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V. 1704. — Farces, jeux et moralité

Sur les jeux, farces et moralités, cf. Petit de Julleville, Répertoire du Théâtre comique en France, et, du même, Les Comédiens en France au moyen âge, p. 31, et Jal, Dict. critique, p. 704 et s. Dans un document daté de Poitiers, 1476, les farces, jeux et moralités sont qualifiés de « vils, honteux, infâmes et deshonnêtes ». Défense faite au maître de la psallette de Saint Hilaire le Grand, fean de Bavery, de se mêler de farces et de moralités, Poitiers, 27 juin 1476. -^ « Domini capitulantes inhibuerunt magistro Johanni de Bavery rectori sive gubernatori clericulorum chori ipsius ecclesiae, ne a cetero habeat se intromictere de et super quibusdam vilibuSjturpibus, infamibus et inhonestis ludis seu jocis vulgariter et gallice nuncupatis farces, moralités, et hujuscemodi publiée, manifeste vel occulte, nec etiam alios et maxime illos qui sunt de ecclesia ad faciendum talia et taies insolencias, provocet sive facere procuret quovismodo, sub pénis... » H. C\ouzot, U ancien Théâtre en Poitou, p. 325, n. V. — A Paris, à la date du 2 août 1460, on voit qu'un sergent à cheval « pour jouer farce, fut privé de son office. » Fr. 5908, fol. 103. En l'année 1454 (n. st.) (février, dans Dupuy, 250, i" mars, dans le fr. 5908), la Cour de Parlement avait dû prendre l'arrêté suivant : « Ordonné a esté par la Court que par le premier huissier d'icelle, sur ce requis, sera faicte defence sur certaines et grans peines a applicquer au Roy nostre Sire, aux clercs des advocatz et procureurs de ladite Court et du Chasielletde Paris, qu'ilz ne jouent farces ne aucuns jeux quelconques, en secret ne en publicq, qui redonde au deshonneur, vitupère et préjudice des uns ou des autres. » Dupuy, 250, fol.

29 yo; fr. 5908, fol. 77 vo. — L'ordre régulièrement suivi dans le spectacle était le jeu, la moralité et finissait par la farce . Mais cet ordre n'est pas toujours observé dans les relations du temps. Le rédacteur de la Chronique scandaleuse, parlant de la réception des ambassadeurs flamands venus en France pour la ratification du traité d'Arras, en janvier 1483, rapporte que « très noble et très révérend père eu Dieu mons. le cardinal de Bourbon, a l'occasion d'icelle bonne paix, fist faire en son hostel de Bourbon, a Paris, une moult belle moralité, sottie et farce » (T. II, p. 127).

L'anonyme bourgeois de Paris, dans son Journal, sous le régne de François I", relatant la cruelle mésaventure arrivée à maître Cruche « bon joueur sans reproche » comme il est désigné dans une pièce du temps, s'exprime ainsi : « En ce temps (avril 15 15) lorsque le Roy estoit à Paris, y eut un prestre qui se faisoit appeler mons"" Cruche, grand fatiste (poète) lequel un peu devant avec plusieurs autres avoit joué publiquement à la place Maubert sur eschafaulx certains jeux et novaliiez, c'ett assavoir sottye, sermon, moralité et farce, dont la moralité contenoit les seigneurs qui portoient le drap d'or à credo et emportoient leurs terres sur leurs espauies, avec autres choses morales et bonnes remonstrations. Et à la farce fut ledict monsieur Cruche et avec ses complices, qui avoit une lanterne, par laquelle voyoit toutes choses, et entre autres qu'il y avoit une poulie qui se nourrissoit soubz une sallemande, laquelle poulie portoit sur elle une chose qui estoit assez pour faire mourir dix hommes. Laquelle chose estoit à interpréter que le Roy aymoit et joyssoit d'une femme de Paris qui estoit fille d'un conseiller a la cour de Parlement, nommé monsieur Le Coq. Et icelle estoit mariée à un advocat en Parlement très habille homme, nommé monsieur Jacques Dishomme, qui avoit tout plain de biens dont le Roy se saysit. Tost après le Roy envoya huict ou dix des principaux de ses gentilz hommes qui allèrent soupper à la taverne du Chasteati, rue de la Juifverie, et la y fut mandé à faulces enseignes ledit messire Cruche, faignantz luy fayre jouer ladicte farce ; dont luy venu au soir à torche, il fut contrainct par lesdictz gentilzhommes jouer ladicte farce ; parquoy incontinent et du commencement, celuy fut despouillé en chemise, battu de sangles merveilleusement et mis en grande misère. A la fin il y avoit un sac tout prest pour le mettre dedans et pour le getter par les fenestres et finablement pour le porter a la rivière ; et eut ce esté faict, n'eust esté que le pauvre homme cryoit très fort, leur monstrant sa couronne de prestre qu'il avoit en la teste ; et furent ces choses faictes, comme advouez de ce faire du Roy. » Le Journal d'un bourgeois de

