Confusion avec recoiirre (a. fr. res
cnAiniKi. m
qu'en moins de deux heures, il franchit par l'air le long chemin que avoit le celocc en extrême diligence par troys jours et troys nuyctz -•''
35 perfaict '*, voguant à rames et à vêles *^, et luy continuant vent en pouppe. Et feut veu entrant dedans le colombier on propre nid de ses petitz. Adoncqucs, entendent le preux Gargantua qu'il portoit la bandelette blanche, resta en joye et sceuretc du bon partement de son filz.
40 Telle estoit l'usance 2* des nobles Gargantua et Pantagruel, quand sçavoir promptement vouloient nouvelles de quelque chose fort affectée -' et véhémentement désirée, comme l'issue de quelque bataille, tant par mer, comme par terre, la prinze ou défense de quelque place forte, l'appoinctement de quelques diiferens de importance, l'accouche-
45 ment heureux ou infortuné de quelque royne ou grande dame, la mort ou convalescence de leurs amis et alliez malades, et ainsi des aultres. Hz prenoient le gozal et, par les postes ^*, le faisoient de main en main jusques sus les lieux porter, dont ilz aifectoient les nouvelles. Le gozal, portant bandelette noire ou blanche scelon les occurrences ^^
Ligne 33-54. G : qu' avoit — 1. 34. H, I : trois jours et trois nuict^ — G : nuift^i^ — 1. 35. D, E, F, H : perfaict-:^ ; I : parfaict^ ; G : perfaict — 1. 36. I : au propre — 1. 37. G : petits — I : entendant — 1. 58. I : seureté — 1. 41. H : novelhs — D, E, F, G : quelques chose ; H, I : quelque — ■ 1. 43. I : que par terre — I : prinse — H : dejfence ; I : deffense — 1. 44. G, I : d'importance — 1. 45. H, I : grand dame — 1. 46. I : amys — 1. 47. G, H, I : autres — I : Il prenoient — ■ 1. 49. I : selon
courre, cf. aller à la rescousse où la prononcia- VII, 88). R. peut avoir choisi recourir pour
tion de l'x devant le f est un archaïsme datant obtenir une rime riche avec secourir, cf.,
du xix" s., Thurot. II, 322) : « rattraper ce pour le procédé, Spitzer, Wortbildung,
qui a été pris ou enlevé, soit d'adresse, soit de p. 35 sq. La correction de H et de I : recou-
force » (Furctièrc), cf. « r^fO«rr< une brebis de vrir, cf. Vrol., n. 286, semble fautive :
la gueule du loup » (Dict. de l'Acad., 2^ éd.). recourir est plus juste et plus fort que recou
R. Estienne, 1549, ignore recourir en ce sens, irir. (M.)
mais Cotgrave le connait, Amyot l'emploie, 23. Cf. Introduction, ch. 11.
Rom., 9 (dans Lirtré, v° recousse) et Ménage 24. Cf. ch. i, n. 61.
prétend que c'est la forme régulière (ibid., 25. Voiles, latinisme, cf. 1. H, ch. VI, n. 1 16.
v* recourre). La confusion a été amenée par 26. Usage, cf. 1. I, ch. ix, n. 14.
le passage de courre à courir, forme ordi- 27. Désirée.
naire de R., et favorisée par le désordre qui 28. Courriers.
règne dans la conjugaison de ce verbe 29. Latinisme (offKr^nj'), récent (1547, dans
(Brunot, Histoire, III, 314, Godefroy, Dict., Vaganay, Kom. Forsch., XXXII).
f)G LE QUART LIVRE
50 et accidens ^"j les houstoit de pensement à son retour, faisant en une heure plus de chemin par l'air que n'avoient faict par terre trente postes en un jour naturel. Cela estoit rachapter et guaingner temps. Et croyez comme chose vraysemblable que, par les colombiers de leurs cassines ^^, on trouvoit sus œufz ou petitz, tous les moys et saisons de l'an, les
55 pigeons à foizon^-. Ce que est facile en mesnagerie ^*, moyennant le salpêtre en roche ^■' et la sacre ^^ herbe vervaine ^^.
