‹ Œuvres. Éd. critique publiéeChapitre 142 sur 258 · CHAPITRE VII · texte numérisé non relu

CHAPITRE VII

— Bren, bren 3", dist le patron de la nauf au marchant, c'est trop icy barguigné. Vends luy si tu veulx; si tu ne veulx, ne l'amuse plus.

— Je le veulx, respondit le marchant, pour l'amour de vous. Mais il en payera trois livres tournois de la pièce en choisissant.

60 — C'est beaucoup, dist Panurge. En nos pays j'en auroys bien cinq, voire six pour telle somme de deniers. Advisez que ne soit trop. Vous n'estez le premier de ma congnoissance qui, trop toust voulent riche devenir et parvenir, est à l'envers tombé en paouvreté, voire quelque foys s'est rompu le coul.

65 — Tes fortes fiebvres quartaines ''*', dist le marchant, lourdault sot que tu es ! Par le digne veu de Charrous *^ ! le moindre de ces moutons vault quatre foys plus que le meilleur de ceulx que jadis les Coraxiens en Tuditanie, contrée d'Hespaigne *-, vendoient un talent d'or la pièce.

Ligne 56. A, B, C : marchand — 1. 57. H : barguiné — I : venâ^ — C : tu veux

— A, B, C, H : ne veux — A, B, C : amuses — 1. 58. C, H : je le veux — A, B, C : marchand — 1. 59. C : paiera ; H : paira — I : fournqys — A, B, C, I : choysissant — 1. 60. A, B, C : no pays ; I : not^ — A, B, C : auroje ; G, H, I : aurais — 1. 61. A, C : vqyre — 1. 62. A, B, C, H, I : estes — A, B, C, H, I : tost — A, B, C, I : voulant

— 1. 63-72. A, B, C : est à l'envers tombé, voire quelques fois (B : quelque) rompu le col. Bien tene^, voje^ vostre argent — 1. 63. G : paovreté ; H, I : povreté — 1. 64. H, I : fois — \: col — 1. 67. H : ceux — 1. 68. F : Tutidanie — H, I : Espaigne — I : ung

comme laxatif, à la pâture des jeunes chiens. la peau qui lui fut coupée à la circoncision », J. du Fouilloux (Vénerie, Poitiers, Mamef, Calvin, Traité des reliques, éd. Autin, 1921, 1 561, in-4°, fol. 85 t") fait encore entrer une p. ici; cette relique s'appelait traditiondrachme de soufre dans une recette « pour nellement le « Saint- Vœu » (Abbaye de les chiens qui ont des vers dedans le corps ». Saint-Sauveur, Charroux, son abbaye, ses (D.) reliques, Paris, 1898, in-i6, p. 35). Cf.

39. Cf. ch. X, n. 32. Clouzot, R. E. R., Il, 151 et Saintyves, P.,

40. Imprécation. La fièvre quarte, due L^s reliques et images légendaires, Paris, 1912, à l'infection malarienne, est caractérisée p. 179 sq. (M.)

par des accès revenant tous les trois jours, 42. Coraxitns : peuple de la Colchide.

avec deux jours intermédiaires d'apyrexie. Turdétanie : autre nom de la Bctique (sud

Elle est particulièrement rebelle; d'où de l'Espagne), cf. Budé, De Asse, IV, éd.

l'invective : « Quartana te teneat ! ». Cf. de 1 5 24, fol. 90 : « Turdetania, quae et

1. I, ch. XXXIX, n. 42. (D.) Baetica dicitur ». — L'allusion aux moutons

41. L'abbaye de Charroux, cant. et arr. vient de Strabon, III, vraisemblablement de Civray (\'icnne) se vantait « d'avoir le (Delaruclle, R. H. L. F., 1904) par l'interprépuce [de Notre Seigneur], c'est-à-dire médiaire de Budé (ibid., fol. 91) : « Unum

