V. 1834. — Helas ! s'il- sont casse^ de gages
— casse:( de gages, locution : « De gaiges cassez. » Dialogue de Mallepaye et de Bdillcvcnt (édit. Jannet, à la suite des Œuvres de Villon), p. 164, V. 12. On trouve aussi casse aux gages :
Ung hom(me) d'armes cassé aux gaiges.
Sermon joyeux... dans Romania, t. XVI (1887), p. 485 (circa 1500). On ne dit plus aujourd'hui que « casser aux gages».
v, 1835. — Aler leur fauldra tous deschaulx.
Leçon de /, contre ACF qui donnent : les faudra, et confirmée par deux autres passages de Villon :
Ou il luy fauldra sa vie querre
(Lais 183);
feuner lu\ fiult dimenches et inerdis
(Poés. div., X, 25). — La forme « les [fauldra « était peut-être un idiotisme propre au parler parisien d'alors ; mais on en voudrait avoir des exemples autres que ceux fournis par les mss. précités ; « leur », au contraire, est une forme constamment employée. Cf. Bourguy, Grammaire de la langue d'Oïl, t. I, p. 131.
— tous deschaulx, XocuXÀon. «Je sailli de mon lit toux deschaus. » Joinville, Vie de saint Louis, p. 106.
5l6 FRANÇOIS VILLON
CLIX. — Villon laisse à Chappelain, qu'il choisit sans doute à cause de son nom, sa chapelle « a simple tonsure », bénéfice réservé à de jeunes clercs et n'exigeant, par suite « pas grant lecture », pas grand savoir ; à charge de célébrer une messe sèche. Il lui aurait bien résigné sa cure, d'ailleurs toute fictive; mais Chappelain ne se soucie pas de diriger des consciences ; ce qu'il aime, c'est à confesser exclusivement les jeunes chambrières et leurs maîtresses.
V. 1836-37. — Item, a Chappelain je laisse Ma chappelle a simple tonsure.
Il doit vraisemblablement s'agir d'un certain Jean Chappelain, sergent de la Douzaine, un coureur de filles, comme beaucoup de ses congénères, et sur le nom duquel Villon équivoque suivant son habitude. On ne doit toutefois pas confondre avec les vulgaires sergents à verge du Châtelet les sergents de la Douzaine qui formaient la garde du prévôt de Paris. Ils étaient recrutés, en général, parmi les hommes de bonne famille et avaient d'ordinaire une situation sociale bien assise, tels Jean Raguier (Test. 1670-71), et ce Chappelain que nous présente ici Villon.
— Ma chapelle a simple tonsure. En droit canonique, « chapelle » avait le sens de bénéfice ecclésiastique. La « simple tonsure » que portait Villon le mettait en droit d'obtenir ce bénéfice, mais, comme tant d'autres en son cas, il n'en eut jamais que l'expectative. Plus tard, en cette même qualité de clerc, il déclarera que le Maître des Testaments (juge ecclésiastique attaché à l'Officialité) de son fait « n'aura qiiid ne qiiod » (Test. 1952-53).
— a simple tonsure. La simple tonsure correspondait aux quatre ordres mineurs : la tonsure mettait au rang de clercs ceux qui l'avaient reçue et leur donnait droit, dans les conflits avec le pouvoir civil, de se réclamer des privilèges ecclésiastiques.
V. 1842-45. — De confesser, ce dit, na cure. Sinon chaniherieres et dames.
L'équivoque grivoise qui se dissimule sous ces deux vers s'épanouit pleinement dans l'épitaphe Du frère cordelier Semydieux de Marot :
Cy gist cordelier Semydieux Dont nos dames fondent en larmes.
Parce qu'il les confcssoit mieulx Qu'Augustins, Jacobins ne Carmes.
Œuvres (édit. Jannet), t. II, p. 221, épita. XVI; de même, dans ce refrain célèbre sous la Restauration :
Père capucin, confessez ma femme, Père capucin, confessez-la bien!
A côté de Chappelain qui intervient ici à cause de son nom, on peut citer un religieux authentique, Jehan Massue, natif de Haizecourt, près Péronne, lequel avait obtenu le prieuré des Dames et de Saint- Sornail, par la faveur de Jean de Chabannes, comte de Dammartin ; et qui, dans la dédicace de ses Marguerites historiales déclarait à son patron qu'il n'avait pas toutefois pour cela rompu avec le siècle :
Car des Dames prieur me nomme, Et a les servir plus m'adonne Que d'aler lire mon psaultier.
Aussi que d'aller au mostier...
Fr. 955, fol. 15 (ms. du xve s. ; l'ouvrage fut achevé le 13 mai 1497).
CLX. — Villon laisse à Jehan de Calais, notaire au Châtelet, et qui connaît ses intentions, assure-t-il, bien qu'il n'ait jamais vu le poète et qu'il ignore jusqu'à son nom, le soin de vérifier son testament, s'il survenait quelque difficulté du fait d'un de ses héritiers.