‹ Œuvres. Éd. critique publiéeChapitre 55 sur 258 · PROLOGUE DE L AUTHEUR 5 J · texte numérisé non relu

PROLOGUE DE L AUTHEUR 5 J

S'il est ainsi que coingnée sans manche 250 Ne sert de rien, ne houstil sans poingnéc,

Aflfin que l'un dedans l'autre s'emmanche, Prens que soys manche, et tu seras coingnée ^^.

Ores serait à sçavoir quelle espèce de coingnée demande ce criart Couillatris. »

A ces moi^, tous les vénérables Dieux et Déesses s'éclatèrent de rire, comme

255 un microcosme de mouches -^^. Vulcan, avecques sa jambe torte, en feist pour

l'amour de s'amye, troys ou quatre beaulx petiti{ saulx en plate forme ^^'' .

« Ci(a, ça, dist juppiter à Mercure, descende^ présentement là bas, et Jecte;^

es pieds de Couillatris troys coingnée s : la sienne, une aultre d'or et une tierce

d'argent massives -^*, toutes d'un qualibre. Luy ayant baillé l'option de choisir, 260 s'il prend la sienne et s'en contente, donne;^^ luy les deux autres. S'il en prend

aultre que la sienne, couppe:(^ luy la teste avecques la sienne propre. Et désormais

ainsi j aide s à ces perdeurs de coingnée s '^^^. »

Ligne 250. I : ny ousfil — 1. 253. G : deninade — 1. 256. I : s' amie — I : beaux peti^ sault^ — 1. 257. H, I : présentement — 1. 258. H, I : pied-:^ — H, I : trois — l : un autre — H : autre — 1. 260. I : aultres — 1. 262. I : coingnée

235. Ce quatrain a paru dans la Fkur de 238. Massif est une réfection récente poésie françoyse, Paris, A. Lotrian, 1543 (Lemairc de Belges, Humpcrs, Etudes, (rééd. A. van Bevcr, Paris, 1909, in-i6. Col- p. 134) de l'a. fr. masseis, massis. Lemaire lection Erotica selccta, p. 80), cf. Clouzot, dit : statue d'or et d'argent OTaj-///; coingnée R. E. R., VIII, 491, Plattard, R. E. R., IX, d'or massive est probablement un latinisme, 99, n. 2. cf. Virgile : « crateresque aiiro solidi », Aen.,

236. Rire bruyant et confus, comme le II, 765. — R. Estienne traduit solidiis par bruit d'un essaim de mouches : massif (dans Vaganay, Roman. Forscb.,

« Piches mouches sur la palissate XXXII). Amyot hésite entre les deux cons-

Qui s'tcurdaient de rire », tructions, cf. Littré (historique). (M.)

dit une Fatrasie picarde (R. ti. R., V, 152, 239. Dans cette suite de l'aventure de

Sainéan). (D.). Cf. 1. I, ch. xii, 1. 85. — Couillatris, Rabelais modifie et développe le

« Microcosme : petit monde », Br. Déclar., texte d'Esope : « Hermès, ayant appris la

bien que le mot soit antérieur à R., cf 1. 111, cause de sa tristesse, le prit en pitié; il

ch. IV, n. 35. plongea dans la rivière, en rapporta une

237. On ignore ce qu'est un « sault en cognée d'or et lui demanda si c'était celle plate forme »; Le Duchat renvoie à Du Fail, qu'il avait perdue. L'homme lui ayant Contes d'Eiilrapel (éd. Courbet, I, p. 266) : répondu que ce n'était pas celle-là, il plon- « un trihori en plate forme », qui n'explique gea de nouveau et en rapporta une d'argent, rien ; VOrcbésographie de Tabourot ne con- L'homme ayant déclaré que celle-là non tient rien de semblable. (^L) plus n'était pas la sienne, il plongea une

Ces parolks achevées, Juppiter, contournant la teste comme un cinge qui avalle pilltiles, jeist une morgue 2*" tant espouvantable que tout le grand Olympe 2f'5 trembla ^*^ .

Mercure avecques son chappeau poinctu, sa capeline, talonnieres et caducée ^*-, se jecte par la trappe des Cieulx, fend le vuyde de l'air, descend legierement 2*^ en terre, et jecte es pieds de Couillatris les trois coingnées ; puis luy dict : « Tu

Ligne 263. 1 : singe — 1. 266. I : aveques — G : capaline — 1. 268. H : //W^ ; I : pied

troisième fois et lui rapporta sa propre cognée. L'homme affirma que c'était bien celle-là qu'il avait perdue. Alors Hermès, charmé de sa probité, les lui donna toutes les trois. » (S.)

240. Mine. Mot récent, d'origine inconnue : « qui fait la Morgue, qui tient une contenance de philosophe triste et sevcre », R. Estienne, 1549.

241. La formule procède sans doute de Virgile, Aen., IX, 106. « Annuit, et totum nutu tremefecit Olympum ». Mais on en trouve ailleurs des équivalents à peine moins proches : Homère, Iliade, I, 528-530 ; Catulle, LXIV, 204-206. 11 s'agit d'un thème fixé. On le rencontre en 1549 dans Du Fail, Entrapel, éd. Courbet, l, 51, dans une scène analogue : « Jupiter tonna, rouilla des yeux, gronda trois fois... » (S.)

242. Le « locus classicus » de la description de Mercure est Virgile, Aen., IV, 238- 258 : « ... et primum pedibus talaria ncctit — Aurca quae sublimera alis, sive aequora supra, — Seu terram, rapido paritcr cum flamine portant — Tum virgam capit... — Hinc toto praeceps se corporc ad undas misit — ... ventosqiie secabat... », dont R. s'est souvenu, cf. « se Jecte... fend \c vuyde de l'air ». Mais Jean Lcmaire s'en était inspiré, Illiistr., I, XXVIII. Ronsard venait de la reprendre dans V Hymne triomphal au Tombeau de Marguerite de Valois, 25 mars 155 1, chez Fezendat, l'éditeur de R. (éd. Laumonier,

Textes fr. mod., III, p. 69, v. 313 sq.). Dans les notes de ce poème Denisot nous apprend que « talonni'ere et cappeline... sont les ailes et le chapeau de Mercure ainsi nommées par Jean Lemaire ». Lemaire nous dit qu'il donne à capeline le sens de galère, c'est-à-dire latin galerus, chapeau en cuir de forme ronde dont le fond se termine par un apex, et qui ressemble ainsi à un casque à pointe : il s'agit donc probablement non du pétase, mais du bonnet de feutre du prêtre, xjvIt| (Daremberg et Saglio, Diction, des Antiquités, III, 1806); des représentations de Mercure ainsi coiffé ont été vulgarisées par Cyriaque d'Ancone (Seznec, J., La survivance des Dieu>: antiques, Studies of the Warburg Institute, Londres, 1939, in-8°, 172 sq., fig. 81-83, ^' Saxl, P., Kinascimento dell'Anticbità, p. 252 sq., fig. 21). R. semble avoir gardé du passage de Lemaire un souvenir imprécis : le chapeau pointu doit être le galère, la cappeline doit être une sorte de bonnet se portant sous le chapeau, cf. Gay, Gloss. archéol., capeline : « Osta [le duc de Bourgogne] son aumuche de velours qu'il avoir mise sur un chapron cnfairmé, dessoubz lequel avoir une capeline [dans ce sens, chapeau à coiffe pendante] » (Rapport de Jehan Petit, éd. Douët d'Arcq, Bull. Soc. Hist. de Fr., II, 2, p. 14). (H. et M.)

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