Et que pense tu, ô sot à la grande paye *^, que valoit un talent d'or ? ** 7° — Benoist ^^ monsieur, dist Panurge, vous eschaufFez en vostre

harnois **, à ce que je voy et congnois. Bien tenez, voyez là vostre

argent. »

Panurge, ayant payé le marchant, choisit de tout le trouppeau un

beau et grand mouton, et le emportoit crj^ant et bellant, oyans tous les 75 aultres et ensemblement bellans et reguardans quelle part on menoit

leur compaignon. Ce pendent le marchant disoit à ses moutonniers *'' :

« O qu'il a bien sceu choisir, le challant ! Il se y entend, le paillard !

Vrayement, le bon vrayement, je le reservoys pour le seigneur de Can-

cale **, comme bien congnoissant son naturel. Car, de sa nature, il est

Ligne 69. H, I -.penses — 1. 75. A, B, C, H : marchand — A, B, C : choysit — A, B, C, H, I : troupeau — 1. 74. A, B, C : l'emportait — A, B, C, H, I : criant — A, B, C : bellant, voyons et qyans — 1 : ayants — 1. 75. A, B, C, G : autres — • H, I : autres ensemblement — • A, B, C, I : regardons — 1. 76. A, B, C, H, I : ce pendant — ■ A, B : marchand ; C : matchand — 1- 77- A, B, C : qu'il ha — A, B, C : chqysir — A, B, C : chalant — A, B, C, G, H, I : s'y entend — 1. 78. I : vrayment — H, I : /f bon vrayment — A, B, C : reservqye ; H, I : réservais — I. 78-79. A, B, C : Candale

ctiam addam ex eodem Strabonc, qui de Le talent d'or vaut, selon lui, 6.750 écus

Baetica loquens -oXJ o\ xal èT6f,î TpoTêpov • (Jb., fol. xcn i), ce qui ferait plus de 12.000 li-

vjv 3È ëpia [lâXXov -jôjv Xopa^tûv. Ka". vres ! l'écu valant 36 s. 3 d. t. (cf. 1. I,

ûitep6oXT| l'.c i'rz'- "O'J xiXXoo; ■ TiXav-aiouî ch. lui, n. 5). L'idée d'un talent d'or a pu

voOv tùvoùvTai Toù; xp'.où; e!; -zk^ o/ïîaî. être suggéré à R. par la suite du même pas-

Multa autem vestis antea inde veniebat. Nunc sage du De Asse où Budé traite de la

autem lanae magis quam a Coraxis, pulchri- hausse de l'or à l'époque de Strabon, à

tudine eximia. Siquidem propter bac arietes moins que ce ne soit encore une bêtise qu'il

talentari precio emuntur ad admissuram. Coraxi prête à Dindenault ! (M.) autem populi sunt Colchorum. (...) Talen- 45. Cf. Pro/., n. 35.

tum sexcentis aureis aestimamus. » (S.) 46. Expression empruntée au vocabu-

43. « Les hautes paies sont des bas laire de la chevalerie : « Sire clerc, il semble Officiers qui ont plus de paie que les autres, que vous vous veuillez aulcunement courcomme les Sous-Brigadiers, Sergens, Capo- roucer et en vostre harnois eschauflfer » raux, Anspessades. » (Furetière). {Songe du Vergier dans Sainéan, \, 421). —

44. Strabon ne précise pas s'il s'agit Harnois, cf. ch. v, n. 29.

de talents d'or ou de talents d'argent ; Budé 47. Bergers, le mot se rencontre en dehors

en estimant le talent à 600 aurei — c'est- de R. et en Suisse (Godefroy, Dict., V, 432).

à-dire 600 écus soleil (coronati). De Asse, 48. Camale, chef-1. de cant., arr. de Saint-

éd. Vascosan, 1541, fol. Lvii i, — Tinter- Malo. Le seigneur de Cancale est, en 1552,

prête comme un talent d'argent (Jbid.). Jean de Rieux, seigneur de Chateauneuf.

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