V. 2022. Ung traict but de vin morillon
Celte plaisanterie in extremis est un c trait » d'humour plutôt que de sincérité (vin mor-illon). On mourait, d'ordinaire, avec plus de sérieux au moyen âge. Mais Villon n'était-il pas, comme il ledit ailleurs, « ung bon tbllastre » (Test. 1883). 11 tient à rester jusqu'au bout dans son personnage, et nous laisse « au départir » un bon mot qui semble bien ici dans la note voulue, quoi qu'on ait pu inférer. — A rappeler que, du temps de Villon, pour dire « à l'article de la mort », on disait « au traict de la mort ». Cf. Du Cange s. v. tractus. — On peut se demander pourquoi Villon va choisir du morillon, ce vin lourd et fort, assez coté d'ailleurs (Champion, t. I, p. 76 et n.), mais qui ne constituait pas un cru fameux, comme le Beaune, par exemple, ainsi que, dans la première des Repues franches, Villon en réclamera :
Je demande du vin de Beaulne, Qui soit bon, et pas autrement.
(Édit. Jannet, p. 182-183. — Sur les vins de France, en général, cf. une note dans les Gaguini Epistole, t. I, p. 189, n. 3.) Dans le vers de Villon, n'y aurait-il pas une équivoque bouffonne visant Hervé Morillon, l'abbé de Saint-Germain-des-Prés, bien connu pour ses nombreux démêlés avec l'Université de Paris et ses suppôts, et qui était mort le 25 février 1460, après avoir gouverné l'abbaye pendant vingt-deux ans? (Jacques Bouillart, Hist. de V Abbaye royale de Saint -Germai n-des-Prés, Paris, 1724, in-fol., p. 172). Ce genre de plaisanteries avait le don d'amuser nos pères, et sera repris au siècle suivant par S'kelton, en Angleterre, par Folengo, en Italie, et par Rabelais, en France (cf. mon vol.. Etudes sur Rabelais, p. 201-202). En jetant à l'improviste, dans l'Envoi, ce nom de (( morillon » qui ne nous dit rien aujourd'hui, mais qui, alors, rappelait aux étudiants auxquels Villon s'adressait plus spécialement, le souvenir d'un homme avec lequel ils avaient maintes fois eu maille à partir, il pouvait compter sur l'assentiment de ces derniers. Une espièglerie analogue se dissimule peut-être sous le vers 1320 du Testament : Et qui les bat ne fiert, fol est. Guillaume Follet, curé de Bourg-la-Reine, que Villon devait connaître, au moins de nom, s'était mis en frais lors du passage du corps de Charles VII en cette localité, pendant qu'on le conduisait à Saint-Denis, en passant par Paris. Mais le
corps ne fit que traverser Bourg-la-Reine sans s'arrêter à l'église comme l'espérait notre curé qui fut d'ailleurs indemnisé de ses débours, ainsi qu'il ressort du compte suivant : « A maistre Guillaume Follet, prebstre curé du bourg la Royne et aux margliers de celle esglise la somme de C s. t. pour plusieurs menues reparacions par eulx faites faire en l'église dudit lieu, cuidant que le corps du feu roy y deust reposer lors qu'il passa par ledit lieu du bourg la Royne en le amenant a Paris. Pour ce : C. s. t. »Fr. 10372, fol. 7. (Comptes des obsèques du roi Charles VII.) — Même genre de plaisanterie avec « Chappelin «. Cf. Test. 1836, note, et — antérieurement — avec Etienne Plaisance (^Test. 748).