Le gozal lasché, Pantagruel leugt les missives de son père Gargantua des quelles la teneur ensuyt :
« FiLZ TRESCHER, l'affection que naturellement porte le père à son
60 fîlz bien aymé est en mon endroict tant acreue, par l'esguard et révérence
des grâces particulières en toy par élection ^' divine posées, que depuys
ton parlement me a, non une foys, tollu ^^ tout aultre pensement ; me
Ligne 50. I : ostoit — 1. 5 2. I : ungjour — G : gaingner ; H : guaigner ; I : gaigner — 1. 55. F : columhiers — • I : leur cassines — 1. 54. H, I : mois — 1. 55. H, I -.foyson — 1. 56. I : sacrée — 1. 57- I : leut — 1. 58. D, E, G : ensujr ; F : ensuyt ; H, I : ensuit — 1. 60. H : bien aimé — I : esgard — ■ 1. 61. G : per élection — -G, I : depuis — 1. 62. H, I : département — G, I : m'a — G, H, I : une fois — G, I : autre
30. Evénements (heureux ou malheu- allusion vague de Pline (X, 52), mais O. reux), cf. ch. iv, 1. 12, sens ancien, encore de Serres {Théâtre d'agriculture, lieu V, vivant au xvi^ s. (Furetière). ch. 8) conseille de mettre dans le colom-
31. Fermes, cf. VroL, n. 271. hier « quelques grains de gros sel ». (D.)
32. Allusion à la fécondité des pigeons : 35- Cf. ProL, n. 8.
cf Pline, X, 53, Varron, De re rust., VIII, 7, 36. Soit Verbena supina, L., soit V. offici-
O. de Serres, Théâtre d'agric, V, 9. (D.) nalis, L., var. prostrata, Gr. et God., la pre-
33. Il est douteux que R. donne à ce mot mière surtout du bassin méditerranéen. — un sens concret : colombier, basse-cour, etc.. C'est une des 36 herbes magiques (34^ déle mot est, en effet, employé pour la pre- can) du Livre d'Hermès Trismégiste; mière fois en fr., 1. III, ch. 11, 1. 60, pour dédiée à Vénus. Ni Dioscoride ni Pline ne traduire De re rustica (de Caton), il signifie mentionnent ses vertus prolifiques chez les donc, comme mesnage dont il dérive, écono- pigeons. Garrigues se demande si Rabelais mie domestique, spécialement rurale, cf. ne parle pas ici par antiphrase, car selon Huguet, Evolution, p. 302. (M.) Savonarole, « Verbena menducata non per-
34. Il s'agit ici du sel gemme (Chlorure mittit per septem dies coïtum. » (Garrigues, de Sodium naturel), dont les pigeons sont Les quinze secrets de la botanique de Rabelais, friands, et non du salpêtre (Nitrate de Po- Vannes, Lafolye, 1924, p. 13). (D.) tassium). Les anciens ne parlent pas de ce 37. Choix, cf. Huguet, Evolution, p. 33. procédé eugénique en aviculture, sauf une 38. Ravi. cf. 1. I, ch. 11, n. 41.
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délaissant '» on cueur ceste unicquc et soingneuse paour que vostre embarquement ayt esté de quelque meshaing '" ou faschcrie acom-
65 paigné : comme tu sçays que à la bonne et syncere amour est craincte perpétuellement annexée". Et pource que, scelon le dict de Hésiode, d'une chascune chose le commencement est la moytié du tout '-, et, scelon le proverbe commun, à l'enfourner on faict les pains cornuz *^, j'ay, pour de telle anxiété vuider mon entendement, expressément depes-
70 ché Malicorne, à ce que par luy je soys acertainé ^' de ton portement
sus les premiers jours de ton voyage. Car, s'il est prospère et tel que je
le soubhayte, facile me sera preveoir, prognosticquer et juger du reste.
« J'ay recouvert *^' quelques livres joyeulx, lesquelz te seront par
le présent porteur renduz. Tu les liras, quand te vouldras refraischir **
75 de tes meilleures estudes. Ledict porteur te dira plus amplement toutes nouvelles de ceste court. La paix de 1'. 'Eternel soyt avecques toy. Salue Panurge, frère Jan, Epistemon, Xenomanes, Gymnaste et aultres tes domesticques, mes bons amis. De ta maison paternelle, ce trezieme de juin.
80 « Ton père et amy,