‹ Œuvres. Éd. critique publiéeChapitre 138 sur 258 · CHAPITRE VII · texte numérisé non relu

CHAPITRE VII

extraictz de la propre race de celluy qui porta Phrixus et Hellé par la mer dicte Hellesponte ''.

— Cancre" ! dist Panurge, vous estez clericus vel adiscens"^ .

15 — Ita sont choux, respondit le marchant, vere ce sont pourreaux*. Mais rr. rrr. rrrr. rrrrr. Ho Robin rr. rrrrrrr. Vous n'entendez ce languaige.

« A propous. Par tous les champs es quelz ilz pissent, le bled y provient comme si Dieu y cust pissé ". Il n'y fault aultre marne ne fumier '".

20 Plus y a. De leur urine les Quintessentiaux ^^ tirent le meilleur salpêtre du monde i^. De leurs crottes (mais qu'il ne vous desplaise) les medicins

Ligne 12. A, B, C : qui porta Hellé — 1. 13-18. A, B, C : Hellesponte. Par tous les champs — 1. 14. H, I : estes — 1. 15. H, I : chouo^ — H, I : porreaux — 1. 17. I : langaige — 1. 18. I : propos — D, E, F, G : /'/ pissent ; A, B, C, H, I : /7;j — 1. 19. H : faut — A, B, C, G, H, I : autre — 1. 20. A, B, C : Quinte s sentiaulx — A, B, C : salpestre — 1. 2 1 . A, B, C, I : médecins

5. Phryxos et sa sœur Hcllc, fuyant les coups de leur marâtre Ino, seconde femme de leur père Athamas, s'enfuirent sur le dos d'un bélier grâce auquel ils passèrent le détroit nommé désormais l'HcUcspont, parce qu'Hellé s'y noya. Phryxos aboutit en Colchide, où il sacrifia le bélier à Ares : la toison de l'animal devint la « Toison d'or ». Voir notamment Ovide, Fastes, III, 851-876. (S.)

6. Ellipse pour « te vienne le chancre I », imitation du juron italien te venga'l cancaro (H. Estienne, Apol. pour Hérodote, II, p. 48), Sainéan, I, 145.

7. Clerc ou étudiant, addiscens : étudiant, apprenti (Du Cange).

8. Ita : oui, vere : vraiment, mots très usuels dans le latin parlé. La traduction de ita par cboiix est un calembour entre chou (caulis) et c/joii, forme picarde et septentrionale de ce, qui est, 1. V, ch. vi : « Chou ! Ils s'en repentiront dondaine ! » (éd. Marty- Laveaux, III, p. 27), une affirmation renforcée; vere : pourreaux est un à-peu près

fondé sur l'association d'idées entre choux et poireaux, cf. I. I, ch. xi, 1. 28-29, ^t l'homophonie approximative entre vere et porée, forme ancienne usuelle de poireau. C'est probablement une plaisanterie scolaire.

9. « C'est une manière de parler vulgaire en Paris, et par toute France, entre les simples gens, qui estiment tous les lieux avoir eu particulière bénédiction esquelz Nostre Seigneur avoir fait excrétion de urine ou autre excrément naturel, comme de la salive est escript Joannis, 9 : Lutum fecit ex sputo », Br. Déclar.

10. Pline (XVII, 4), parle longuement de l'amendement des terres par le mamage, et O. de Serres {Théâtre d'agriculture, lieu II, ch. 3) reconnaît à la marne « grande vertu engraissante. » (D.)

1 1 . Ceux qui recherchent la quintessence : alchimistes, spagyristcs. (D.)

12. On tirait le salpêtre de la terre d'étable; de l'urine ayant croupi sur la terre; de vieux plâtras (Lémery). (D.)

de nos pays guérissent soixante et dix huict espèces de maladies ". La moindre des quelles est le mal Sainct Eutrope de Xaintes ", dont Dieu nous saulve et guard ^^ ! Que pensez vous, nostre voisin, mon 25 amy ? Aussi me coustent ilz bon.

— Couste et vaille ^^, respondit Panurge. Seulement vendez m'en un, le payant bien.

— Nostre amy, dist le marchant, mon voisin, considérez un peu les merveilles de nature consistans en ces animaulx que voyez, voire en

30 un membre ^' que estimeriez inutile. Prenez moy ces cornes là, et les concassez un peu avecques un pilon de fer, ou avecques un landier, ce m'est tout un. Puis les enterrez en veue du soleil la part que ^^ vouldrez, et souvent les arrouzez. En peu de moys vous en voirez naistre les meilleurs asperges du monde ^^. Je n'en daignerois excepter ceulx de

Ligne 22. A, B, C : noz — A, B, C : dixiuit — D, E, F, G, H : ma/adie ; A, B, C, I :

maladies — 1. 23. A, B, C : Xainctes ; H : Xantes — 1. 24. H : saute — A, B, C, I :

gard — A, B, C, I : roysin — 1. 26-5 5. A, B, C : Couste et vaille... constippe^ du ventre manque — 1. 30. I : ung — I : inutille — 1. 31. H, I : pillon — 1. 33. H, I : arrousev^ — H, I : mois — H : voirre^ — 1. 3 3-34. H, I : meilleures — 1. 34. H : ceux

13. Allusion plaisante à la médecine stcr- Comparer ces déclarations orthodoxes au coraire ou coprothérapie. Pour ne parler 1. I, ch. XLV, 1. 39 sq. R. chante la palinodie, que du sterciis ovillum, cf. Galien, De sim- Sincèrement ? Est-ce pour plaire à la Sorplicium medic. facult., lib. X, ch. 24, et Dios- bonne ou pour faire endéver Calvin ? (M.), coride. De medica materia, avec corrmi. de — Par jeu de mots et assonance, on attri- Matthiole, Lyon, 1562, in-4°, 1. II, ch. 73, huait à St Eutrope le pouvoir de guérir p. 265. — P. Belon guérit une juive de les hydropiques : on l'invoquait à cet effet Salonique en « luy mettant des crottes de à la Collégiale S' Mexme de Chinon contre chèvre ardantes... à la racine du poulcc. » « l'eau en trope » (J. Rougé, Folklore de la (Obs., p. 415). Les vertus de la fiente de Touraine, Tours, Arrault, 1931, p. 221). On brebis sont encore vantées par Arnaud de le prie encore à même intention dans le NobleviUe et Salerne, dans Suite de la Alatière Quercy (Gigeac, Souillac, Salviac). Il guémédicale de M. Geoffroy, t. XVI, Paris, 1757, rissait aussi les estropiés (La Fount Sent in-i2, p. 122. (D.) Eutropi en Limousin). (D.)

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