‹ Œuvres du seigneur de CholièresChapitre 35 sur 41 · DE L*INEGAL1TÉ · texte numérisé non relu

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encores ne partisoit si fort qu'on diroit bien pour la génération des enfans [consensus enim, non concubitus nuptias facit), mais est seulement permis afin de subvenir à Tinfirmité humaine, ne urantur, Can. Nuptiarum 27. quxst. i, pour esteindre la chaleur et bruslement de nature. Pource la lignée est appellée le bien et non pas la cause du mariage, Can. Omne 27. quxst. 2 . C'est ce que S. Augustin nous enseigne en son traité Du Bien du vefvagej que autresfois le mariage a esté l'obéissance de la loy, mais à présent c'est le remède de l'infirmité, et à aucuns le soûlas de l'humanité. Et de fait Jean Wiclef fut condamné au concile de Constance, parce qu'il disoit que l'homme ne devoit pas habiter avec la femme, sinon pour avoir lignée. Encores donques qu'il n'y eut aucune espérance en un vieillard qu'il puisse avoir des enfans, vous ne devez pas conclurre que le mariage luy doit estre interdit avec une jeune femme : vous condamnez les chrestiens, qui le permettent, suivant la glose Can. Nuptiarum, cotté cy dessus. Ne pensez pas qu'ils ne soient fondez sur raison. Quintilien, en sa seconde Déclamation, nous en fournit : uxoriœ charitatis ardorem flagrantius frigidis concupimus affectibus. De fait, encores que (comme escrit S. Augustin au traité De Bono conjugii) en un mariage sur-anné l'ardeur de l'aage

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entre le masie et la femelle soit abbatue, toutesfois l'ardeur de la charité du mary et la femme est en force et vigueur.

— Ce sont ( respond le S^ Fulgence ) là des moyens qui vous semblent fort pregnans, S*" Libanius, mais je n'y trouve nés : car, quoy qu'on ne les vous debatit point, ce seroit, à vostre conte, mettre le vieillard à son aise pour alangourir la jeune pucelle. Vous dites que le mariage est institué pour prévenir la chaleur naturelle qui pourroit nous faire sursaillir à pis; afin que vostre argument soit concluant, il faut que le mariage ne soit estably que pour le mary, ne uratur, car, pour rafraischir un vieillard, qui de soy n'est que trop froid, vous voulez, au moins n'en faites difficulté, qu'une pauvre pucelle, qui est ensoulfrée d'un feu plus véhément que n'est le grégeois, haigne en son ardeur sous les os secs d'un vieil chenu. Ce n'est pas mal fait de souhaiter bien aux masles; mais, au détriment et géhenne des femmes, ifn'y apoint d'apparence. Prenez bien cecy, car je l'emploie pour l'autre membre de la division que j'avoie cy dessus fait des malheurs et inconveniens du mariage du suranné et de la trop tost mariée. Maintenant je vay reprendre ce que vous avez déduit pour monstrer que le mariage ne peut estre interdit au vieillard pour l'infirmité de son aage et in-

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capacité d'engendrer. Vous avez les Romains, qui formellement sont bandez contre vous, et tiennent que le mariage n'est ordonné que pour la création des enfans, L. Sed est quxsiturriy de Lib. et posth. L, Si serva in fi, de Ju. dot. L. Spadonum, de Verh. signif. Et, entre les chrestiens, encores que nous n'ayons point tant le mariage pour avoir lignée que pour estaindre la chaleur et ardeur qui est es personne^, si faut il que nous usions de ce remède de nostre imbécillité à quelque bonne fin, c'est à sçavoir pour avoir lignée, ainsi que dit S. Augustin au troisiesme livre contre Julien : de sorte que celuy qui a totalement perdu l'espérance de lignée ne se doit point marier, parce qu'aussi bien la compaignie de la femme ne luy peut servir d'aucun relaschement. Et de fait S. Augustin, au livre i5 contre Faustus, reprend les Manichéens de ce qu'ils vouloient user du mariage seulement pour le plaisir, evitans d'avoir des enfans. Je soustiens donc que le mariage est permis entre les chrestiens in solatium infirmitatis, modo tamen insit aliqua spes prolis, et par conséquent que les vieillards en doivent estre reculez, parce qu'ils ne sont assez roides pour pousser dehors la semence, ou, s'il y a de l'ejaculation, semen non est prolificum : ce ne sont que rosées fantastiques et imaginaires, ou bien ce sont eaux

