PROLOGUE DE L AUTHEUR
Sylvain. Il soubhaitoit, rien plus, veoir nostre benoist Servateur autour de Hierusalem. C estait chose médiocre et exposée à un cijascun. Mais il estait trop petit et, parmy le peuple, ne pouvait. Il trépigne, il trotigne ^*, /'/ s'efforce, il s'escarte, 75 // r/wnte sus ^' un sycomore. Le tresbon Dieu congneut sa syncere et médiocre affectation '"", se présenta à sa veue et f eut non seulement de luy veu, mais oultre ce f eut ouy, visita sa maison et béni s t safamile^^.
Ligne 76. F, H, I : présenta — 1. 77. I : famille
Indre, diocèse de Bourges). 11 est dés lors confondu avec saint Sylvain. En 1444 l'archevêque de Bourges fit extraire des reliques du tombeau de Levroux pour les faire circuler dans la province ; une vertèbre resta peut-être à Saint -Aignan (chef-1. de cant., arr. de Blois, Loir-et-Cher), un doigt à Noyers (ibid.). R. est le seul à parler de reliques de Zachée à Saint-Ayl (cant. de Meung-sur-Loirc, arr. d'Orléans, Loiret).
Le seigneur de Saint-Ayl était Etienne Lorens, cf. Introduction, ch. i, R. y séjourna en 1542, cf. t. I, p. cxxxviii, il a donc pu recueillir sur place cette tradition. J. Soycr (R. E. R., VII, 525) suppose qu'une parcelle des reliques de Levroux a pu être apportée à Saint-Ayl, au xv^ s., par le seigneur d'alors qui était berrichon. (M.)
56. Contrairement à ce que dit le Diction, général, le mot est antérieur à R. Il est attesté au début du xv« s., cf. Godefroy, Dict. Le xvi^ s. fait mal la différence entre -gne et -ne, Thurot, II, 348. (M.)
57. Sur. Du lat. ncsum, forme populaire de sûrsum, supplanté par sttr, lat. super. Au xvi^ s., ni l's, ni l'r ne sont prononcés, Brunot, Histoire, II, 381, et Thurot, II, 19 et 176 : la distinction est donc purement graphique. Dans le Quart Livre R. (ou ses imprimeurs) a, en général, sur dans A, B, C, /«/dans 1552, x«r est 1. II, ch. xvi, 1. 17, xxv, 1. 60, 64, XXIX, 1. 87, XXXI, 1. 25 (dans H. seul), etc. (M.)
58. Désir, emprunt récent au lat. affectatio, cf. Huguet, Dict.
59. Rabelais étoffe la première moitié, et sacrifie la seconde, du texte de saint Luc, auquel il pense de mémoire, car en réalité la scène se passe à Jéricho. « Et ingressus {Jésus) pcrambulabat Jéricho. Et ccce vir nomine Zachaeus, et hic princeps erat publicanorum, et ipse dives. Et quaerebat videre Jesum quis essei, et non poterat prae turba, quia statura pusillus erat. Et praecurrens ascendit in arborer» sycomorum, ut videret eum, quia inde erat transiturus. Et cum venisset ad locum, suspiciens Jésus vidit iUum et dixit ad eum : « Zachace, festinans descende, quia hodie in domo tua oportet me manere. » Et festinans descendit, et excepit illum gaudens. Et cum vidèrent omnes, murmurabant, dicentes, quod ad hominem pcccatorem divertisset. Stans autem Zachaeus, dixit ad Jesum : « Ecce dimidium bonorum meorum domine do paupcribus, et siquidem aliquem defraudavi, reddo quadruplum ». Ait Jésus ad eum : « Quia hodie salus do/nui hiiic facta est, eo quod et ipse tîlius sit Abrahae. Venit enim filius hominis quaerere, et salvum facere quod perierat. » (Luc, XIX, i-io, texte de la Bible de Simon de Colines, 1541). (S.). — Famite : graphie inverse de celle de toille, cf. ch. xir, n. 60, résultant de la même confusion entre / et / mouillée — ou faute d'impression ? La prononciation/ûot/'/i; semble avoir été plus rare que pour beaucoup d'autres mots de ce type : elle n'a été enregistrée que par le normand Poisson en 1609, Thurot, II,
A un fil^ de prophète en Israël, fendant du bois près le fleuve Jordan, le fer de sa coingnée eschappa (comme est e script 4, Reg., 6) et tomba dedans
80 icelluj fleuve. Il pria Dieu le luy vouloir rendre. Oestoit chose médiocre. Et en ferme foy et confiance Jecta, non la coingnée après le manche, comme, en scandaleux solœcisme ^"j chantent les diables Censorins ^^, mais le manche après la coingnée, comme proprement vous dictes. Soubdain apparurent deux miracles. Le fer se leva duprofond de l'eaue, et se adapta au manche ^^. S^il eust soubhaité monter
85 es cieulx dedans un charriot flamboiant, comme Helie, multiplier en lignée comme Abraham, estre autant riche que Job, autant fort que San son, aussi beau que Ab salon *^, l'eust il impetré ? C'est une question.
