‹ Œuvres. Éd. critique publiéeChapitre 134 sur 258 · CHAPITRE VI · texte numérisé non relu

CHAPITRE VI

Pan. Voire".

Le March. Fourchez là^^. Ha, ha, vous allez venir le monde, vous

45 estez le joyeulx du Roy, vous avez nom Robin mouton. Voyez ce

mouton là, il a nom Robin, comme vous. Robin, Robin, Robin !

— Bês, bês, bês, bês ! — O la belle voi.x ! Pan. Bien belle et harmonieuse.

Le March. Voicy un pact 2° qui sera entre vous et moy, nostre 50 voisin et amy. Vous qui estez Robin mouton, serez en ceste couppe de balance, le mien mouton Robin sera en l'aultre : je guaige un cent de huytres de Busch 2* que, en poix, en valleur, en estimation, il vous emportera hault et court, en pareille forme que serez quelque jour suspendu et pendu.

55 — Patience, dist Panurge. Mais vous feriez beaucoup pour moy et pour vostre postérité, si me le vouliez vendre, ou quelque aultre du bas cueur ^'' . Je vous en prie, syre monsieur ^*.

Ligne 50. I : voysin — H, I : estes — 1. 5 1. G, I : l'autre — I : gaige — 1. 52. H, I : Buse — 1. 56. D, E, F, H : si ne le vouliez vendre ; G : si me le ; \ : si me roulie-':^

— 1. 56. G, H, I : autre — 1. 57. G, H, I : cœur — H, I : sire

VII, 96) de « CCS Robins de Court qui qui est déjà usuel, cf. Grcvin, Esbahis,

veulent tout corriger ». C'est en jouant VioUet-le-Duc, Ancien Théâtre fr., IV,

sur ce sens de Roi/« que D. appelle Panurge p. 330. Est-ce un jeu de mots sxit fourcher

« le joyeulx du Roi ». (M.) au sens de « pendre », cf. 1. 55-54 ? (M.)

25. Vraiment, cf. 1. I, ch. v, n. 5. Le 25. Pacte, forme ancienne du mot encore

Duchat et Hculhard, Rabe/ais, 2" éd., en usage au xvii* s. (Furetière), R. a pacte,

p. 252, ont vu ici une parodie du Caté- 1. I, ch. xxxi, 1. 30.

chisme français de Calvin, dans lequel, aux 26. De la Teste-de-Buch (bassin d'Ar-

questions du « Ministre », 1' « Enfant » cachon); ces huîtres, déjà vantées par le

répond docilement : « Voire... »; mais Le grave historien De Thou, sont encore

Duchat et Heulhard, pour donner de la renommées. (D.)

force à leur argumentation, ont abusive- 27. Du bas chœur : « Le bas chœur d'un ment tronqué le texte de Calvin, et groupé chapitre, ce sont les chantres et les chapedans une seule page des répliques qui se lains » (Furetière, v° bas). « Dans les chatrouvent, dans l'éd. 1549, p. 3-5, p. 16, pitres ont appelle le O^îwr, les chanoines et p. 18, au milieu d'une foule d'autres repli- les dignitez, dans lequel ne sont point comques différentes; le rapprochement est donc pris les Chantres, les Chapelains, quoy qu'ils faUacicux. Cf. R. Marichal, dans TâluSes soient prestres et que ce soient eux qui sous- Rabetaisiennes (M.) tiennent le chant du ClMur » {ib., \° chaur).