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qui se verglassent, et ne fertilisent le champ. — Il faut que l'on parle à vous à ce coup (va dire le S'^ Libanius); vous voulez que les outils des vieillards soient sans force ny vigueur, qu'ils n'osent mettre le pied en l'escole de Venus ; s'il n'y avoit que Cupidon qui en-amoura, vous auriez quelque apparence, d'autant qu'il est fort jeune, et à peine un vieillard pourroit compatir sous les folies de ce jeune teste légère ; mais Venus a sa cour, elle y dresse et façonne tous les jours ceux qui ne sont autrement tenus pour apprentis. A elle quelquesfois s'adressent les vieillards, ausquels elle r' apprend encores le mestier, mesmes elle les contraint de se ranger à l'attelier. C'est la plainte que le poëte fait à Venus, qu'elle l'appelle au choc, encores qu'il y ait longtemps qu'il ne l'eut courtisée. Et Pline, au vingtdeuxiesme livre de son Histoire naturelle, chap. 22, remarque expressément, que l'herbe Scandix (qui est tenue par aucuns pour celle qu'on nomme pecten Veneris) a cela de singulier, qu'elle remet en nature ceux qui se sont essimez sur les femmes, mesmes qu'elle rend ceux qui sont desja sur l'aage gentils compaignons envers les dames. Si donques, ou par nature ou par art, les vieillards peuveat estre resveillez à la besoigne, vous leur faites tort de les chasser si loin des femmes. Ils sont hommes aussi

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bien que vous et moy, et ne pensez pas que Taage ait peu leur faire perdre Tenvie et force qui nous est naturelle de nous monstrer hommes. Que direz vous à l'advis de Diogenian, qui porte qu'il faut accointer une jeune fille avec un vieillard plustost qu'une vieille ? Il fonde son advis sur ce que la fille pourra raviver la chaleur du vieillard, et accomplir par ce moyen les effets de mariage.

— La response (dit le S' Fulgence) est toute preste par ce que nous trouvons au premier chapitre du troisiesme livre des Rois : là il est porté que le roy David devint vieil et avoit beaucoup d'aage, tellement qu'on le couvroitd'habillemens, et il n'eschauffoit point ; si luy dirent ses serviteurs : « Qu'on cerche à nostre sire le roy une jouvencelle vierge, laquelle se tienne devant le roy, et qu'elle l'entretienne et dorme en son sein, et qu'elle l'eschauffe. » Ce qui fut fait; et luy fut amenée Abisay Sunamite, belle tout ce qui se pouvoit, laquelle entretenoit le roy et luy servoit ; mais il est notamment cotté qu'il ne la cognent point. On suppose donc des jeunes pucelles aux vieillards seulement pour les eschauffer, non point poBr les repaistre de la qualité conjugale. Mais (à vostre advis) n'y a il point de conscience de tenir si fort longtemps en haleine une pauvre

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femme altérée exorbitamment, et la mettre auprès d'une fontaine où elle n'osera prendre de l'eau, d'une goulée où en deux passades elle l'auroit tarie ? On plaind celles recluses qui passent leur jeunesse sans la compaignie des hommes, d'autant qu'au travers de leurs Chartres Cupidon leur darde assez souvent des traits d'amour qui empraignent leur ame d'une amoureuse flamme.

J'en cognois qui jouent de terribles jeux, et jettent des souspirs de desespoir fort pitoyables; au moins leurs yeux ne voyent pas continuellement le feu qui les embrase, ce n'est qu'une imagination. Les poules de nos vieux chapons sont et jour et nuit sous l'aile chenue ; elles meurent de faim : elles ont la viande, mais c'est une chose si crue et de si peu de goust que, quand mesmes on leur en voudroit donner leur portion congrue, elles seroient bien faschées qu'une seule goutte fust entrée dans leur corps; elle les oflFenseroit plus qu'elle ne profBteroit ; pour tout potage ce seroit une goutte d'eau qu'on jetteroit sur un grand brasier qui renflammeroit d'avantage l'ardeur. Et c'est pourquoy les unes s'appellent vefves, quoy qu'elles ayent leurs maris auprès d'elles, mais autant vaudroit avoir pas rien que d'avoir un mary qui ne fait rien ; les autres se portent pour ennemies de leurs espoux, lesquels elles

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servent de groin, de chagrin et de reproches; les autres de despit enroolent leurs maris en la confrairie de la lune; les autres finalement, pour se detraper de si ennuyeux maistres, complotent leur mort, et les vous envoyant tout doucement au tombeau. Voila les beaux fruicts de l'inégalité du mariage : les maris sont en peine, les femmes languissent sous les tourmens, les uns et les autres sont mal contans.

— Messieurs, vous avez assez (vai je dire) pourmené ceste question ; si est ce qu'il faut que je vous voie encores escrimer un petit pour les vieilles, à sçavoir si un jeune homme doit tendre à une vieille.

— Quant à moy (va dire le S^ Libanius), je veus tousjours appareiller les partis au mariage, et trouve que les jeunes qui s'accrochent à des vieilles sont plus sots que les filles qui s'humilient aux vieillards. De fait, tel pense avoir trouvé la fève au gasteau espousant une bonne vefve avec beaucoup de biens, en fin il se trouve de S. pris avoir espousé

Une mauvaise bague, une rosse si molle,

Si froide qu'ell' le noyé et morfond s'il Taccofe.

Elle sera si froide que, s'il levé quelque chose en son terroir, voicy une lavasse d'eaux qui ravine

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