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PROLOGUE DE L'AUTHEUR

M. Franfois Rabelais pour le quatrième livre des jaicts et dicts héroïques de Pantagruel.

AUX LECTEURS BENEVOLES i

5 Gens de bien. Dieu vous saulve et guard ^ ! Où este^ vous ? Je ne vous peu^ veoir. Attende^ que je chausse mes lunettes^.

Ha, ha ! Bien et beau s'en va Quaresme'^, je vous voj. Et doncques?

Ligne 5. H, I : faict^ — 1. 4. D, E, F, G : au lecteurs bénévoles ; H, I : aux lecteurs — 1. 5 . G, H, I : sauve — • I : gard — H, I : estes

1. Les trois premiers tirages et même G ont au lecteurs. Il a été observé — cf. Marty- Laveaux, ha langue de la Pléiade, II, 4, Marichal, éd. du Pantagruel, Lyon, 1935, p. 199 — que, dans ce cas, au pour aux est assez fréquent : il faut, cependant, y voir une faute, mais qui échappe souvent à la correction parce qu'elle est conforme à la prononciation. (M.)

2. Dieu vous saidve et guard est une formule de salut, cf. ch. ix, 1. 69. Guard est la forme étymologique du Subj. Pr., refaite en garde dès le xiii^ s. ; elle est encore usuelle, même au xvii» s., dans ces locutions ; cf. Fouché, Verbe, p. 198, et comparer au ch. VII, 1. 24, et Prognost., jVIarty-Laveaux, III. 251. (M.)

3. Bien que chausser — proprement mettre ses souliers {calcei), ses chausses — fût depuis longtemps employé plus largement (cf. Kol. 2678 : « chalcicr le gant », dans Godefroy, Dict.), l'expression facétieuse chausser ses lunettes paraît ici pour la première fois et ne se retrouve guère au xvi® s. que

chez des auteurs à qui la lecture de R. est familière ; R. avait déjà dit, toujours ironiquement, deschausser ses lunettes, 1. III, ch. XXV, 1. 74, expression que Huguet, Dict., n'a pas rencontrée ailleurs. — On a voulu voir parfois dans cette plaisanterie, prise à la lettre, l'indice de la vieillesse de R., comme dans les considérations qui suivent, celui de ses inquiétudes sur sa propre santé; mais c'est par une plaisanterie analogue que débute déjà le Prologue du Tiers Livre : le ton, dans les deux cas, est celui du « boniment », cf. 1. III, Prol., 1. 4 et n. 2. (M.)

4. « Sorte de jeu où chaque jour de Caresme celuy qui dit le premier ces mots à son compaignon gagne le prix convenu » (Oudin); cf. 1. I, ch. xxii, n. 157 et R. E. R., VI, 351. C'est ici une simple forme de salut. Le Quart Livre ayant paru en février 1552, R. pouvait prévoir que le moment de sa plus grosse vente devait coïncider avec le Carême, du 2 mars au !«'' avril, et, notamment, avec les foires de printemps de Lyon, cf. t. I, p. IX. (M.)

Vous afe^ eu bonne vbiée, à ce que l'on m'a dict. Je n'en serois en pièce ^ marry.

Vous ûve^ remède trouvé infallible contre toutes altérations ' ? C'est ver- 10 tueusement opéré. Vous, vos femmes, enjans, parens et familles, este-:^ en santé

désirée ? Cela va bien, cela est bon, cela me plaist. Dieu, le bon Dieu en soit

éternellement loué, et (si telle est sa sacre ^ volunté) y soie^ longuement main-

tenu:^^.

Quant est de moy, par sa saincte bénignité, j'en suys là, et me recommande '. 15 ]e suys, moiennant un peu de Pantagruelisme ^^ (vous entende^ que c'est certaine

gayeté d'esprit conficte en mespris des choses fortuite s '^'^), sain et degourt^^ ;

Ligné 9. D, E, F, H, I : infinahle^ — G : infallible estes — 1. 14. G, H, I : suis — 1. 1 5. G, H, I : suis -

• 1. 10. I : vo^ femmes — H, I :

G, H, I : moyennant

5. En pièce, dans une phrase négative : jamais de longtemps; dans une phrase

affirmative : bientôt, archaïsme, cf. Godefroy, Dict. (M.)

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