24. L'expression ne se retrouve nulle C'est donc la belle voix de Robin qui

part. Elle est l'équivalent de « Touchez là », appelle la plaisanterie, autant que le sens de

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— Nostre amy, respondit le marchant, mon voisin, de la toison de

ces moutons seront faictz les fins draps de Rouen; les louschetz ^^ des

60 balles de Limestre 3", au pris d'elle, ne sont que bourre. De la peau seront

faictz les beaulx marroquins ^^, lesquelz on vendra pour marroquins

Turquins ^^, ou de Montelimart ^^, ou de Hespaigne pour le pire. Des

Ligne 5 8. A, B, C : mon amy, respond (C : respondit) le marchant — A, B, C : voysin — 1. 59. A, C -.faicts — C : lousche-:^ — 1. 60. I : prix — 1. 61. A, B, C, H, 1 : beaux — ■ 1. 62. A, B, C : Montelimar — ■ A, B, C : d'Hespaigne ;1 : de Hspaigte

« qualité inférieure » que les commentateurs lui attribuent habituellement. L'expression semble propre à R. (Huguet, Dict., ni les autres lexiques n'en connaissent d'autre es.). La graphie cueur est usuelle, Oudin (1606) l'écrit encore ainsi tout en notant : « semble qu'il vienne de chorus et qu'il se doit escrire chœur ». (M.)

28. « Sire c'est un tiltre qui se donne à la plus eslevéc personne de nostre estât, qui est le Roy, et se donne aussi au vulgaire, comme aux marchans, et ne touche point ceux d'entre deux. » (Montaigne, Essais, I, Liv, éd. Plattard, II, p. 238). mais, dans ce cas, sire ne se met que devant un prénom : « Sire Pierre, sire Fiacre » (Du Fail, Eutrapel, II, 125), et jamais, naturellement, devant monsieur qui « appartient privativement à la seule Noblesse ou Juges Royaux » {ibid.). Seulement Panurge ne sait pas le prénom de Dindenault ! Sur l'orthographe de Syre, cf. 1. I, ch. xxxiii, n. 5. Ronsard en 1550 blâme « cet épouvantable crochet d'y » dans ce mot (éd. Laumonier-Lemerre, VII, 9). (M.)

29. Echeveaux, forme picarde de l'a. fr. luissei, louche!, plur. louseaus, luissiau, donc picard *loiichiaus mais qui a pu aussi, refait sur le singulier, donner louches, lat. globuscellum (Thomas, A., Mélanges d'Etym. fr., 1902, p. 90). Le mot n'a pas été compris 1. II, ch. XII, n. 16; Sainéan, II, 226. (M.)

30. La qualité la plus fine des draps de Rouen. C'est peut-être l'espagnol limiste.

d'origine inconnue (Sainéan, II, 226); Ménage dit qu'on prétend « que les serges de Limestre ont été ainsi appeUées du nom de celui qui en a fait le premier : ce qui est dit sans preuve », c'est à l'époque un calembour, les textes du xvi^ s. écrivent, en effet, « drap de H mestre », c'est-à-dire drap « du maistre » en « vieil langage françois » (cf. Y'rol., n. 44), cf. R. Marichal, dans Études Rabelaisiennes (M.). — Il pourrait bien s'agir, à l'origine, de drap de Eeomiuster, voir V. L. Saulnier, ibid. (S.)

31. Peaux du Maroc — de Maroco, Marrakech — : le i^' ex. qu'on en connaisse est de 1493 (Lcspinasse, Métiers et corp. de la Ville de Paris, III, 389). Dindenault « bluffe » d'ailleurs effrontément car le maroquin est une peau de bouc ou de chèvre. (M.)

32. Maroquins de Levant, cf. BeUeforest, Cosmographie, 1575, II, 636, dans Gay, Glossaire arch. : « Les Turcs mangent plus que d'autre viande d'un bouc chastré, et c'est d'où nous vierment ces bons Marroquins de Turquie », plutôt que maroquins « bleus », sens de turquin à l'époque (cf. Godefroy, Dict., X, 819), de l'ital. turcijino, qui rappeUe les Maroquins de Barbarie ou maroquins noirs (Furetière) du xvii^ s., mais qui ne peut s'appliquer au xvi^ aux maroquins de Turquie qui sont de toutes couleurs (cf. Gay, ibid.). (M.)

33. Chef-1. d'arr., Drôme; ses maroquins sont en réputation vers 1535, mais leur renom semble ne pas survivre aux guerres

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