‹ Œuvres. Éd. critique publiéeChapitre 125 sur 258 · ii/i2« du pied, donc 0,297 m · texte numérisé non relu

ii/i2« du pied, donc 0,297 m

18. « De tempestc ni d'orage Ne reçoit cil perte ne mal Qui sor li porte le coral. »

{Lapidaire de Berne, v. 802-804.) « Le corail est admirable contre les tempêtes et les périls qu'on court sur les eaux », disent les Secrets admirables du Grand Albert. Peut-être Rabelais a-t-il voulu faire ici vine allusion obscène : « Ma branche de coural », dit une des gouvernantes de Gargantua, cf. 1. I, ch. XI, 1. 55. (D.)

19. Premier cadeau à titre d'heureux présage. Conformément à l'étymologie, lat.

strena : bon présage, estrene signifie premier usage d'une chose, spécialement première vente de la journée, puis, souvent, présent en général (cf. Godefroy, Dict., lU, 650, IX, 566), mais déjà le sens moderne : présent du premier de l'an, est de beaucoup le plus usuel, cf. un texte de Pasquier, Rech., IV, 9, dans Godefroy, IX, 566; Huguet, Dict., n'a plus qu'un ex. du sens général.

IIO

Qu'en as tu à faire ? Dequoy te meslez tu ? Qui es tu ? Dont es tu ? O lunettier ^^ de l'Antichrist, responds si tu es de Dieu.

— Je te demande, dist Panurge, si par consentement ^^ et conve- 40 nence ^' de tous les elemens, j'avoys sacsacbezevezinemassé -^ ta

Ligne 37. A, B, C, H, 1 : affaire — A, B, C, H, I : mes/es fu — A, B, C : d'où es tu — 1. 58. A, B, C : lunetier — F : Anticrihst ; H, I : Antéchrist — A, B, C : respons — I. 39-42. A, B, C : si par le consentement de tous les Elemens j'avoye biscoté ta femme de mode que — 1. 39-40. H, I : convenance — 1. 40. H, I -.j'avais

Esfrener, par contre, garde couramment le sens de faire un cadeau. (M.)

20. Porteur de lunettes, comme 1. 50, et non pas « fabricant de lunettes de l'Antéchrist », comme le croit plaisamment Godefroy. Die/., X, loo; cf. aussi Spitzcr, W^or/bitdung, p. 99. Antichrist est un terme d'exécration, cf. 1. III, ch. XXV, 1. 141, comparer ici 1. 47, comme, à l'inverse. Dieu est un terme d'excellence, cf. ch. x, n. 54. l^unetier est humoristiquement formé par R.

comme belinier, 1. 47, lanternier, 1. 15, moutonier, ch. viii, 1. 40, ou comme, poétiquement, par Ronsard, bocager et ramager (Mellerio, l^exique de Ronsard) ou, par ses contemporains, bledier (de blé, cf. Huguet, Dict.), escumier, épith. de Vénus, {ibid.), dans lesquels -ier n'indique pas l'agent. Lunetier au sens de fabricant n'apparaît que dans le Statut des Miroitiers de 1581, Lespinassc. Métiers, II, 722. (M.)

21. Accord physique, sens technique, cf Paré : « A fin que l'autre œil par consentement ne souffre », dans Huguet, Dict. et J. Alfonce, \'qyages aventureux, 1559, fol. 5 v" : « Le tremblement de la terre n'est autre chose sinon le consentement d'aucuns des pôles, pour raison des grandes vapeurs, et pour la disposition des hyvers : et quand un polc consent et l'autre tire à luy, quand celuy qui ha consenti vient à retirer, il l'ha faict trembler plus en un costé qu'en l'autre. » (M.)

22. Accord, le mot a ici un sens technique : il y a, dit Fine, Sphère, 1552, p. 2, texte et fig., « convenance » entre certains éléments et les qualités qui leur sont communes : ainsi entre le feu et l'air par la chaleur, entre l'air et l'eau par l'humidité, entre l'eau et la terre par la « froidure ». (M.)

