‹ Œuvres. Éd. seule compléte, ornée de seize gravures et du portrait de l'auteurChapitre 70 sur 102 · IMITATION DE L'ODE D'HORACE · texte numérisé non relu

IMITATION DE L'ODE D'HORACE

Sohitur acris hiems.

JL/E printemps vient briser les chaînes de l'hiver; Il rend l'herbe à nos prés, à nos bois le feuillage , Et nos vaisseaux , long-temps oisifs sur le rivage , A l'aide du levier , sont rendus à la mer ; Je vois de nos troupeaux les étables ouvertes ; Je vois de nos bergers les cabanes désertes; La pureté du ciel et la douceur de l'air Ramènent les amours, les chansons et la danse.

Aux rayons de Phébé, les Grâces en cadence Foulent d'un pied léger l'herbe de nos coteaux ; Des Nymphes d'alentour j'entends les voix touchantes ; Vulcain même y répond de ses forges brûlantes, Et semble à leur concert accorder ses marteaux. Aux fêtes , aux plaisirs , bergers qu'on se prépare : Entrelacez le myrte , et mêlez-y les fleurs Dont la terre amollie à chaque instant se pare ; Pour chanter, pour danser unissez-vous en cœurs ; Au fond des bois sacrés qu'un saint zèle vous guide : Faune aime ù s'égarer dans l'ombre de nos bois;

Sur son rustique autel y immolez, à son choix, Le chevreau bondissant ou la brebis timide. Hatez-vous de jouir des jours qui sont à vous; Hélas! la pâle mort frappe des mêmes coups Et les palais dorés et les pauv.res chaumières; Nous projetons beaucoup, mais nous ne vivons guères; Les mânes et leur dieu sont déjà près de nous ; Chaque pas nous conduit à leurs demeures sombres : Que deviendront alors les grâces, la beauté , Et de nos gais festins la courte rojauté ? Plus de chants, plus de jeux, plus d'amour chez les ombres.

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