‹ Œuvres. Éd. critique publiéeChapitre 237 sur 258 · CHAPITRE XV · texte numérisé non relu

CHAPITRE XV

sembloit luy en requérir pardon, marmonnant de la langue : « Mon, 50 mon, mon, vrelon, von, von », comme un marmot'^.

« La nouvelle mariée pleurante rioyt, riante pleuroit, de ce que Chiquanous ne s'estoit contenté la daubbant sans choys ne élection des membres, mais, l'avoir lourdement deschevelée, d'abondant luy avoit trepignemampenillorifrizonoufressuré^" les parties honteuses en tra- 55 hison. « Le diable, dist Basché, y ayt part ! Il estoit bien nécessaire que monsieur le Roy (ainsi se nomment Chiquanous) ^" me daubbast ainsi

Ligne 51. H, I : rioit — 1. 52. H, I : daubant — H : ellection — 1. 54. H : trepignemanpenilori... ; I : trepignemanperillori... — 1. 5 5. H, I : dict — 1. 56. H, I : daubas t

35. Marmot, anciennement singe, puis, depuis le début du siècle, singe et enfant, dérivé de marmonner, marmotter, cf. 1. I, ch. XXI, n. 58, et ici même ch. xx, 1. 23 (éd. M.) onomatopée qui a son pendant dans le grec jjiopja jpti>, le latin miirmiirare, Sainéan, Sources indigènes, II, 9, 47 ou d'un gr. (jiop(jLu> : « démon », L. Spitzcr, Zeitschrift f. rom. Phil., XL, 1919, p. 103 ou « masque, revenant », L. Wiener, Roman. Forschung., XXXV, 1916, p. 954, ou, peutêtre, apparenté à un arabe maimoun : « singe », A. Thomas, Komania, XXXVIII, 1909, p. 556, Blondhcim, ibid., XLI, 1912, p. 260.

36. Formé de trépignement, penil, fripon et fressure, cf. ch. xiii, n. 36.

37. Le Duchat explique ce nom soit « parce que tous ceux de cette profession citent de par le Roy et que, comme il est dit plus haut, ch. xil, qui les frape est puni comme s'il avoit frapé le Roi, ou peut-être à cause que celui-ci étoit clerc et tonsuré, son habit étoit de minime ou de couleur de Roi ». La seconde explication de Le Duchat ne résiste pas à l'examen : la livrée du roi change à chaque règne et parfois même plusieurs fois par règne : Henri IV a choisi d'abord le blanc et le tanné, de là vient que dans plusieurs auteurs de son règne, notamment Pasquier, l'habit des sergents a été dit « tanné a couleur de Minimes », et

qu'Oudin — qui doit être la source de Le Duchat — appelle le tanné « couleur de Roi »; mais Henri IV a adopté ensuite le tanné-cramoisi et le blanc-incarnat; Henri II avait choisi le rouge, le jaune et le vert, François l" l'incarnat, le jaune et le violet (Gay, Glossaire, v" couleurs) ; un « appariteur » en cour d'église qui aurait porté, chose peu vraisemblable, un vêtement tanné, c'est-à-dire la robe de bure des Cordcliers, n'aurait donc pu être appelé, en 1552 ou avant, « Monsieur le Roy ». II va de soi que ce sergent n'aurait pu être royal : un sergent royal ne peut être clerc (Ordonnances de 1425 et 1535 citées infra). Il est, cependant, possible qu'il y ait ici un jeu de mots suggéré par le costume des sergents royaux : ceux-ci en effet doivent « continuellement porter habit rayé ou parti » (Ordonnance de 1425, art. i, Troisiesme livre des offices, t. VII, n. 1 2, p. 941-4, repris dans l'Ordon. d'Yz-sur-TiUe, oct.