A propos de soubhaict^ médiocres en matière de coingnée (advise^ quand sera temps de boire) , Je vous raconteray ce qu'est "^ e script parmy les apologues du
Ligne 79. I : coignée — 1. 80. I : iceluy — 1. 81. I H, I : flamboyant — 1. 89. H, I : racompteray
coignée — 1. 8 5 . H, I : chariot ■
60. « Vicieuse manière de parier », i>r. Dédar. Le mot est, cependant, bien antérieur à R. (xiiio s.), qui l'emploie 1. III, ch. xi, 1. 40.
61. Censeurs, adjectif formé par R. pour traduire le latin censorius, surnom de Caton, cf. 1. III, ch. xxvii, 1. 75, Ancien Frol., (Marty-Laveaux, III, 190) et, ici même, Epit. liminaire, n. 5 1), sur le modèle, ou par confusion avec le latin censorinus, surnom usuel dans la famille Marcia, et nom d'un grammairien cité 1. I, ch. III, 1. 34. L'ancien français disait censorien ou censorieux (Godefroy, Dict.). Ces diables, ou « calomniateurs », cf. Ancien Prol., loc. cit., sont les adversaires dont R. parle E.pit. limin., 1. 75 sq., qui interprètent le proverbe « contre tout usage de raison et de langaige commun » comme ils font de ses propres œuvres. (M.)
62. Voir le 2« livre des Kois (le 4^ dans la Vulgate), 6, 4-7. Les fils des prophètes, accompagnés d'Elisée, vont couper du bois sur les rives du Jourdain : « Cumque venissent ad Jordanem, caedebant ligna. Accidit autem, ut cum unus materiam succidisset, caderet ferrum seciiris in aqiiam. Exclamavitque
ille, et ait : « Heu heu heu, domine mi, et hoc ipsum mutuo acceperam. » Dixit autem homo Dei : « Ubi cecidit ? » At iUe monstravit ei locum. Praescidit ergo lignum : et misit iUuc. Natavitque ferrum. Et ait : « Toile ». Qui extendit manum, et tulit iUud. » (Bible de 1541). Rabelais a modifié le récit : en fait, c'est Elisée qui accomplit le miracle, et ce n'est pas le manche de la hache qu'il jette, mais un morceau de bois coupé par lui. Rabelais a voulu, de toute évidence, rejoindre (à l'envers) le proverbe, connu à l'époque : « Il ne faut pas ruer le manche après la coignée » (Gabriel Aleurier, Trésor des Sentences) ; cf. Charles-Quint, lettre du 28 janvier 1552 : « Je me trouve de tous coustels en tel estât que si par pure belistrerie les AUemans me voulsissent assaillir, je ne scauroye que faire sinon jecter le manche après la congnie... » (Zeller, Réunion, I, p. 332, n. 5). (S.).
65. Cf. Keg., rV, II, 11; Gen., XXVI, 3; Job., I, 3; ]ud., XIV sq.; Keg., II, xiv,
64. Que, pron. neutre sujet, forme archaïque constante dans le Quart Lii>re, cf.