V. 1778. — Non pas que le getle a bandon
= « Non pas que je l'abandonne. » (Cf. Test. 1639). — A et C donnent : Non pas que le geite habandon » » leçon reproduite dans les trois éditions de Longnon. — Jeter a bandon, à l'abandon se rattache à la locution judiciaire « mettre au ban » qui avait le sens de « bannir » ; et le vers de signifier ici, dans une acception plus large : « Non pas que je le bannisse de ma pensée, que je le raye de la liste de mes héritiers. » La leçon ici suivie est celle donnée par Ye 247. La Monnoye avait fait de même. — Cf. Du Cange s. v. abandum.
v. 1779. — Si}uvi cesle bergeronnette.
La bergeronnette, diminutif de « bergerette » était un rondeau qui affectait une grande diversité de formes. (Cf. G. Raynaud, Rondeaux et mitres poésies du XV^ siècle, Paris, 1889, Soc. des anc. Textes franc . , p. 41). Primitivement, la bergeronnette signifiait « danse au chant d'une chanson de berger « (Du Cange, Gloss. franc.), et évoquait, par
suite, l'idée d'une chanson gaie et joyeuse à l'opposé du présent rondeau, appelé chanson dans A, et qui est triste et grave. Il semble que Villon ait voulu dire : « Si cette bergeronnette eût été composée dans le goût, sur le rythme du chant « Marionnette » ou de cet autre « Ouvrez vostre huys, Guillemette », morceaux évidemment gaillards et satiriques, elle fût digne de figurer parmi ceux que chantent les petits enfants allant « a la moustarde ». On sait qu'au moyen âge, ces derniers allaient par bandes acheter de la moutarde fraîche en chantant des refrains populaires ou des chansons de circonstance, de forme généralement très libre, ou du moins qui nous paraît telle. On lit dans le Journal d'un bourgeois de Paris : « En icelluy temps (1414) chantoient les petiz enfans, au soir, en allant au yin ou a la moustarde, tous communément :
Vostre en a la toux, commère, Vostre en a la toux, la toux !
(le mot est en toutes lettres dans le ms, du Vatican) ; édit. Tuetey, p. 49, § 92. Lors de l'entrée (31 août 1461) de Louis XI à Paris qui s'était surpassé pour le recevoir dignement, celui-ci avait pu contempler près de la fontaine du Ponceau « trois belles filles, faisans personnages de seraines toutes nues, et leur veoit on le beau tetin droit, séparé» rond et dur, qui estoit chose bien plaisant, et disoient de petiz motetz et bergeretes : et près d'eulx jouoient plusieurs bas instruniens qui rendoient de grandes mélodies. » Chronique scandaleuse, t. I, p. 27. Dans la réception faite à la reine, lors de son entrée à Paris, le i" septembre 1467, on vit, entre autres choses « les petis enfans de cuer de la Saincte Chapelle qui ilec disoient de beaux virelais, chançons et autres bergeretes moult mélodieusement. » (Ibid., p. 177). — Les mots << bergerette, bergeronnette » signifiaient a la fois « chansons »et « jeunes bergères ». — « Bergeronnette savoysienne qui garde ses moutons aux praz. » Fr. 12744, fol. ix vo (xv* s.);
La veis une bergeronnete Chanter mélodieusement...
Jacques Millet (-j- 1456), Ulstoire de la destruction de Troye la Grant (Paris, 1484) ; fac-similé dans Claudin, Histoire de VImprinierie, t. I, p. 183.
v. 1783. — Elle alast bien a la moustarde.
Il y a là une équivoque voulue et certainement obscène ; le mot
« moustarde » ayant souvent un sens erotique comme dans ce passage où l'on accuse
Perette au corps gracieux...
De prendre en tant de lieus moustarde.
(fac-similé du ms. de Stockholm, fol. 25 v). Cf. aussi Le Jardin de Plaisance (1^01), fol. •/■^'^ {autre rondeî). Pareillement, le vers 1782 prête à l'équivoque, de même que les trois derniers vers du huitain CXXXVIII du Testament. (Cf. les notes, et Champion, t. I, p. 118- 120).
Chançon [1784-179].
Ce rondeau-chanson est appelé simplement « chançon » dans A. Omis dans FI, il est sans titre dans C. — Cf. V Introduction de G. Raynaud dans son ouvrage cité, p. xxxv-li.
V. 1784 et suiv. — Après tout ce que j'ai souffert dans ma prison, dit Villon, il semble que la Fortune devrait bien me laisser en repos. Si toutefois elle veut que je meure tout a fait, plaise à Dieu que mon âme aille là-haut, en sa maison, « au retour 1 »
Plaise a Dieu que Vante raxie En soit lassas en sa maison...
Le premiers vers se trouvait littéralement inscrit au charnier des Innocents sous la peinture du Chartreux :
Plaise a Dieu que l'ame ravie Soit aux cieulx après mon trépas.
Ensuit la Dance Machahré des hommes, fr. 25432, fol. 27. Ces peintures comme les légendes qui les accompagnaient étaient si familières à Villon qu'il les fait, comme à son insu, intervenir dans sa composition. Cf. un autre exemple, Test. v. 717.
CLIV. — \'iIlon donne à maître Lomer, le pouvoir d'être aimé, et cela, sans qu'il lui en coûte rien de pouvoir faire un soir cent fois la « faffée », en dépit d'Ogier le Danois.