‹ Œuvres. Éd. critique publiéeChapitre 234 sur 258 · Chapitre XV · texte numérisé non relu

Chapitre XV

« Chiquanous, avoir degouzillé ^ une grande tasse de vin Breton 2, 5 dist au seigneur : « Monsieur, comment l'entendez-vous ? L'on ne baille poinct icy des nopces ? Sainsambreguoy ^, toutes bonnes coustumes se perdent. Aussi ne trouve l'on plus de lièvres au giste *. Il n'est plus d'amys. Voyez comment en plusieurs ecclises '^ l'on a desemparé * les antiques beuvettes des benoists saincts O O de Noël ' ! Le monde 10 ne faict plus que resver^. II approche de sa fin. Or tenez : des nopces, des nopces, des nopces ! » Ce disant, frappoit sus Basché et sa femme, après sus les damoiselles et sus Oudart.

« Adoncques feirent guanteletz leur exploict, si que à Chiquanous

Ligne i . I : renomellées — 1. 4. G, 1 : degou^ilé — 1.6.1: point — H, I : Sainsambregqy — 1. 7. I : aut giste — F : il /{"st — 1. 8. I : églises — 1. 13. I : gantelet^

1. Avale. Dérivé de gosier qui ne se ren- 6. Abandonne, usuel.

contre que là avec ce sens, desgosiller signifie 7. Dans la semaine qui précède Noël on ailleurs « égorger », « vomir », comparer chante, à vêpres, avant le Magnificat, une aussi degoiser, degoiseller : « parler, chanter », antienne, qui change chaque jour, et qui cf. Godefroy, Dici., II, 474, Huguet, Dict. commence par O Sapientia, 0 Adoiiai, O et Sainéan, Sources indigènes, I, 398. — Sur Radix, O Clai'is, etc. Au chant de ces anla construction, cf. Prol.,n. 317. tiennes étaient liés plusieurs usages extra-

2. Vin provenant du cépage dit gros liturgiques, comme des distributions de cabernel ou breton, cf. 1. I, ch. xiii, n. 38. vin aux chantres ou à la communauté. Ces

3. Déformation de « sang Dieu », Sai- usages tombent en désuétude de même que néan, II, 351. les « jeux » de Pâques ou de Noël, par suite

4. Prendre le lièvre au gîte, locution usuelle de l'épuration de la liturgie, conséquence de pour : « surprendre quelqu'un avant qu'il la Réforme. Cf. Vloberg, M., L^s Noëls ait le temps de s'échapper » (D/V/;o«. GfWra/), de France, Grenoble, 1934, p. 40 sq. ; qui ne semble pas attestée avant R. Van Gennep, Manuel de Folklore, I, 6,

3. Eghses, forme purement graphique p. 2846. calquée sur ecclesia. 8. Déraisonner, cf. 1. I, ch. xix, n. 36.

feut rompue la teste en neuf endroictz : à un des records feut le bras

15 droict defaucillé ^, à l'aultre feut démanchée la mandibule supérieure 1°,

de mode qu'elle luy couvroit le menton à demy, avecques denudation

de la luette et perte insigne des dens molares, masticatoires et canines ^^.

Au son du tabourin changeant son intonation, feurent les guanteletz

mussez ^*, sans estre aulcunement apperceu2, et confictures multi-

20 pliées de nouveau, avecques Hesse nouvelle. Beuvans les bons compai-

gnons uns aux aultres, et tous à Cliiquanous et ses records, Oudart

renioit et despitoit ^^ les nopces, alléguant qu'un des records luy avoit

desincornifistibulé " toute l'aultre espaule. Ce non obstant, beuvoit

à luy joyeusement. Le records demandibulé ^^ joingnoit les mains et

25 tacitement luy demandoit pardon, car parler ne povoit il.

Loyre se plaignoit de ce que le records debradé ^^ luy avoit donné si grand coup de poing sus l'aultre coubte ^", qu'il en estoit devenu tout esperruquancluzelubelouzerirelu 1* du talon.

Ligne 14. H, I : fut — 1. 1 5 . G, I : autre — 1. 1 8. H, I : furent — H : guantehts ; I : gantelets — 1. 19. G, H, I : aucunement — L zi.l : /es uns — G, H, I : autres — 1. zj. G, H, I : autre — 1. 24. 1 : Joignait — 1. 26. H, I : Loire — I : record — 1. 27. G, H, I : autre

9. Guy de Chauliac décrit au « petit corne, fislide et tiibiile, d'où faire entrer pénibras,... deux os nommez fociJ/es » [radius et blement, cf. 1. II, ch. vir, n. 21 1. Sur l'emploi cubitus]; à «laiambe... deux os dits foci//es » de ces mots, cf. Lote, Rabelais, p. 480. [tibia et pétoné] (La GranJe Chirurgie, éd. a. 15. Dont la mandibule est démanchée, Nicaise, 1890, Traité I, doct. 11, ch. 4 et 8, cf. 1. 15, mot probablement forgé par R., p. 5} et 71). (D.) qui deviendra, au début du xvii« s., (/f'wa«//-

