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CHAPITRE IX

Je veidz un demy guallant bossu, quelque peu près de nous, saluer une sienne alliée, disant : « Adieu, mon trou. » Elle de mesmes le resalua,

85 disant : « Dieu guard ma cheville. » Frère Jan dist : « Elle, ce croy je, est toute trou, et il ^"j de mesmes, tout cheville. Ores est à sçavoir si ce trou par ceste cheville peult entièrement estre estouppé^'. »

Un aultre salua une sienne, disant : « Adieu, ma mue. » Elle respondit : « Bon jour, mon oizon. — Je croy, dist Ponocrates, que cestuy

90 oizon est souvent en mue. »

Un averlant, causant avecques une jeune gualoise**, luy disoit : « Vous en souvieigne, vesse. — Aussi sera, ped », respondit elle. « Appeliez vous, dist Pantagruel au Potestat, ces deux là parens ? Je pense qu'ilz soient ennemis, non alliez ensemble, car il l'a appellée

95 vesse. En nos pays, vous ne pourriez plus oultrager une femme que ainsi l'appellant. — Bonnes gens de l'aultre monde, respondit le Potestat, vous avez peu de parens telz et tant proches comme sont ce Ped et ceste Vesse. Hz sortirent invisiblement tous deux ensemble d'un trou, en un instant. — Le vent de Galerne '^, dist Panurge, avoit 100 doncques lanterné ^* leur mère. — Quelle mère, dist le Potestat,

Ligne 83. A, B,C : Je ty — A, B, C : galand ; G : gualland ; I : gallant — 1. 84. B : difant — 1. 85. A, B, C, I : gard — A, B : Jean — 1. 86. I : mesme — 1. 87. A, B, C : peut (B : peu/f) totalement estre — C : estoupé — 1. 88. A, B, C, G : autre — 1. 91. I : ung — A, B, C : avec — A, B, C : galloise — I : galoise — 1. 92. A, B, H, I : souvienne ; C : souviene — A, B, C : aussi fera il pet — H, I : fera ped — -1. 93. C : appelés — 1. 94. H, I : soyent — A, B, C : ennemi-:^ — CL : cal il — A, B, C : appelle — 1. 95. A, B, C : no^ — A, B -.pourries — A, B, C : oultraigcr — • 1. 95-96. A, B, C : qu'ainsi — 1. 96. A, B, C, G, H, I : autre — 1. 97. A, B, C : pet — 1. 98. B : sortitent — 1. 100. A, B, C : donc

n'a que faire » veut dire : changer de discours Loire, Soyer, R. E. R., IX, 1 1 3, cf. Poirier,

hors de propos, cf. 1. \, ch. xi, n. 24. p. 42. Employé ici par calembour avec

50. Cf. £/>;>. lim., n. 36. galter « faire la noce », cf. gualoist, 1. 91,

51. « Cf. Qui de coutume moult babille R. Marichal, L<r mm des vents chf^ Rabelais, Trouve a chacun trou sa cheviUe », Études Rabelaisiennes.

proverbe cité par Le Duchat, dont il existe 54. Sens libre, cf. 1. 111, ch. xxv, 1. 135

plusieurs variantes (Leroux de Lincy, II, et Spitzer, Wortbildang, p. 77. La légende

J49 et 322). des animaux fécondés par le vent est très

52. Galante, cf. 1. I, ch. vi, n. 34. ancienne, on la trouve chez Homère, //.

53. Vent du Nord-Ouest, c'est un terme II, 150, 151, 222 sq., 277, 279, Aristote, océanique (Norvégien gakn), Sainéan, I, Hist. anim., VI, 18, Virgile, Géorg., III, 27 103, dont usent aussi les mariniers de la sq., Varron, De re rtist., II, i, 19, Pline, IV,

entendez-vous ? C'est parenté de vostre monde. Ilz ne ont père ne mère. C'est à faire à gens de delà l'eau, à gens bottez de foin ^^ . » Le bon Pantagruel tout voyoit, et escoutoit; mais, à ces propous, il cuyda perdre contenence.

105 Avoir bien curieusement consyderé ^^ l'assiette de l'isle et meurs du peuple Ennasé, nous entrasmez en un cabaret pour quelque peu nous refraischir. Là on faisoit nopces à la mode du pays. Au demourant chère et demye^'. Nous presens, feut faict un joyeulx mariage d'une poyre, femme bien gaillarde, comme nous sembloit (toutesfoys ceulx

iio qui en avoient tasté la disoient estre mollasse), avecques un jeune fromaige à poil follet, un peu rougeastre. J'en avoys aultres foys ouy la

Ligne loi. A, B, C : «'o«/ — 1. 101-102. A, B, C : nj mère — 1. 102. A, B, C : gens delà l'eau — F : l'au — A, B, C : bote^ — 1. 103. A, B, C : voioit — F : ww — A, B, C, I -.propos — 1. 104. K,'S>,C,l: contenance — 1. lO'j. K,V>,C,G : considéré — A,B,C: assiete — H, I : mœurs — 1. 106. A, B, C, H, I : entrasmes — 1. 107. A, B, C : rajfraichir ; I : refrakhir — 1. 108. A, B, C : demie — A, B, C : fut ^ A, B, C, G : joyeux ; I : jojul.x — A, B, C : mariaige — 1. 109. A, B, C : poire — A : neus sembloit

— A, B, C, G, I : toutesjois — A, B, C : ceux — 1. 1 10. A, B, C : avec ; F, I : avecque

— 1. iio-iii. F -.fromage ; A, B, C : froumaige — 1. m. A, B, C : folet — A, B, C : avoie ; H, I : avois — A, B, C, G : autres — A, B, C, H, I : fois

35, 4, VIII, 67, I, Solin, XXIII, p. 43, 1543, trad. J. Martin, fol. a8 yO-bi. (M.) XLV, p. 74, Columelle, VI, 27, 3 sq., 55. Gf«j (/f/a /Va« .• gens qui ne sont pas

Justin, XLIV, 3, pour les juments de Crète d'ici, crédules, naïfs. Cholières emploie

ou de Lusitanie ; chez Aristote, Hist. anim., plusieurs fois l'expression en ce sens (cf.

VI, 2, Pline, X, 80, i, pour les oiseaux, Huguet, Dict., \° eau), mais ne l'emprunte-

HorapoUon pour les vautours : « Quant t-il pas à ce passage de R. ? Le Duchat

ilz vouloicnt dénoter une mère... ilz [les explique bolte^ de foin : « grossiers comme

Aegypticns] paignoient ung voultour, la ces pauvres paisans qui au défaut d'autres

mère pource que en cestc espèce d'oyseaulx bottes s'en font avec du foin cordelé ».

ne s'i trouve point de masle et sont engendrés L'expression ne se trouve pas ailleurs, l'ex-

en ccste manière. Quant le voultour veult plication de L. D. peut s'appuyer sur le

conccpvoir il tourne le derrière vers la bise ch. xxi de Pierre Taifeu qui conte comment

et demeure ainsi par cinq jours durant le héros fit échange de « housseaulx de cuyr

lesquelz il ne boit ne menge, en telle forme pour ses bottes de paille ». (M.) s'emplit et conçoipt ; il y a d'autres genres 56. Après avoir considéré, cf. Vrai.,

de voultours qui ne conçoipvent point au n. 317.

vent mais leurs œufz sont inutiles a geni- 57. Bombance, l'expression, déjà em-

turc, scuUemcnt sont bons a menger ». ployée par R. 1. III, ch. xxxi, 1. 140, paraît

(Orus Apollo De Egypte, Paris, J. Kcrver, lui être propre.

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