Paris sous le rèpw de François /er (i 5 1 5-1 5 36), public pat M. V. L. Bourilly, Paris, 1910, p. 14-15. (Excellente édition qui remplace avec avantage celle donnée antérieurement par Ludovic Lalanne.)

Le spectacle qui se composait à l'origine d'une sotlieQeu), d'une ttwralitè et d'une /(//w s'adjoignit par la suite d'autres éléments que Picot décrit de la manière suivante : « La sottie n'a d'autre but que d'attirer le public par des quolibets. La représentation proprement dite ne commence qu'avec le monologue ou le sermon joyeux, dont l'effet doit être de mettre les spectateurs en belle humeur. Vient ensuite le mystère ou la moralité qui est le morceau de résistance ; puis la farce qui clôt gaiement le spectacle. » Recueil i^àieral des Sotties, t. I (introduction), p. xili.

v. 1705. — Giii^nie au bcylaiic,au i^lic, aux quilles.

Les Ordonnances sur les jeux, assez rigoureuses (théoriquement) au xive siècle, s'étaient fort adoucies au xv*. Cf. l'Ordonnance du 23 mai 1569 : de la deffence du jeu des de:^ et du commandement du jeu de l'arhalcste, fr. 10816, fol. 153. et Ordonnances, t. V, p. 172, de même Laboulaye-Dareste, Grand Coutumier, p. 172, chap. ix. — Le début de cette Ordonnance est intéressant à relever : « Voulant obvier a tous inconveniens et tousjours ouire et gouverner nos bons subgetz en ce qui leur puct estre agréable et profitable, avons deffendu et deffendons par ces présentes fous jeux de dez, de table, de paulme, de quilles, de pallet, de soulles, de billes et tous autres telz jeux qui ne cheent point a exerciter ne habilliter nosditz subgetz a fait et usaiges d'armes a la deffence de nostredit royaume, sur peine de xl. s. p... » Fr. 10816, fol. 153. — Au xvc s., on jouait partout, à la Cour comme à la taverne, à la maison comme dans les églises. Marguerite d'Anjou jouait aux dames avec ses demoiselles d'honneur; et ses enfants, Charles et Madeleine de France, aux cartes (Victor Gav, Gloss. arcbéoL, p. 286-7). L'exemple venait d'en haut. Dans les Comptes de rHôlel du roi Charles VII, on relève l'article suivant : « Jehan Chambellan, pour trois aulnes de drap vert pour faire ung bureau pour le contrerolleur, pour ce que les dames avoient, par le commandement et ordonnance du Roy, eu le sien pour jouer aux martres et glic, qui, a xxx s. t. l'aulne, valent argent... iiij 1. X s. t. » Fr. 6750, fol. 9 vo(année 1454). — Martre, sorte de jeu d'osselets : cf. Du Cange s. v. glissis.

Eloi d'Amerval, dans son précieux ouvrage dont la composition initiale remonte à 1498, et qui donne un tableau exact et vivant de la vie privée à Paris pendant la seconde moitié du xv^ siècle, s'étend avec détails sur les jeux alors à la mode. Dans le passage suivant, il en mentionne un certain nombre qu'il considère comme licites :

Je ne dis pas quant on s'esbat

Joyeusement, sans nul débat,

A quelque beau jeu gracieux.