10. Terme encore appliqué par Paré à la bu/er par contamination avec démanteler. (M.) mâchoire supérieure; ne désigne plus au- 16. Qui a perdu un bras, cf. 1. 14, création jourd'hui que le maxillaire inférieur. (D.) rabelaisienne qui peut s'inspirer du berri-

11. Paré divise les dents en incisives, chon abrati, même sens, Sainéan, II, 178, canines et maxillaires ou molaires. Il y a ou du vendômois débraté: « qui a les manches ici, chez R., impropriété de termes, désignant déchirées », Wartburg, ¥rair^. Etym. Worpar masticatoires d'autres dents que les ierbiicli, I, 488.

molaires. (D.) 17. Coude, la forme coubte — où le i» est

12. Cachés, cf. 1. I, ch. 11, n. 13, Sainéan, destiné à rappeler l'étymologie cùbltum — n, 124. encore assez fréquente au xyt* s. et que R.

13. Mettre au défi, rejeter, cf. ch. xiir, aiîectionne (cf. Huguet, Dict.), semble de 1. 71. beaucoup la plus répandue en a. fr. (Gode-

14. Démis, de des et incornifistibulé, copié froy, Dict., IX, 232) ; elle est étymologique : sur le languedocien cornifistibula ; « chagri- la forme moderne coude est issue des formes ner », que R. interprète tout autrement : faibles du verbe accouder (*accubîtâre) dans

CHAPITRli XV

« Mais, disoit Trudon (cachant l'œil guausche avecques son mouschouoir, et monstrant son tabourin défoncé d'un coustc), quel mal leurs avoys je faict ? Il ne leurs a suffis m'avoir ainsi lourdement morrambouzevezengouzequoquemorguatasacbacguevezinemaffressé ^'■' mon paouvre œil, d'abondant ilz m'ont défoncé mon tabourin. Tabourins à nopccs sont ordinairement battuz; tabourineurs bien festoyez, battuz 55 jamais. Le Diable s'en puisse coyffer !» — « Frère, luy dist Chiquanous manchot, je te donneray unes ^^ belles, grandes, vieilles Letrcs Royaulx -\ que j'ay icy en mon baudrier, pour repetasser-- ton tabourin; et pour Dieu pardonne nous. Par nostre dame de Rivière -^, la belle dame, je n'y pensoys en mal. »

« Un des escuyers, chopant -* et boytant contrefaisoit le bon et noble seigneur de la Roche Posay^^. Il s'adressa au records embavieré de

Ligne 29. 1 : gausche — 1. 30. H, I : mouschoir — I : costé — H, I : quel malheur avoys je — 1. 31. I : leur — W : à souffis ; \ : à suffist — • 1. 31-32. H, I : mourramhott^e... — 1. 33. G : paovre — 1. 34. H, I : festoie-:^ — 1. 35. H, I : dyable — 1. 36. F : une — G, I : lettres — 1. 39. H, I : pensais — 1. 41. I : recods

lequel Vl protonique a dû tomber plus tard que dans cûhïtiim, où il est après l'accent, et à une époque où le / était devenu d, comparer Fouché, Verbe, p. io8. (M.)

18. Formé du gascon esperruca {esperreca : « déchirer », Mistral), de c/anc (limousin) : « boiteux » (craiii-. Mistral) et de beloHse, fr. moderne blouse, terme du jeu de paume : « creux pour recevoir les balles à chaque extrémité de la galerie », Sainéan, II, 405.

19. Formé de mourre : « museau », embou-^é : « enduit de bouse » (excréments), ve^e : « cornemuse », peut-être au sens de « muffle » (Sainéan, II, 405), mais, avec plus de vraisemblance, dérivé de be^er, cf. ch. v, n. 23, de engoii^é, reprise ou synonyme de embow^é ( ?), coque : « cogné », morguata, languedocien mourgat : « nargué », de sac, de bague, de ve'^ine, dérivé de ve^e, et de m'a fressé : « m'a froissé », Sainéan, II, 405.

20. Le pluriel de un auprès des noms pluriels qui ont un sens collectif ou, comme

ici, auprès de ceux qui ne s'emploient pas au singulier, est encore usuel au temps de R.. Brunot, Histoire., II, 279.

21. Lettres données au nom du roi et scellées du grand sceau royal; ce sont, à l'époque, les seules qui soient toujours sur parchemin. L'emploi du pluriel et de la forme épicène royaux est un archaïsme qui restera usuel dans cette expression consacrée jusqu'à la fin de l'ancien régime. (M.)

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