23. Composé, d'après Sainéan, II, 3x1, de sac (redoublé) dérivé lui-même de saquer (cf. saccade, au sens libre, 1. I, ch. XLV, 1. 69), du vieux mot bouline : trompette, du dialectal veiZ' ■' cornemuse et de masser : pétrir avec les mains; mais, plus vraisemblablement, de saquer précédé d'un redoublement expressif de la première syllabe ; de be:^e et de résine, dérivés de be^^er : « dict des vaches fuyant la mousche faisant tel bruit » (Estienne, 1549), du franc, bison : « courir çà et la », cf. be^iner, dans l'Ouest, veser, vesonner, Norm., puis dans un sens erotique, comparer : be^eux, débauché (Bas-Maine), et saint Be^et, patron des prostituées {Ane. Théâtre fr., II, 415), vezon : prostituée (Limousin), cf. Sainéan, Sources indigènes, 1, 418; Wartburg, Fran^. Etym. Wôrterb, 1, 380; quant à masser, le sens donné par S. « massage » à l'inconvénient d'être un néologisme du xviii* s. (1779). L'a. fr. disait tastonner, qui a disparu avec l'usage lui-même au xv^ s., semble-t-il,; au xvi* s. on ne faisait plus que s'essuyer : frotter, 1. I, ch. xxiii, n. 33. Le moderne masser est rattaché à l'arabe mas, l'usage venant alors

CHAPITRi: V III

tant belle, tant advenente, tant honeste, tant preude femme, de mode que le roydde dieu des jardins -* Priapus, lequel icy habite en liberté, subjection forcluse '^'^ de braguettes attachées, luy fcust on corps demeuré, en tel desastre -•* que jamais n'en sortiroit, éternellement y

45 resteroit, sinon que tu le tirasse -' avecques les dens, que feroys tu ? Le laisseroys tu là scmpiternellement ? ou bien le tircrovs tu à belles dents ? Responds, ô belinier -•* de Mahumet, puys que tu es de tous les diables.

— Je te donneroys, respondit le marchant, un coup d'espée sus ccste

50 aureille lunetiere, et te tueroys comme un bélier. » Ce disant desguainnoit son espée. Mais elle tenoit au fourreau, comme vous sçavez que,

Ligne 41. H, I : advenante — H, 1 : honneste — G : prude — 1. 42. A, B, C : roide

— \ : le roy de Dieu — A, B, C : qui icy — 1. 43-44. A, B, C -.forcluse toute subjection de braguettes, luy fust ou corps demouré (B : demonré) — 1. 43. I : a// corps — 1. 44. B -.jamis

— 1. 44-45. A, B, C : éternellement y seroit — 1. 45. A, B, C, H, I : tirasses — A, B, C : avec — A, B, C : dents — A, B, C, G : ferais — 1. 46. A, B, C, G, H, I : laisserais — A, B, C : l'en tirerais — G, H, I : tirerais — 1. 47. A, B, C : dens — A, B, C : respons — A, B, C : braguetier de Mahumet — A, B, C, G : puis que — 1. 49. A, B, C : donneroye ; G, H, I : donnerais — A, B, C : sur ceste — 1. 50. I : lunettiere — ■ A, B, C : tueroye ; G : tuerais — I : ung bellier — A, B, C : desgaignait

d'Orient ; Sainéan, ib., p. 447, veut le faire 27. Bien que s soit considérée comme la

venir du lat. massa : pâte, esp. masa, masar : marque même de la seconde personne —

pétrir; mais massa a donné en fr. masse qui l'éd. H la rétablit — comme elle est amuic

a perdu complètement le sens de pâte et à la pause et devant consonne, les formes

masser n'a jamais signifié que : « disposer sans s sont tout à fait communes (cf. Bru-

par masse ». Il vaut donc mieux ici rattacher not. Histoire, II, 527 et Fouché, Verbe,

OTaxj^r au roa/j-/> .•« rendre massif, bourrer », p. 184-185). Comparer ici ch. vu, 1. 69,

attesté par Cotgrave (Godefroy, Dict., V, xvii, 1. 69, etc. (M.)

196), comparer, 1. II, ch. xv, 1. 135, em- 28. Berger, formé sur belin, cf. VroL,

bourrer. Sur la valeur stylistique cf. Spitzcr, n. 519, le mot est forgé par R. pour répondre

Wortbildung, p. 105. (M.) à lunetier — remarquer la leçon de 1548 :

24. Même expression, 1. III, ch. xxvil, braguetier — (Huguet et Godefroy citent 1. 37. un ex. de Brantôme qui doit être un sou-

25. Exclue, réfection récente du part. venir de R.), les dérivés de belin ont soupassé forclos sous l'influence de exclus; vent, chez R, le sens de débauché, cf. l'expression parodie le jargon juridique. 1. III, ch. xii, 1. 55 sq.; la nuance de « sot » (M.) parait préférable ici comme au Prol., Sai-

Page 1