Qui desoy n'est pas vicieux

Comme au jeu d'Eschecz ou des Dames,

Qui soient beaulx jeux non pas infâmes

Et jeux sans (fort cela s'entent)

Que Dieu en soit fort malcontenl.

Encore a d'aulcuns jeux de sort,

Mais que ce soit par bon accord,

Comme a la Baboue ou aux Tables

Ou plusieurs personnes notables

S'esbatent souvent en commun ;

A Maucontent, a Trente et ung,

Et aussi a la Bastonnade.

Quant on est en bonne brigade,

A ung tas d'aultres jeux plaisans

Qui ne sont a l'ame nuysans.

Sans se courcer ne indigner ;

Pour ung soupper, pour ung disner,

Pour prendre consolacion.

Plaisance et recreacion.

Sans faire nulle tromperie,

Faulceté, fraulde, piperie...

(Liv. II, chap. xiii.) Passant ensuite aux joueurs, en général, Éloi d'Amerval, dans un dialogue entre Satan et Lucifer, les dépeint ainsi :

(Satan à Lucifer)

Ce qui te plaist ne me desplaist :

Les autres ne sont pas agilles Comme ceulx la, ne si habilles ; Mais comme mes vrays escoUiers, Affin qu'ilz n'usent leurs soliers, Hz ne hobent de leurs maisons.

La jouent en toutes saisons Aux Quilles, au franc du carreau.

Au Trinc, au plus près du couteau, Aux Dez, au Glic, aux belles Tables, A ung tas de jeux superflux,

A la Condampnable et au Flux,

A la Quarte qui est jeu chault ;

A quoy leur plaist (il ne m'en chault)

De jour eu jour a nouveaulx jeux :

En yver, au long des beaulx feux,

En esté, dessous la verdure,

Ainsi tant comme argent leur dure

S'esbattent la communément :

Les ungs, assez paisiblement.

Les autres en blasphémant Dieu

Comme on l'oit souvent en maint lieu,

Qui est hérésie prouvée

De Dieu mauldite et réprouvée ;

En le despitant et regnyant

Sa mère : aussy la chose est telle

Avec toute la kyrielle,

Voyre si hault, pour parler court,

Que qui ne l'oyt il est bien sourt.

(Liv. II, chap. m.) Voici le tour des « escoUiers » :

Mes escoUiers passent le temps

Et estudient, ce me semble,

La plus grant part du temps ensemble.

Non par es livres de Moyse,

De Job, d'Hester ne de Judich,

Mais communément au beau Glic,

Huy en quatre, demain en trois

J'entens au beau livre des Roys.

Tu scez bien qui : a trois ou quatre

Je les y voi souvent esbatre,

Et a la Quarte et aux beaulx Dez.

Pourquoy non ? s'ilz sont fondez,

Chascun d'eulx est puissant et riche.

Or sus, donc voyla ma rubriche,

C'est : de aleatoribus. (Liv. II, chap. Lxxxxii . )

Vient enfin « le biau geu » comme dit Robert de Blois dans le Chastiement des Dames ((r. 837, fol. 129'!) :

Quant ilz aront tresbien disné.

Et mengé tant de bons morceaulx,

Feront ilz comme les pourceaulx ?

S'en yront ilz dormir en tet ?

Nennin dea ! escoute ung tantet :

Hz iront voir les bachelettes, Les jeunes femmes, les fillettes, Pour passer temps, pour eulx esbattre ; Pour un peu emmy escombattre ; Bref, pour mon compte expédier, Hz s'en yront estudier La belle loy dtforanicn... Dieu les mette en mal an. Amen !

(Liv. II, chap. lxxxxiv). Éloi d'Amerval v pour ce que scet sa Bible », ne craint pas d'employer les mots gaillards du Cantique des Cantiques : <i Dilectus meus misit manum suam per foramen, et venter meus intumuit ad tactum ejus » Cant. V, 4, 5.) — Avant d'être prêtre, Eloi d'Amerval avait été marié, et avait eu un fils dont le testament est resté. Cf. la dissertation de C. Ott, Eloi d'Amerval und sein « Livre de la Deablerie » (Erlangen, 1908, in-80), mentionné dans la Romania, t. XXXVIII (1909), p. 534.

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