de l'homme. Merveilles que vous ne nous conseillez de tracer nos mœurs à la Thracienne, car, puis que vous voulez que les vieillards ne nous servent que d'entrape pour en detraper le monde, les Thraces vous ont tracé le chemin, comment il falloit les traiter inhumainement : ils avoient accoustumé de tuer leurs pères et mères, cassez de vieillesse et de maladie, et puis après les mangeoient, afin qu'ils ne servissent de pasture aux vers, ainsi qu'ils respondirent au roy de Perse. Vous nous rendez les vieillards inutiles à la génération; si est ce que je vous monstreray qu'ils peuvent estre pères.
Qu'ainsi soit, le Pape iEneas Pius, en son £u-
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ropCy chap. 2 5^ nous apprend que Vladislas, roy de Poloigne, eut de sa seconde femme deux fils, à sçavoir Yladislas et Casimir, l'un desquels eut la duché de Lituanie, et Taisné, qui estoit Yladislas, succéda au royaume Polaque, et fut appelle à la couronne d'Hongrie; mais expressément est remarqué que ce Yladislas, estant nonagénaire, eut ces deux enfans, Yalere le Grand, Solin, et Pline mesmes, au septiesme livre de son Histoire naturelUy ont tresbien remarqué que Masinissa, roy de Numidie, ayant passé quatre vingts six ans, engendra Methymatnus; que Caton le Censeur, au quatre-vints huitiesme an de son aage, engrossa la fille de Salonius, son vassal, de laquelle il eut Caton, ayeul de celuy d'Utique ; de mesmes Cornelia, damoiselle romaine de la maison des Scipions, rapporta à Lucius Yolusius Saturninus, son mary, un fils, qui aussi fut nommé Yolusius Saturninus, le père ayant soixante deux ans passez. Je n'entreray point en plus ample preuve, d'autant que cela est assez coustumier et ordinaire entre nous que des bons vieillards engendrent.
— Yous ne dites pas (va. dire le S"^ Fulgence) si on ne leur preste point telle charité , et s'ils n'ont point des serviteurs du diable qui font plus qu'on ne leur commande, et s'emploient en une besoigne dont on ne leur sçait point de gré. Je ne
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nomme personne; si sçay je bi«n qu'il y a en plusieurs paroisses de France trop de millions de bons hommes qu'on nomme pères , et qui ne bu* rinerent onques l'ouvrage qui leur est attribué. N'estimez pas qu'à crédit je m'opiniastre pour ceste dispute. Je voy que les médecins et philosophes naturels , qui ont recerché les causes de la stérilité et incapacité à engendrer tant en l'homme qu'en la femme, entre autres ont remarqué que c'est ou parce qu'il n'y a plus d'ancre au cornet et d'huile en la lampe vitale, ou que les outils sont recreus et restifs :
Ou qu'ils soDt trop usez par le long exercice Qu'ils ont fait en faisant à leur maistre service : Ils sont désormais las, egrevez, épuisez; Ils n'ont plus de pouvoir, de volonté assez.
Que, s'il faut fureter plus curieusement les secrets de l'accouplement mutuel , qui rend leurs efforts tant inutiles et engendre tant de coups perdus, n'est ce pas que, lors que le grand coup se donne, la rencontre des deux ne se peut faire ? Car Tun est prompt et hasté , l'autre est lasche et paresseux , si bien que la paste en attendant s'evante , et, se refroidissant, perd sa force generative : au rappeau le vieillard est sourd, et n'en veut point manger. Si le rapport n'est entre les deux
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partis, estimez vous que le levain puisse enfler la paste ?
— Lavez vous hardiment les mains ( va dire le S*" Libanius) ; vous ne pouvez faillir, que ne les ayez engluées et empesées; vous vous y fourrez jusques au coude , et si ne touchez pas au fonds , car le broûillis que guignez des deux semences ne vient à propos. Cela auroit lieu s'il n'y avoit que les mariez qui engendrassent; mais tant de coups qui se donnent en robe, pensez vous qu'ils ne portent, pource que l'on ne demeure accroché long temps ? Moyennant que la poudre soit dans le canon, si elle est bonne elle n'a pas garde qu'elle ne prenne feu. Joint que ( comme tiennent nos naturalistes) virile sperma septem horis consistit; s'il y a de la recharge, l'alliage se pourra tousjours faire. Et, quant à la diversité des semences, que n'avez osé gueres esventer, elle est fort à mon advantage. Car, si ainsi est que la jeune femme soit en tout temps sous l'ardeur de la canicule, sans doute elle n'auroit pas garde d'engendrer, et seroient deux feux qui s'attiseroient l'un l'autre ; mais , quand le mary est modéré et attrempé, l'humeur fraische qu'il jette dans le fourneau est fort propre pour la refraischir. La chaleur est certainement nécessaire à la génération , mais elle ne peut suffire seule (je ne
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parle point du Phœnix), il faut les autres qualitez.
— Que dites vous, pauvre homme (respond le S*" Fulgence) ; je ne me puis tenir de rire quand je vous vois syllogiser si cruement. Voila une jeune effriquée, chaude tout ce qui se peut, fretillarde, éveillée, lascive, et du tout encline à Venus; pour appaiser la fureur de son feu , vous me luy donnez un vieil resveur, un crache en ruelle , un pauvre diable qui ne peut que à peine bander une fois le moys, et si il faut encores tant de bandages, des cérémonies encores plus. Elle desconfiroit le plus roide qu'on luy pourroit mettre en front : Hercules ne luy monteroit que bien peu , et vous la voudriez charger d'un pauvre vieillard qui ne se peut luy mesme remuer : c'est bien loin de la serrer. Tout ce que le bon hommas pourroit jetter dans la belouse luy monte autant que feroit un grain de mil en la gorge d'un asne , comme une goutte d'huile au milieu d'un grand feu, ou comme un peu d'humeur pour estancher la chaleur de quelque fièvre ardente.
— Vous parlez (dit le S^ Libanius) des femmes qui ont perdu toute honesteté , qui se lasseroient plustost au mestier que de s'y assouvir : ce sont gouffres et fondrières d'impudicité ; et si encores je treuve que celle qui a enîporté le pris entre toutes les putains qui onques furent au monde