1535, ch. xx, art. i, Isambert, XII, p. 485), or la prononciation de raye et de roi peut à l'époque prêter à confusion ou à calembour, cf. ch. XIV, n. 16. Quoi qu'il en soit, il ne s'agit pas là d'un sobriquet populaire : R. le suggère puisqu'il éprouve le besoin de l'expliquer, et on n'en trouve d'autre trace que dans d'Aubigné, Baron de Foeneste, 1. III, ch. V, éd. Marty-Laveaux, t. IV,

ma bonne femme d'eschine^*. Je ne luy en veulx mal toutesfoys. Ce sont petites charesses nuptiales. Mais je apperçoy clerement qu'il m'a cité en ange, et daubbé en diable ^^. Il tient je ne sçay quoy du frère

60 frappart. Je boy à luy de bien bon cœur, et à vous aussi, messieurs les records. — Mais, disoit sa femme, à quel propous et sus quelle querelle m'a il tant et trestant " festoyée à grands coups de poing ? Le Diantre l'emport^^ si je le veulx. Je ne le veulx pas pourtant, ma Dia ■•- ! Mais je diray cela de luv, qu'il a les plus dures oinces " qu'oncques je

65 senty sus mes espauUes. »

« Le maistre d'hostel tenoit son braz guausche en escharpe, comme tout morquaquoquassé ^^ : « Le Diable, dist il, me feist bien assister à ces nopces. J'en ay, par la vertus Dieu, tous les braz enguoulevezine-

Ligne 57. H : veux — ^ G, H, I : toutesjois — 1. 58. I : cbaresse — 1. 61. I : propos — 1. 62. H, I -.grans — 1. 63. G, H : veux — H : veux — 1. 64. I : onques — 1. 65. H : sur — 1. 66. H : hras — 1. 67. H : dict il — 1. 68. H : ses nopces — I : vertu — H : hras

p. 276, qui, ici, copie manifestement R. On peut donc penser, sans exclure l'idée d'une « équivoque » entre Raye et Ro)', que R. a voulu surtout faire allusion, en inventant ce nom, à Jacques Le Roy, prieur de Saint- Louant, promoteur des Chiquanous, cf.

Marichal, René Dupuy, p. 135 et 165. (M.)

38. Mon eschine, expression populaire, cf. 1. III, ch. XLVI, 1. 48, et Du Fail, Etitrapel, éd. Courbet, I, 173.

39. Daubber (ou battre) en diable, exprès, usuelle, cf. ch. xvi, 1. 29 et 53, qui a entraîné cité en ange, l'opposition est d'ailleurs courante dans les expressions figurées, cf. aile d'ange et voix de diable en parlant d'un paon, et au prester ange, au rendre diable, Cotgrave.

40. Superlatif de tant, archaïsme (Godcfroy, Dict., VIII, 62), le mot n'est pas dans R. Estienne, 1549.

41. Le Diable l'emporte; emport, forme archaïque du subjonctif, cf. Prol., n. 2. — Sur diantre, cf. 1. I, ch. xii, n. 67.

42. « Ma dia est une manière de parler vulgaire en Touraine; est toutesfois grec-

que : Mi Aia, non par Juppiter; comme Ne dea : Xï, Ata, ouy par Juppiter », Br. Déclar. Naturellement cette interjection n'a rien de grec. S., II, 349 (cf. aussi, R. E. R., VIII, 158 et Rev. du Sei^- S., I, 498), y voit l'équivalent de l'italien ma dio : « mais oui. Bon Dieu »; Cotgrave la rapproche de m'aist Dieu :

« Dieu m'aide » qui se rencontre encore dans les patois sous les formes : maieu, maidée, maidiu (Godefroy, Dict., I, 181). Dia est certainement un doublet du da de oui-da, contraction de dea, dérivé lui-même des deux impératifs dis, va, encore vivant dans Hue dia, etc. Ma est peut-être dû, comme Cotgrave l'a pressenti, à une contamination de m'aist Dieu et de dia. (M.)

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